VERDUN: un terroir viticole
Le vin est une longue et belle histoire car depuis la nuit des temps on cultive la vigne, et on boit du vin.
La vigne sauvage (Vitis silvestris) a sans doute été consommée par l'homme dès le paléolithique. Le vin c'est le savoir des hommes et des femmes, le produit de leur travail à travers la viticulture, la vendange et la vinification.
Si l'origine de la vigne cultivée (Vitis vinifera ou espèce européenne) est plus obscure,le vignoble ariégeois est très ancien, et a tenu une place importante dans l’histoire de l’Ariège.
Il s’étendait de la Vallée de la Lèze, en passant par la Vallée de l’Ariège vers la Vallée du Douctouyre, aussi, Le bassin de Tarascon, plus abrité que celui de Foix, offre à la vigne, avec ses terrasses alluviales et les flancs de ses chaînes calcaires un site également favorable.
Les plus anciens vignobles ariégeois (appaméens et varilhois) datent des siècles antérieurs à l’an 1000. Le document le plus ancien, conservé aux Archives Départementales de l’Ariège, est un acte de vente d'une vigne à Queille (près de Mirepoix) en 971, le texte est écrit en latin sur parchemin.
Michel Chevalier précise que la présence de la vigne est attesté dans les textes anciens depuis au moins le XIIIème siècle et apparaît comme une marque de la colonisation agricole des Pyrénées par le monde aquitain.
Les Pyrénées Ariégeoises n’ont possédé de cépage indigènes; elles ont dû les emprunter, comme la culture même de la vigne, à leur environnement aquitain ou méditerranéen. Daniel Faucher parlait lui d’une «agriculture d’imitation».
La culture de la vigne est mentionnée à Foix en 1216, à Caraybat en 1246, dans la haute Ariège à Tarascon au moins depuis 1217, dans le Lordadais vers 1267, en 1550 à Unac, en 1682 à Ax à l’extrémité amont du Val d’Ariège.. La vigne fait donc partie de façon immémoriale du paysage rural des Pyrénées Ariégeoises.
Malgré le recul général de la vigne depuis 1789, du fait de l’ouverture des routes qui permettent l’arrivée à bas prix des vins du Bas Languedoc, l’essai sur la statistique du département de l’Ariège par Pierre Dardenne entre 1802-1805, nous apprend que les vignes et les hautains occupent environs le dixième des terres cultivables du département.
L’enquête agricole de 1829, concernant l’évolution de la viticulture en Ariège, révéla une forte concentration de vignes dans les cantons du Mas d’Azil, du Fossat, de Varilhes, de Pamiers, de Saverdun et de Mirepoix.
Toutefois, la présence de vignes jusqu’à 800-900 mètres d’altitude témoigne de l’attrait très fort pour cette culture, souvent qualifié de culture secondaire dans les statistiques officielles.
Un vignoble montagnard de renommée locale. Verdun à 600 m d’altitude, protégé par de hautes montagnes qui brisent les vents et concentrent les rayons solaires sur la vallée, bénéficie d’un climat favorable. On y voit mûrir la figue, la pêche et le raisin à la base de ses escarpements.
La vigne et le vin ont toujours joué un grand rôle dans l’histoire de cette commune, comme en témoigne l’ancien cadastre dit napoléonien, établi (vers 1820-1830). Les traces parcellaires sont encore visibles aujourd’hui du côté d’Enbrusties, d’Esparre, Cargadou et Cousole, derriere l’église, Cadefols et Ille, Bobis, Sigoule, Carraillé et Bastien, Darré Enflourens, Coumanines et Espital, Courazots, Bouade et Labinal, Emplaü et Peyret, Goutilongue et Bexanette, Montjoye et Ricou, Pech Martine, Touronc et Fourmentax , Bexane et Fournels… et même à Rouyré et Coussols.
La vigne étendait au loin sa robe de verdure et c’était de loin le terroir viticole le plus important du canton. C’était l’exception locale et, il avait constitué par excellence le domaine du vignoble montagnard.
L’on pouvait compter à Verdun, en 1829, 45 ha de vignes et 15 ha de hautains, soit 60ha36a d'espace viticole (63ha36a en 1880), pour 298 ha de labourables, 2ha 31 de jardins, 64 ha de prés, 458 ha de pâtures, 259 ha de bois… Ces 60 ha ont fournit un peu de vin, mais en totalité destiné à la consommation locale.
Dans le canton des Cabannes en 1852, on comptait un peut plus de 115 hectares de pieds de vigne (dont 474 hectares de pommes de terre) pour une production de 2007 hectolitres de vin rouge. L’année ordinaire un peut plus de 2509 hectolitres.
En 1854, Alzieu des Cabannes écrit au président de la société d’agriculture de l’Ariège: «…que les pieds des roches schisto-calcaires de la rive droite se cache sous les pampres, et Verdun a acquis une renommée locale, à cause de ses vins assez agréables au goût, quoique peu chargés d’alcool. ..Il serait possible, sans doute, de les rendre plus spiritueux, en ne conservant des 7 ou 8 variétés répandues sur nos coteaux, que celles qui y mûrissent le mieux ; mais on s’obstine à vouloir acclimater les produits du Roussillon et de la Catalogne, et ces pays sont relativement trop chauds pour se marier avec nos montagnes».
La bigno de montagno, un an de bi et set ans ramou En effet, le raisin, quand la vigne en produit, ne mûrit presque jamais correctement, et, il est à peine besoin d’insister sur l’aspect défavorable du milieu climatique.
En fait, ces anciens cépages: les Durasé, le Mourastel, raisin noir de Foix, les Picquepoul, les Mauzac, etc... étaient presque tous des variétés tardives et mûrissaient comme ils le pouvaient au cours de l’arrière saison.
Ces cultures sont souvent marginales, et n’assurent pas l’auto-suffisance de l’importante population de Verdun ( 744 habitants en 1846), pareil pour les nombreux habitants des montagnes ariégeoises. Et aussi, l’été ou pour les cabarets et les jours de fête, il fallait faire appel aux vins de l’extérieur. Car, le montagnard Ariégeois, si misérable fût-il, était en effet, un buveur de vin. Les vins noirs du Roussillon étaient par excellence le vin des forgeurs.
Les plus mauvaises terres consacrées à la vigne Les vignes qui tapissent les flancs ensoleillés, du Quié de Verdun et du cône de déjection, étaient situées sur d’étroites terrasses. Les innombrables gradins (aujourd’hui domaine de la broussaille) sont coupés de petites murettes qui non seulement retiennent les terres, mais procurent aux vignes les avantages de la réverbération.
Chaque gradin est occupé par une voir deux à trois lignes de ceps, soutenues parfois par des treillages horizontaux, situés à 0,80cm , 0,90cm et 1 mètre au dessus du sol. Le sol compte peu: en fait, ce sont souvent les plus mauvaises terres que l’on destine à la vigne.
En bordure de l’Ariège, sur les terres alluviales, on y trouve les ceps de vignes en hautains qui grimpent parfois à la hauteur de 2m50 à 3 mètres, appuyés parfois sur des érables qui leur servent de tuteurs ou, associés dans les vergers au cerisier, au pêchers, au prunier ou au pommier, ainsi que les noyers et châtaigniers.
On plante ces hautains à quatre ou six mètres l’un de l’autre. Ainsi éloignés et élevés, ils ne sont d’aucun obstacle pour laisser labourer les champs qui les nourrissent et les cultures accessoires de blé, de pommes de terre, de maïs, de seigle, de haricots, etc…
Cette forme de culture résiste mieux aux contraintes du climat local, aux gelés tardives et à l’humidité des sols. C’est aussi le mode de culture des terroirs agricoles exigus, des petits paysans/ouvriers désireux de faire «un peu de tout» sur leurs quelques parcelles.
Quoi qu’il en soit, la fonte des neiges, époque de la taille de la vigne, est aussi celle où on la plante. On défonce le sol, et, à l’aide du plantoir, on y fixe les chapons (bouture ou crossettes), qu’on entoure de fumier.
Chaque année, la bêche enlève les plantes parasites, et le jeune cep se couvre de raisins (en principe) dès la troisième. Les vendanges se font à la mi-octobre. Le fruit écrasé, jeté dans la cuve et soumis pendant un mois à la fermentation, donne environs 16 hectolitres de vin par hectare.
Un produit médiocre, la «piquette» Si, d’après Dardenne: «c’est une boisson que le paysan aime passionnément», la qualité du vin local n’a jamais manqué de frapper le palais des voyageurs pyrénéistes de passage.
Un dicton affirmait du «vinaigre bleu» de Foix qu’il fallait le boire à quatre: un pour avaler et trois pour retenir.
Selon Etienne François Dralet, on trouve en 1813: «… des vignobles jusqu’aux environs des villages les plus élevés de montagnes et les habitants en relèvent un vin sans force et sans agréments qu’ils réservent pour abreuver les ouvriers dans les temps des travaux».
Mais, nul doute , que la qualité des breuvages obtenus à partir de ces pieds de vignes, essentiellement des hautains, dont la médiocrité est proverbiale devait être exécrable. Il se conserve pas plus d’un an et ne souffre pas le transport dit-on en 1788.
D’ailleurs «les habitants de nos montagnes sont les seuls qui puissent le boire» dit-on en 1829. Souvent, on ne pouvait consommer ces vins malsains et facilement corruptibles qu’en les coupants avec des vins du Roussillon ou du Haut Languedoc.
Dralet, nous informe, qu’il arrive « … que le vin que l’on fait avec ces raisins (hautain) est toujours âpre, vert et généralement d’assez mauvaise qualité, malgré cela il y a des particuliers qui, après avoir retiré le vin de la cuve, font jeter de l ‘eau sur le marc pour faire ce qu’ils appellent du second vin. Mais le premier n’est presque pas potable, qu’on juge du second. Ni l’un ni l’autre ne sont salutaires et si l’on en fait trop fréquent usage, ils procurent souvent des coliques douloureuses et très vives».
D’après Alzieu, « ...l’hectolitre se vend au prix de quinze francs, … et procurent peut-être, par leur acidité, quelque maladie de plus au canton».
Depuis la terrible année de 1789 qui vit périr par le froid pratiquement les 6896 ha de vignes du futur département de l’Ariège , on a énormément planté, le nombre d’hectares de vigne passa en 1829 à 7233 ha.
L’activité viticole pris dans le département de plus en plus d’importance de 1830 à 1879 (12568 ha en 1848, 11734 hectares en 1866): elle s’impose sans difficulté au sein d’une région déjà agricole.
A cette ascension lui succéda la crise due au phylloxéra. Bien qu’apparu en France en 1865, ce minuscule mais dramatique puceron, venu d’Amérique, n’atteindra le vignoble ariégeois qu’en 1879, pour pratiquement l’anéantir au début du XXème siècle. Si la polyculture était la règle, l’Ariège ne comptait plus que 5260 hectares de vignes, selon la statistique agricole de 1914 .
En 1936, après, plusieurs campagnes d’arrachages on trouve encore 53 hectares de vignes dans le canton des Cabannes, dont la plupart à Verdun.
En 1956, le département de l’Ariège comprend 342 communes, dont 121 ne sont pas ou plus viticoles. La même année à Verdun, on compte 45 exploitants pour 72 parcelles de vignes dont 37 à moins de 0ha25 et 8 parcelles entre 0ha25 à 0ha99, soit au total une contenance de 7ha83a pour une consommation exclusivement familiale.
Qui se décline, 3ha08a de cépage de cuves vinifera, 4ha04a de cépage de cuves hybrides, 68a de vignes abandonnées et 2a de Cépage de table viniféra On continuera de planter dans la commune jusqu’au début des années 1960: 2ha67a en 1914, de 1920 à 24 (9ares), de 1945 à 1949 (11a60ca), de 1950 à 1954 (1ha50a), de 1955 à 1958 (38a54ca).
En 1958 les différents cépages, en proportions très variables, que l’on trouve dans la commune sont pour la plus grande superficie les hybrides divers de cuve (2ha32.22), le Grand Noir de la Calmette (1ha94.43), puis le Seyve Villard 18402, l’Alicante Bouchet , Seyve Villard 18315, Aramon Noir, Vinifera divers de cuve, Terret Gris, Seyve Villard 18283, Seibel, Clairette Blanche, Mauzac Rosé, Négrette, Jurançon Rouge, Muscat de Hambourg, Merille et enfin le Valdiguié.
A noter que le Muscat de Hambourg sera exclusivement cultivé dans la région pyrénéenne à Verdun et cela sur une superficie de 0ha2a.00 (pour 3ha67a dans la plaine de Pamiers). L’histoire vinicole ariégeoise a bien failli s’achever au début des années 1950, pour n’atteindre que quelques hectares en 1990. Adieu, pressoir, tonneaux et comportes! La crise du phylloxéra constitue une véritable rupture dans l’histoire viticole de nos montagnes.
La plupart des petits propriétaires, après avoir lutté quelques temps contre le phylloxéra, fatigués de travailler des vignes de cépages traditionnels qui ne leur donnaient que des récoltes de plus en plus faibles et de qualité de plus en plus médiocre.
C’est le début du déclin. Ils se sont mis à arracher les vignes sans les remplacer, laissant en friches les pentes trop raides, inaccessibles à l’emploi de la traction animale.
L’accumulation de facteurs défavorables tels que la Première Guerre Mondiale, l’industrialisation et l’exode rural ne permettront pas la réimplantation immédiate des vignobles ariégeois à la suite de cette crise qui a affaibli les viticulteurs moralement et financièrement.
Comme bien des populations méridionales, les Verdunois ont toujours eut le désir et la fierté de produire leur vin eux-mêmes. Si le vin n’était pas un produit d’importance vitale, c’était en quelque sorte aux yeux de ces populations souvent misérables, un produit de civilisation.
Selon Michel Prat , «les vendanges ont toujours été perçues, indissolublement, comme travail et fête. (..)»
Verdun à perdu son ancien et important vignoble ,et si aujourd’hui, on n’entend plus le cri des vendanges qui monte du pressoir voisin; voilà qu’en 1998, une poignée de producteurs ont trouvé l’énergie de relancer, en quelques années, cette économie viticole dans certaines localités de la basse Ariège.
Un nouveau vin est né: le vin ariégeois , millésime 2001 est baptisé « Renaissance ». Il n’a de chances de durer qu’en persévérant dans l’excellent. Tout ce petit monde ne cultive que 42 hectares! … et produit 220.000 bouteilles. Et si, «la qualité est souveraine face à la quantité», on peut dire que l’Ariège est redevenu un département viticole dans les listings européens.
Pour concilier plaisir du vin et de la montagne, goûtez à l'ivresse des cimes et gare au mal des montagnes. Quoique consacrée au vin cette étude peut être complétée sans modération. Dictons populaires du canton des CABANNES: Les raisins de mai emplissent le chai. Qui terre de montagne laboure, un an rit et sept ans pleure !
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé . A consommer avec modération. Photos: ©AriegeNews 2006 |