Olivier Campardou, l’Ariégeois qui sait parler à l’oreille des ânes
Le cheptel asinien de France compte 25 000 têtes réparties en plusieurs races dont 7 sont officiellement reconnues par le ministère de l’agriculture et les Haras Nationaux.
Utilisés pour la promenade, les travaux des champs ou pour l’élevage, l’âne est un animal familier, placide et prudent. Le lait d’ânesse possède des vertus connues depuis les temps immémoriaux puisque l’on sait que Cléopâtre se servait régulièrement de lait d’ânesse pour entretenir sa beauté. Il ne fallait pas moins de deux cents bêtes en lactation pour lui fournir le précieux liquide nécessaire à ses bains…
Bien avant la découverte de l’électricité, on se servait de la glace des névés pour conserver les denrées périssables et c’était à dos de mulet que les paysans ariégeois, pour compléter leurs maigres revenus, devenaient convoyeurs de glace.
Les derniers muletiers ariégeois se trouvaient au siècle dernier à Balagué dans le Castillonnais.
Aujourd’hui c’est Olivier Campardou qui remet l’âne au goût du jour dans l’Ariège… et plus précisément le lait d’ânesse dont les anciens connaissaient déjà les vertus.
Considéré comme étant le plus proche de celui de la femme, il est très nutritif (il contient plus de lactose et moins de matière grasse que le lait de vache) et a été utilisé jusqu’au début du XXe siècle comme substitut au lait maternel.
En 1993, Olivier veut rester vivre et travailler au pays, il achète non loin de Castelnau Durban dix hectares sur plusieurs parcelles pour se lancer dans l’aventure: l’élevage des ânes.
Il les connaît bien car à l’âge de 8 ans il achète, contre l’avis de toute la famille, son premier âne à la foire aux ânes de Saint-Girons (il y en a deux par an, le 2 novembre et le 2 janvier).
Avec son épouse Charlotte, il décide de produire du lait d’ânesse. Au départ ils réunissent une dizaine de bêtes et commencent avec 800 litres de lait qu’ils cherchent à commercialiser. Brut, le coût est élevé. L’idée de le transformer en cosmétique les séduit.
Ils trouvent un artisan savonnier dans le Puits de Dôme, un des derniers savonniers à travailler à l’ancienne, qui utilise dans la composition de ses produits : 80% d’huile de palme, 10 à 15% d’huile de copra et entre 5 et 10% de lait d’ânesse.
Le parfum provient des huiles essentielles : eucalyptus, lavande, menthe, orange…et la coloration est généralement obtenue grâce à des pigments naturels : argile rouge, argile verte…
Le premier janvier 1998 Olivier est alors reconnu comme étant le premier jeune agriculteur français à avoir un élevage asinien.
En 2002, les Campardou organisent des visites de leur ferme et reçoivent en 2003 le Prix National de la Dynamique Agricole, décerné par la Banque Populaire. Aujourd’hui ces pionniers du lait d’ânesse sont à la tête d’un cheptel de 60 bêtes (toutes les races y sont représentées), ils produisent plus de 1800 litres de lait par saison pour élaborer des savons mais également une nouvelle gamme de cosmétiques qui se diversifie régulièrement avec la conception de nouveaux produits à base de lait d’ânesse (crème pour le corps, masques hydratants pour le visage…).
La dernière création de l’Asinerie de Feilhet: les pastilles au lait d’ânesse, des pastilles sans sucre, très douces et très agréables au goût. Toute cette gamme de produits arrive sur le marché sous la marque «Asinus».
Cependant il faut savoir que la traite ne dure que quatre mois par an, de juin à octobre et six traites quotidiennes ne donnent que 3 litres de lait par jour. Le lait frais est congelé dans des bouteilles de 5 litres à -18° et envoyé par 1000 litres dans un laboratoire de la zone industrielle de Saint-Girons qui le sèche par atomisation. On obtient donc au final 70 kilos de poudre de lait qui sera traité par évaporation pour éliminer l’eau qu’il contient avant d’être valorisé en produits dérivés.
Mais la réussite d’Olivier Campardou n’est pas le fruit du hasard, c’est le résultat d’un travail acharné depuis plus de 10 ans, au cours desquels il a su convaincre, trouver les ressources intellectuelles et matérielles pour aller de l’avant.
Ce fût d’autant plus difficile qu’aucune réglementation spécifique concerne l’âne qui, paradoxalement, a toujours fait partie de l’environnement agricole. L’activité est désormais viable et la société embauche: Coline Grey est dorénavant responsable des commandes et on la rencontre à la boutique de la ferme où les visiteurs peuvent acheter tous les produits manufacturés réalisés à partir du précieux lait d’ânesse.
Des produits que l’on retrouve également en vente par correspondance, chez plus de 200 distributeurs en France et en Europe ou sur les marchés, notamment le samedi matin à Saint-Girons.
Aujourd’hui le lait d’ânesse a trouvé sa place dans la cosmétologie et devient même un produit de beauté tendance… Olivier présentera tous ces produits dérivés du lait d’ânesse dans quelques jours au salon de l’agriculture de Paris où il incarne le savoir-faire du département de l’Ariège depuis quelques années déjà.
L’Asinerie de Feilhet 09420 Castelnau-Durban Tél /fax : 05 61 96 38 93 Site Internet : http://www.asinus.fr
La ferme se visite tous les après-midi en semaine à 14h, 16h et 18h, de juin à octobre. Photos: ©AriegeNews 2006
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