Concert d’inauguration à Lavelanet de l’orgue historique Théodore Puget
L’orgue de l’église de Lavelanet a été construit par les facteurs d’orgues toulousains Théodore Puget et fils en 1867.
Son maintien dans son état d’origine lui a valu d’être classé monument historique en 2000. Cet instrument de 12 jeux, modeste par la taille, est jugé remarquable pour la qualité de sa construction et la finesse de ses sonorités. Il représente parfaitement l’esthétique sonore recherchée au milieu du XIXème siècle avec la sensibilité propre de la famille Puget.
Matthieu De Miguel débute l’orgue avec Christian Robert dont il fut le suppléant au grand-orgue de la cathédrale de Bordeaux avant d’intégrer en 1999 la classe de François Espinasse, au Conservatoire National de Région de Bordeaux, où il obtient une médaille d’or mention très bien à l’unanimité, ainsi qu’une médaille d’or de musique de chambre.
Il a terminé son cycle de perfectionnement avec Eva Darracq (1er prix mention très bien). Il a donné plusieurs concerts en soliste et a été nommé professeur d’orgue à la nouvelle classe d’orgue de Brasac-Preignac (33) en novembre 2005.
Marylin Revel découvre la musique par le piano et s’intéresse à l’orgue qu’elle étudie au Conservatoire National de Région de Toulouse dans la classe de Stéphane Bois ainsi que le chant grégorien avec Rolandas Muleïka.
Très interessée par le récital, elle se produit régulièrement en soliste avec l’ensemble vocal de Castelnaudary et le chœur de l’U.T.M que dirige Gérard Marty son professeur de chant à l’université de Toulouse.
Ces deux musiciens enthousiastes, très enracinés dans la vie musicale régionale, présenteront un programme particulièrement adapté à l’orgue de Lavelanet très marqué aussi par sa facture locale. Il fera alterner des œuvres pour orgue seul et pour orgue et chant qui mettront aussi à l’honneur notre région avec des compositeurs comme Déodad de Séverac et Gabriel Fauré.
Vendredi 13 Avril – 20h30 - Eglise de Lavelanet Entrée libre
Informations, réservations: Service Culturel Lavelanet, 1 place Henri Dunant 09300 Lavelanet. Tel : 05.61.01.81.41. Mail : lavelanet.culture@wanadoo.fr
Présentation de l’orgue historique Théodore PUGET de Lavelanet
Un peu plus de cent quarante ans après son inauguration, l’orgue de l’église Notre Dame de l’Assomption de Lavelanet a gardé la fraîcheur sonore de ses débuts. Le travail du facteur d’orgues Pierre Vialle a consisté principalement en un grand dépoussiérage, au remplacement de peaux qui ne faisaient plus étanchéité, au réglage de la mécanique, à la réparation de tuyaux et à l’accord général.
Il a veillé scrupuleusement à préserver l’orgue dans ses structures techniques et dans son harmonie. L’excellente conservation de l’instrument de Lavelanet et son intérêt dans l’histoire de la facture d’orgues lui avaient valu auparavant, en septembre 2000, d’être protégé au titre des Monuments Historiques.
Si la famille PUGET a construit de très nombreux instruments sur une durée de trois générations se succédant de 1799 à 1960, chaque époque n’a pas toujours laissé des instruments, d’importances variées, dans leur état d’origine.
L’orgue de Lavelanet, inauguré le 20 janvier 1867, présente une évolution caractéristique dans la facture des PUGET et même plus généralement dans la facture du sud-ouest et de notre pays.
A cette époque Eugène prend de plus en plus d’importance dans la manufacture Théodore Puget et fils et il réalise ici un instrument entièrement expressif (1) permettant de nuancer l’accompagnement du chant mais aussi d’obtenir une grande variété d’effets sonores propres à faire «éprouver des sensations nouvelles, inconnues»
Les compositeurs romantiques appellent de tous leurs vœux un orgue qui permette ces variations d’intensité et de timbres en «fondu-enchaîné» alors que l’orgue des siècles précédents fonctionnait plutôt sur les oppositions des timbres et des localisations sonores des jeux propres à chaque clavier.
Eugène, un des neuf enfants de Théodore, avait la réputation, en plus de son talent d’organiste, d’un excellent harmoniste (2). Il a réalisé à Lavelanet un instrument qui allie, comme le souligne l’article, «une grande puissance … une entière plénitude sonore» et «une agréable diversité de timbres»
La douceur, le velouté, le moelleux de certains jeux (3) (flûte, bourdon) ou leur suavité (voix céleste) qui seront de plus en plus prisés jusqu’à la fin du premier tiers du 20ème siècle, n’empêchent pas chez d’autres jeux une certaine rusticité (voix humaine appelée musette dans l’article) et des intonations «claires et mordantes» (gambe 8 et gambe 4).
Dans les décennies suivantes, on construira des gambes moins mordantes et plus suaves. L’orgue de Lavelanet se situe encore à cette période charnière, déjà dépassée à d’autres endroits, entre l’apogée de l’orgue classique qui disparaît pratiquement emporté avec la Révolution et l’orgue romantique puis symphonique qui aura toutes les faveurs jusqu’à la dernière guerre mondiale.
Le jeu de basson-hautbois est très révélateur à cet égard: les aigus (hautbois) sonnent très classiquement à la manière de l’instrument à anche baroque («gracieux et léger»), tandis que la basse (basson), absente dans les orgues classiques, sonne plus ronde et sombre.
De même, toute la construction de l’orgue (sommiers, mécanique) relève des techniques classiques, si ce n’est la console tournée vers le chœur (4) et la soufflerie (réservoirs à tables parallèles au lieu de cunéiformes).
L’évolution se manifeste aussi par un clavier de récit entier : sur des instruments de même importance, les autres facteurs de l’époque gardaient souvent l’étendue classique (à partir des 2° mi ou sol par exemple).
Evolution tout de même dans la tessiture des jeux plus orientée vers le grave (un jeu de 16 pieds et huit jeux de 8 pieds sur douze) et aussi la forte proportion de jeux d’anches (un tiers).
Notons toutefois un prestant 4 et une doublette 2 très présents (celle-ci coupée au ton comme à l’époque classique, comme certaines autres parties de jeux d’ailleurs). Cet orgue faillit être complètement défiguré comme le montrent les archives paroissiales conservées entre 1935 et 1940.
La nécessité d’installer une soufflerie électrique, de faire un dépoussiérage et un réglage de l’instrument amenèrent certains à proposer une mise au goût du jour (5). La guerre mit fin à ces projets hasardeux et la maison PUGET se contenta d’installer, en octobre 1940, une soufflerie électrique qu’il eut du mal à se faire livrer dans les circonstances nationales d’alors. Sans doute procéda-t-il aussi à un «léger nettoyage» et accord de l’orgue comme il s’engageait à le faire gracieusement le mois d’avril précédent.
Pour terminer, nous reprendrons la conclusion d’Hector Joly, dans un article presque identique, mais paru dans « ’Ariègeois» (26.01.1867): «En terminant, qu’il me soit permis de saluer cet heureux événement dans notre localité, comme l’aurore d’une ère nouvelle, et le présage d’une régénération artistique pour une petite ville qui en renferme tous les éléments»
L’orgue existait déjà chez les grecs du 3° siècle avant notre ère ; il a accompagné les jeux du cirque à Rome, s’est développé au Proche-Orient avant d’être adopté timidement par la chrétienté occidentale à partir du 11° siècle.
C’est dire qu’il est un instrument autant profane que religieux. La musique populaire a toujours été une des sources d’inspiration pour la musique religieuse et vice-versa. Le programme donné lors de ce concert d’inauguration le montre de façon éclatante.
L’orgue est l’instrument pour le peuple par excellence, il l’accompagne le plus souvent dans les grands moments de sa vie. C’est un remarquable instrument de culture musicale.
Puisse l’orgue de Lavelanet, inscrit au Patrimoine historique, prendre toute sa place dans le grand projet culturel en préparation dans le cadre du Pays des Pyrénées Cathares. Philippe LECOQ, organiste titulaire de la paroisse de Lavelanet
Notes: (1) Dans un orgue expressif les tuyaux sont enfermés dans une très grande boîte en bois, close, avec des volets sur une ou plusieurs faces, actionnés d’une pédale par l’organiste, pour permettre, suivant leur degré d’ouverture ou leur fermeture, une variation de l’intensité sonore.
(2) Théodore PUGET (1799-1883), né à Montréal d’Aude, fut le fondateur de la manufacture. Il s’installa en 1834 à Toulouse après avoir appris la facture d’orgues avec Prosper Moitessier. Cinq de ses neuf enfants pratiqueront le même métier que lui : François (1825-1854), Baptiste (1826- ?), Maurice (1835- ?), Eugène (1838–1892), Jean-Baptiste (1849-1940). Eugène mourut à Lavelanet en effectuant un entretien de l’orgue. Le dernier organier de la branche fut Maurice (1894-1960), fils de Jean-Baptiste, installé aussi à Toulouse.
(3) On appelle jeu une famille de tuyaux allant du plus grave au plus aigu sur l’étendue des notes du clavier et liés entre eux par les mêmes caractéristiques (à anche, à bouche, matière, forme, taille) qui définissent le timbre de ce jeu. Un jeu est désigné par un nom , souvent celui d’un autre instrument de musique : flûte, trompette hautbois … et un chiffre qui exprime la longueur en pieds du corps de son tuyau le plus long (1er do du clavier).
(4) La console constitue avec les claviers et les tirants de jeux un véritable poste de pilotage. Elle peut être en fenêtre (intégrée dans le buffet, tournée vers lui) ou séparée, comme à Lavelanet (détachée du buffet et tournée vers le chœur).
(5) Quelques « bons conseillers » du curé de l’époque, l’abbé Ruffié, l’encourageaient à modifier et à augmenter le nombre de jeux pour répondre au nouveau goût de l’époque qui redécouvrait l’orgue classique français. Cette pratique aboutissait presque toujours à défigurer l’orgue romantique pour obtenir finalement un résultat désastreux sur le plan sonore.
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