Une découverte historique majeure: Pierre Pol Riquet, citoyen de Mirepoix pendant 12 ans
Le département de l’Ariège compte de nombreuses associations, tant au niveau sportif que culturel. Le travail de tous ces bénévoles passionnés permet de fédérer les énergies et souvent de dévoiler au grand jour des pans entiers d’histoire locale.
Il en est ainsi pour l’association présidée par Claude Prono, qui organisait samedi dernier Salle Paul Dardier à Mirepoix la Xe Fête d’hiver du Livre d’Histoire Locale de Mirepoix sur le thème: «Pierre Pol Riquet, habitant de Béziers et de Mirepoix» Une association fondée en 1995 par le regretté Jean-Paul Olive pour perpétuer la mémoire de son père, l’historien Joseph-Laurent Olive.
Au départ il s’agissait de faire connaître l’Histoire locale de l’Ariège, de promouvoir les ouvrages et les auteurs régionaux en organisant le premier dimanche de juillet un salon, véritable lieu de rencontre, d’échanges et de convivialité entre les auteurs et un public toujours plus important.
Dès les premières éditions, le Salon du Livre est un véritable succès: aujourd’hui ils sont près d’une cinquantaine d’auteurs et de bouquinistes à venir s’installer sous la halle de la bastide mirapicienne pour rencontrer le public, dédicacer les ouvrages… participer aux conférences et autres tables rondes organisées chaque année autour d’un thème différent.
Cette année pour la XIIIe édition du salon d’été, le président nous confie que le sujet en sera «l’octroi de la charte de coutume de Mirepoix», encore de passionnantes découvertes en perspective!
Mais forte du succès de ces rencontres estivales, l’association décide en 1997 de créer le prix «Joseph-Laurent Olive» visant à récompenser un livre d’histoire locale édité dans l’année et d’organiser une manifestation similaire en période hivernale.
Au départ il s’agissait de d'inviter les journalistes pour évoquer la manifestation du mois de juillet mais aujourd’hui il s’agit d’une réunion thématique proposant deux conférence publiques, avec là aussi chaque année un sujet différent.
Ainsi la «Fête d’hiver du livre d’histoire locale», a évoqué avec succès l’hiver dernier «le soldat ariégeois de Napoléon à la 1ère guerre mondiale» ou encore l’année précédente le destin de «Raymond et Marie-Louise Escholier, de Mirepoix à Paris»
Aujourd’hui Claude Prono souhaite ouvrir son association à un nombre plus large d’adhérents et envisage tous les cas de figure tout en continuant à respecter son code de déontologie: «ce n’est pas une association poussiéreuse, réservée à une élite de savants»
Pour preuve, sa dynamique vice-présidente, Martine Rouche, guide conférencier, spécialiste incontournable de histoire locale et accessoirement professeur d’anglais au collège Victor-Hugo de Lavelanet.
Elle est habitée par sa passion pour la cité médiévale et ne manque aucune occasion (journées du patrimoine ou autres manifestions nationales) pour nous la faire partager.
La thématique de la journée de samedi: «Pierre Pol Riquet, habitant de Béziers et de Mirepoix» a été motivée par la découverte fortuite et récente de Jeanine Pibouleau (membre de l’Entraide Généalogique du Midi-Toulousain) dans les registre paroissiaux de Mirepoix des actes de baptêmes des quatre premiers enfants de Pierre-Pol Riquet.
Lors de dépouillements systématiques celle-ci relève dès 1634 dans les actes de baptême le nom de Riquet, d’abord en tant que parrain d’enfant de père inconnu, puis en 1638 pour le baptême de son premier fils, Jean-Mathias, en 1641 pour celui de Pierre Riquet (cet enfant décède un an après), en 1645, ce sera sa première fille et enfin le petit Pierre-Pol en 1646.
Cette trouvaille inopinée relayée par les investigations de Martine Rouche ont permis de mettre au jour une découverte majeure pour l’histoire de l’Ariège.
A cette époque Riquet est intéressé par la rivière l’Hers mais son débit trop irrégulier le dissuadera certainement de poursuivre ses prospections. Au départ, très complexé de ne pas avoir fait d’études et de ne pas connaître le latin, il commence sa carrière dans la gabelle, au bas de l’échelle puisque dans les actes il est mentionné comme «granatier ou granetier» de la chambre à sel, c’est-à-dire, l’officier qui est chargé de régler les litiges.
A ce titre et d’après les documents d’archives, il fait signer de nombreuses reconnaissances de dettes (les prêts sont courants pour couvrir l’assiette de l’impôt).
Si l’on connaît bien l’histoire de Riquet à Revel ou Béziers, en revanche personne ne savait que le génial constructeur du Canal du Midi était resté douze ans à Mirepoix et qu’il y avait joué un rôle important dans la bourgeoisie financière du XVIIe siècle.
Martine Rouche travaille sur le personnage d’Anne d’Escala, épouse de Louis de Labalme, receveur des dîmes et décimes du diocèse de Mirepoix et figure emblématique de la bourgeoisie locale. Au terme de ses recherches, elle a émis l’hypothèse que le couple Riquet puis leurs jeunes enfants étaient hébergés chez ces puissants personnages et qu’il étaient très liés avec eux.
D’autre part si la présence de Riquet est attestée à Mirepoix de 1634 à 1646, il s’installe tout de suite après à Revel où il achète une maison. Il reviendra cependant épisodiquement en Ariège: dans un acte de baptême de 1657 il est parrain de Pierre Pol, fils d’Henri de Calages, receveur de la chambre à sel et de Marie de Calages, femme de lettres qui a souvent rivalisé avec Jean Racine.
L’après-midi, la communication de Jean-Denis Bergasse, président de la Société Archéologique Scientifique et Littéraire de Béziers, sur l’œuvre imposante qu’il «a exécutée avec cinquante collaborateurs» a mis en avant les réalisations «pharaoniques» de celui qui fut Baron de Bonrepos pour le développement du Languedoc. L’objectif de la Société Archéologique à l’horizon 2009 étant d’identifier une grande partie de sa descendance.
Un public nombreux durant la Xe édition du Salon d’Hiver, parmi lequels Jacques Batines, les membres de l’Association Riquet et son Canal, les Amis des Archives de la Haute-Garonne, le cercle généalogique du Languedoc ou encore Claude Aliquot, conservateur départemental des AOA.
A l’issue de la conférence Claude Prono remettait à Mireille Oblin-Brière le prix spécial du Jury pour son livre «Où est donc passé le Canal du Midi ?»
Enfin, André Fonquernie, une des chevilles ouvrières de l’association a organisé le tirage d’une tombola dont l’unique lot était un livre sur Pierre Pol Riquet et le Canal du Midi (1804) par Jacques Fernay. Ouvrage illustré dans lequel, il est mentionné son intérêt pour la rivière l’Hers.
En clôture, Jean Cazenave, Maire de Mirepoix remis à Mme et M. Pibouleau la médaille d’honneur de la ville pour leur contribution à l’histoire locale. Dès à présent le rendez-vous est pris pour le premier dimanche de juillet avec le Salon du Livre d’Histoire Locale de Mirepoix.
Photos: ©AriegeNews 2007
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