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    Histoire & Patrimoine    
13/10/2006 imprimer envoyer à un ami commentaires(0)
Patrimoine: protéger le mobilier pour mieux le conserver et le restaurer

 Depuis la loi de 1905 instituant la séparation de l’église et de l’état, les lieux de culte et les objets qu’ils renferment sont de la responsabilité des communes.

Face à la recrudescence des vols de biens mobiliers et aux problèmes de conservation liés à l’humidité ou au stockage des mesures de protections s’imposent.

Dans les faits (loi du 31 décembre 1913 sur les Monuments Historiques et décret n°71-858 du 19 octobre 1971 sur la commission départementale des objets mobiliers), la demande de protection émanant d’une collectivité ou d’une association doit parvenir au conservateur des antiquités et objets d’art du département qui met au point le dossier de protection afin de le soumettre à la commission départementale des objets mobiliers.

Celle-ci délibère en vue de la protection de l’objet et après avis de la commission, le préfet du département prendra un arrêté d’inscription sur l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Les œuvres les plus remarquables sont quant à elles présentées à Paris en commission supérieure des Monuments Historiques pour être classées (ultime étape de la protection).

Ces actions en faveur de la protection du patrimoine sont malheureusement souvent mal perçues dans les villages isolés des vallées ariégeoises qui, par méconnaissance «diabolisent» le conservateur ou les restaurateurs: «ils vont nous prendre tel tableau ou tel objet cultuel», entend-t-on souvent dire dans les campagnes.

 Si le tableau en question fait l’objet d’une visite dans l’atelier d’un restaurateur c’est pour revenir en meilleur état et si l’orfèvrerie doit quitter la sacristie c’est seulement le temps d’une exposition.

Dans un souci d’ouverture mais également afin de communiquer sur le travail réalisé par ces passionnés, souvent bénévoles, nous avons assisté jeudi à la commission départementale pour le classement des objets mobiliers.

Une commission qui se réunit plusieurs fois par an à la demande du préfet mais dont «le travail de bénédictin, comme l’a défini Jean-Marc Duché, secrétaire général de la préfecture de l’Ariège, n’a malheureusement pas le retentissement qu’il devrait».

Parmi l’assistance, des maires (Etienne Dedieu de Saint-Lizier ou Claude Aynié de Capoulet-Junac), des responsables d’associations de défense du patrimoine, un prêtre, les représentants de la gendarmerie et de la police nationale mais surtout Bertrand Ducoureau, conservateur régional du patrimoine et Claude Aliquot conservateur des antiquités et objets d’art (AOA).

Celui-ci nous présente un travail d’inventaire systématique relayé par un diaporama de plus de deux cents pièces d’orfèvrerie du XIXe siècle appartenant à l’association diocésaine.

«il faut  une description très fine des objets pour pouvoir les récupérer s’ils sont dérobés, précise Claude Aliquot.
Récemment nous en avons fait la triste expérience avec «l’ensemble de Durfort» (calices, ostensoir…) dérobé puis retrouvé par la gendarmerie de Saint-Gaudens grâce à une fiche signalétique et une photo noir et blanc.

Sur les 5 pièces, 4 ont été identifiées sans problème, la dernière avait été démontée puis remontée différemment, la photo ne correspondait donc  plus tout à fait à l’original alors qu’il s’agissait bien du même objet.
Les receleurs connaissent toutes les ficelles! Mais la seule chose tangible qui prouve l’authentification, c’est le poinçon
»

Effectivement, c’est le seul élément apposé manuellement donc jamais au même endroit, en art sacré c’est la preuve irréfutable de la provenance et de la réalisation de la pièce d’orfèvrerie.

 Grâce à ce panorama de l’orfèvrerie du XIXe siècle (plus exactement de 1789 au tout début du XXe avec des styles allant de l’inspiration rocaille au néo-gothique en passant par l’art déco) on peut percevoir l’évolution des styles et des techniques.

«il est intéressant de connaître l’histoire des objets du point de vue de l’orfèvrerie, indique le conservateur des AOA, les orfèvres toulousains ne travaillent pas comme les parisiens ou les lyonnais.
Pendant la Révolution de nombreux trésors d’église ont été dispersés ou fondu; après les troubles, il a fallu reconstituer tous les vases sacrés pour célébrer le culte et c’est essentiellement pour cette raison que le XIXe a connu une forte production d’orfèvrerie religieuse
»

Aujourd’hui cette orfèvrerie est en péril nous confie Claude Aliquot, il y a des trafics organisés avec la Hollande ou l’Italie.
Ce travail d’inventaire précis n’est pas seulement la préfiguration d’un catalogue d’exposition, il permet en cas de vol de réagir immédiatement et de transmettre via Internet tous ces précieux renseignements aux services judiciaires et à l’office central de Paris.

«il m’arrive souvent dans mes tournées de constater avec les curés de campagne que les boîtes contenant un ciboire ou un calice sont  vides… et n’ayant pas de photos de la pièce volée il sera impossible de la retrouver»

La solution serait à terme de pouvoir regrouper dans un lieu unique et sécurisé tous ces éléments d’orfèvrerie sans pour autant en retirer la propriété aux communes, au contraire, en précisant leur lieu de provenance.

Le projet d’un Trésor d’Art Sacré situé à Pamiers fait son chemin tant du côté des autorités locales que des responsables du patrimoine.  Le remarquable travail réalisé par Claude Aliquot concernant l’orfèvrerie du XIXe va dans ce sens.

Mais pas seulement puisque grâce à son intervention, la commission a pu également examiner les dossiers d’une trentaine de pièces propriétés des communes à protéger ou à restaurer, de la croix en fer forgé aux fonds baptismaux, en passant par des retables ou de très beaux vitraux réalisés par l’atelier Saint-Blancat de Toulouse.

Une activité besogneuse qui porte peu à peu ses fruits aux quatre coins du département de l’Ariège…

Photos: ©AriegeNews 2006

actualites Ariege   auteur: Laurence Cabrol  |  publié le: 13/10/2006
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