Journées du Patrimoine : quand les propriétaires privés ouvrent les portes de leurs demeures
Situé sur un éperon rocheux qui domine la vallée de la Lèze, au pied de l’Ariège, le château de Crampagna près de Varilhes a depuis les temps les plus reculés constitué un site stratégique convoité.
Oppidum romain (village fortifié) puis vestiges de murailles probablement datées du VIe siècle situées en contre bas aux abords de la rivière enfin à partir du XIIIe siècle la première tour de guet voit le jour.
Elle est réalisée avec des pierres de taille extraites des carrières de Vernajoul (les murs ont encore aujourd’hui près de 4 mètres d’épaisseur).
Pour assurer la sécurité de ces vallées aux frontières de son domaine, le comte de Foix place un proche parent: dans les textes d’archives, il est question en 1277 d’un hommage rendu par Ysarn Loup de Foix à Roger-Bernard comte de Foix pour le château de Crampagna.
Au XVe siècle une salle d’arme, en matériaux plus ordinaires (essentiellement en galets de rivière) est construite près de la tour du donjon initial, permettant de loger les soldats.
Au XVIe siècle il passera aux Roquefort alliés à une des branches réformée des Lévis (Jean-Claude de Lévis seigneur d’Audou est en effet redouté dans la région pour les exactions commises à la tête de ses troupes).
Si bien que pendant les guerres dites de religions le château est occupé (1586) et 107 coups de canons sont tirés pour obtenir sa reddition.
Mais c’est au XVIIe siècle, à la mort des derniers descendants des Roquefort, lorsque la demeure appartient à la famille toulousaine Galard de Terraube, qu’est édifiée la dernière partie du bâtiment. En 1663 une métairie abrite les chevaux et elle sera agrandie en 1773 (une poutre maîtresse porte cette date).
Le dernier seigneur émigre en 1790 et ses domaines sont vendus comme biens nationaux. Un des derniers propriétaires du château, le sculpteur Henri Proszynski, ami du poète ariégeois Raoul Lafagette, a laissé de nombreux témoignages de son art en Corrèze et dans le département de l’Ariège.
On lui doit notamment le monument aux morts de Lavelanet et la statue de la Résistance à Foix.
Tous les deux ans depuis quatre années déjà, les propriétaires de l’actuel château de Crampagna ouvrent leurs portes au public dans le cadre des journées internationales du patrimoine.
Une initiative heureuse qui permet de découvrir le temps d’un week-end cette belle demeure, son parc ainsi que son esplanade ombragée.
De la tour médiévale aux vestiges renaissance en passant par les ouvertures romanes ou voûtes à croisées d’ogives… plus de deux cent visiteurs ont eu les honneurs de cette belle demeure dans le cadre de la 23e édition dédiée au Patrimoine.
Cette année la propriétaire des lieux a décidé d’accueillir des artistes contemporains qui ont participé, selon le thème retenu par le ministère, à «faire vivre le Patrimoine».
Des tableaux de Sylvie Lohmann ou d’Agnès Boulery mais surtout des sculptures de Pierre Cerny, un artiste ariégeois dont on avait pu remarquer une réalisation monumentale installée de la nouvelle maison de retraite des Barriols à Pamiers.
Cet artiste crée ses compositions à partir d’outils agricoles qu’il façonne et détourne à sa guise: tête d’outillage de tracteur, lames de faucheuses, socs de charrue, doigts de faucheuses…
Il donne à tous ces matériaux revisités une seconde vie pleine de poésie.
Ainsi au détour d’un couloir ou dans la peine ombre d’une meurtrière du château on fait connaissance avec ce bestiaire fabuleux… en relation avec le terroir et nos racines ariégeoises.
Photos: ©AriegeNews 2006 |