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    Agriculture & Environnement    
25/08/2006 imprimer envoyer � un ami commentaires(1)
Philippe Babin fait renaître le vignoble ariégeois

 La vigne en Ariège c’est une longue histoire…

La plus ancienne mention relative au vignoble ariégeois remonte à un acte de 1225 et porte sur les taxes imposées aux vins de Pamiers exportés vers le bordelais par voie d’eau. Ensuite quelques documents évoquent la qualité de ces vignobles puisqu’en 1310, Philippe Le Bel se fait envoyer des vins de Pamiers, et les vertus des vignes de Vira ou de Teilhet sont de notoriété publique.

On sait qu’autrefois en Ariège il y avait des vignes, les plus anciens en ont témoigné, tout comme les quelques cépages que l’on peut apercevoir au détour d’un jardin ou au flanc d’un coteau; dans les campagnes toutes les maisons disposent d’un emplacement pour la cuve à vin et qui n’a pas trouvé dans son grenier une comporte poussiéreuse.

Au XIXe siècle sous l’impulsion de Napoléon III qui veut promouvoir l’agriculture, est crée dans chaque département une Ferme-Ecole  où l’on apprend aux «jeunes cultivateurs» entrés sur concours, les progrès techniques de l’agriculture moderne: emploi d’engrais, de matériel, de techniques qui révolutionnent les idées reçues.

En 1848 la ferme de Royat près de Montaut ouvre ses portes et restera dans l’histoire de la viticulture pour avoir inventé une technique de taille de la vigne employée encore aujourd’hui partout dans le monde par 80% des techniciens viticoles: le fameux «cordon Royat» ou «taille de Royat».

La ferme de Royat s’oriente dès le départ vers la viticulture: 60 hectares de vignes plantées, un cépage identifié par parcelle (alors qu’auparavant on plantait plusieurs qualités de raisins), fabrication de palissage, déploiement des vignes et taille particulière pour éviter au maximum le pourrissement des raisins sur le pied…
Tout est étudié de manière rationnelle.

C’est également à Royat que l’on invente la «vinification bordelaise» (ou vinification par gravité, inventée en Ariège et développée dans le bordelais car après la guerre de 14-18 le vignoble ariégeois disparaît à cause d’un exode rural massif).

En effet, dans les années 1880 on se rend compte que dans la récolte traditionnelle du raisin, il y a oxydation  de la vendange (développement de bactéries dans les comportes) et  pour améliorer la qualité du vin on trouve un système de wagonnets sur rails  pour que le raisin arrive intact dans la cuve.

Cette tradition viticole du département de l’Ariège n’est donc pas une vue de l’esprit, elle existe bien puisqu’au XXIe siècle on utilise encore (mais souvent sans le savoir) dans les vignobles californiens, italiens, chilien, espagnols ou australiens ce procédé de taille inventée à Royat.

Passionné par l’Ariège et son histoire, Philippe Babin, installé depuis trente ans dans le département pense lui aussi que la viticulture fait partie intégrante de patrimoine ariégeois et il décide en 1995 après s’être formé à Carcassonne à la viticulture et à l’œnologie, de se consacrer à la vigne et de faire revivre ce patrimoine disparu.

Mais les contraintes financières de son  projet sont lourdes… son ami Jean-Louis Vigneau, directeur des services au Conseil Général, secrétaire général de l’APAJH fait réaliser une étude pour connaître la viabilité de ce séduisant projet.

Dans le même temps, il rencontre Christian Gerber, viticulteur à Beaumont/Lèze, responsable de l’exploitation du Domaine de Ribonnet, soit 50 hectares de vignes et qui lui propose de lui apporter un coup de main technique et ses compétences.

L’ONIVIN (office National, interprofessionnel du vin) est plutôt favorable à la réintroduction des cépages ariégeois même si le syndicat interprofessionnel des viticulteurs du sud-ouest  (SIVSO) regroupant tous les A.O.C (Fronton, Madiran, Gaillac, Jurançon….) est plus nuancé face à une telle initiative alors que se profile déjà la crise viticole  avec le mévente du vin français.

Cependant, en 1998, face à la détermination de Christian Gerber et Philippe Babin, la vigne sera replantée en Ariège.
Au final ce sont 4 viticulteurs confirmés qui la relancent en différents sites créant ainsi 4 domaines distincts, liés par un Groupement d’Intérêts Economique (GIE des Vignerons Ariégeois).

C’est à Marseillan Plage, à côté du vignoble de Listel, au conservatoire national de la vigne géré par l’INRA (institut national de la recherche agronomique) qui conserve une collection de tous les pieds de vigne du monde entier dans des conditions particulières (les cépages sont plantés«franc pieds» dans le sable, une loupe d’eau naturelle avant l’eau de mer, les protègent du phylloxéra) que Philippe récupère 5 cépages authentifiés comme  «ariégeois»  (blancs et rouges).

L’INRA lui apporte un protocole de suivi pour ces cépages replantés en terrasse expérimentale avec obligation de les arracher tous les 5 ans : les vignes sont donc plantées sur des terres en friches, et conscient de remettre en place un élément de la biodiversité qui avait disparu, Philippe Babin choisit de travailler en bio, respectant ainsi l’équilibre d’un sol qui n’a jamais connu de produits chimiques.

 Aujourd’hui le Domaine des Coteaux d’Engraviès à Vira représente 10 hectares de vignes plantés sur des roches dures agglomérées dans le calcaire provenant du massif du Tabe (soit un sol argilo-calcaire avec des roches anciennes qui apportent des éléments minéraux  dont la richesse fera l’originalité de ce vin).

Le raisin étant non traité, la sélection se fait naturellement et au final la récolte est certainement moins importante  (de 25 à 40 hectolitres) et le prix de revient plus élevé mais le cahier des charges «bio» est respecté.

Les démarches de labellisation n’ont été faites qu’en 2002, il faudra donc attendre la prochaine vendange de 2006 (commercialisée en 2008) pour voir apparaître la mention officielle «Agriculture Biologique».

Mais que cela ne nous empêche pas de déguster Le Roc des Maillols, un vin soyeux et charpenté ou le plus classique Fount Cassat des Coteaux d’Engraviès dans la vallée du Douctouyre disponible localement en magasins «Produits du Terroir», chez les petits détaillants ou sur les marchés locaux.

Le vin de Philippe Babin commence a être connu et renommé: présent sur le stand de Philippe Lacube au Salon de l'Agriculture de Paris, les marchés gourmands de la capitale se l’arrachent et depuis son passage remarqué au salon «Millésime Bio» à Narbonne, les Coteaux ariégeois d’Engraviès vont certainement très prochainement connaître le même succès sur les tables nipponnes ou américaines.

En effet, ils sont une poignée de restaurateurs originaires d’Ercé ou de Saint-Girons à faire un tabac à Manhattan.

Sans faire un chauvinisme primaire les ariégeois tiennent les meilleures tables de New-York (avec comme leader le grand René Pujol) et il était normal que le vin de l’Ariège y soit servi.
Philippe Babin est donc parti aux «States» en 2000, des liens se sont créés et dès la fin de l’année, les Coteaux d’Engraviès partent à l’exportation…

Un excellent vecteur de communication pour faire connaître l’Ariège dans le reste du monde!
Rendez-vous vers le 15 septembre pour les prochaines vendanges dans la Vallée du Douctouyre.

Contact: Domaine des Coteaux d’Engraviès
Philippe Babin
«Le Village»
09120 Vira
Tél : 05 61 68  68   68
Fax : 05 61 68 73 97
Mail: ea[email protected]
Dès la fin du mois le site Internet de Philippe Babin sera opérationnel à l’adresse suivante: www.coteauxdengravies.com
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.
Photo et vidéo: ©AriegeNews 2006
actualites Ariege   auteur: Laurence Cabrol  |  publié le: 25/08/2006
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