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    Histoire & Patrimoine    
11/09/2006 imprimer envoyer à un ami commentaires(0)
Ercé, la patrie des montreurs d’ours

 C’est dans le Haut-Couserans qu’Ercé, village pittoresque de 500 habitants, cultive le charme des villages de montagne de la vallée du Garbet avec son ancien château du XVIIIe siècle (aujourd’hui hospice St-Philippe), son imposante église de l’Assomption ou ses granges à pas d’oiseaux.

Mais le nom de ce petit village est étroitement lié à l’histoire des orsalhers, les montreurs d’ours, qui jusqu’avant la guerre de 14-18 ont sillonné les campagnes et les villes occidentales jusqu’aux grandes cités industrielles d’Amérique centrale où certains s’installèrent et firent fortune.

Au XIXe siècle, les habitants de la vallée ne sont pas riches, ils vivent essentiellement de monoculture fourragère, élèvent quelques vaches et cultivent de manière intensive la pomme de terre qu’ils font venir sur des terrasses aménagées à 1400m d’altitude.

Face à la poussée démographique et à une importante crise frumentaire liée à une épidémie qui touche la pomme de terre dans les années 1845, les hommes doivent partir chercher du travail dans les vignobles de l’Aude ou pour les moissons en Espagne.

C’est aussi à ce moment qu’apparaît, essentiellement sur les communes d’Oust, d’Uston et Ercé, une industrie nouvelle: celle des dresseurs d’ours.
On estime à 200 le nombre des dresseurs et montreurs d’ours de la vallée en 1880 dont 50 dans le seul village d’Ercé qui parait-il compte à cette époque une école de dresseur d’ours.

Il faut avouer que l’homme a toujours voulu domestiquer et dresser les animaux sauvages et on trouve des spectacles de montreurs d’ours depuis le Moyen Age en Europe mais également en Turquie ou au Pakistan.

Pourtant les ariégeois de la vallée du Garbet ont davantage l’habitude de chasser que de dresser l’ours à qui l’on attribue des pouvoirs magiques… mais ces orsalhers, au début produits de la misère d’une époque, sont vite très fiers de cette nouvelle activité bien qu’ils vivent le plus clair de leur temps sur les routes et dorment avec leur ours dans des granges ou à la belle étoile. Ils gagnent à l'époque plus qu’un instituteur, soit 4000 francs par an.

 Si bien que dans le hameau de Cominac ils font édifier une petite église.
Le 6 mars 1906, alors que le percepteur et ses adjoints décident, dans le cadre de la loi de séparation de 1905, de venir faire l’inventaire des biens mobiliers de cette petite paroisse, l’abbé Pascal Mirouze accompagné de quelques montreurs d’ours et de leurs animaux fétiches, leur en interdisent l’entrée!

Jusqu’en 1860 les orsalhers capturent les oursons des Pyrénées puis face à la raréfaction de cette espèce massivement éradiquée par les chasseurs, ils doivent ensuite les faire venir d’Europe centrale par voie maritime du port d’Odessa à celui de Marseille.

A l’âge de 6 mois on commence à enchaîner ces oursons et la technique de «la ferrade» consiste à faire placer par un forgeron qui fait la tournée des villages un anneau métallique dans le museau des animaux.
Ensuite une muselière complète ce système de sécurité et le dresseur apprend en quelques mois à «Martin» déjà socialisé les quelques tours qui feront le succès de son spectacle.

Deux générations de montreurs d’ours se succèdent sur les routes d’Europe suivant les pas des colporteurs dans leurs déplacements saisonniers: d’abord jusqu’en 1863, les montreurs d’ours écument les deux versants du piémont pyrénéen puis, à partir de 1870 ils embarquent de Liverpool pour l’Amérique, avec pour tout bagage une carte des chemins de fer du pays.

Les lettres qu’ils envoient à la famille restée au Pays sont souvent émouvantes car ces ariégeois n’ont jamais quitté leur vallée et ils se retrouvent sur un vaste continent inconnu avec pour tout compagnon de fortune leur ours.

Après la première guerre mondiale, une nouvelle vague d’émigration d’ariégeois venant de Cominac, Ercé et Aulus se destine davantage aux métiers de la restauration ou de l’hôtellerie et se concentre plus volontiers sur la côte Est, à New York: on les appelle «les américains d’Ercé».

De ce pittoresque bataillon on retient surtout le nom de René Pujol, arrivé avec ses parents dans les années 1935 à Manhattan où il ouvre dans les années 50 sur la 48e Avenue son fameux restaurant «Les Pyrénées» mais on peut également évoquer «La pierre au tunnel», «Le Biarritz», «La Pergola  des Artistes» ou «Le Grenadin» tous tenus par des ariégeois de la vallée du Garbet.

Ils aiment se retrouver pour jouer à la pétanque et se donnent souvent rendez-vous dans Central Parc devant le rocher qu’ils ont baptisé en hommage à leurs ancêtres montreurs d’ours: le roc d’Ercé.

Au début il s’agit d’une émigration temporaire et  fortune faite, chacun, sauf exception revient au pays.
Aujourd’hui on ne les voit guère que pendant les vacances. Il en est ainsi pour René Pujol que l’on peut rencontrer tout simplement dans son petit village des Pyrénées ariégeoises.

Mais cette émigration a marqué la vallée.
Actuellement encore, rares sont les habitants d’Ercé ou des environs qui n’ont pas de parents aux Amériques…

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine
, on pourra visiter à Ercé une exposition fort bien documentée sur le thème «Les montreurs d’ours de la vallée du Garbet» avec la projection d’un documentaire sur le sujet: samedi 16 et dimanche 17 septembre 15h et 18h, salle du Foyer Municipal.

Le patrimoine religieux est également ouvert au public durant ces deux journées: visite de l’église paroissiale de l’Assomption (12e, 14e et 18e siècles) et chapelle Saint-Pierre (11e et 18e siècles).
Démonstration de sciage avec une scie battante au Moulin de Ressec, à la sortie du village.

Contact  mairie d’Ercé
tél : 05 61 66 86 00

Photos: ©AriegeNews 2006

actualites Ariege   auteur: Laurence Cabrol  |  publié le: 11/09/2006
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