La campagne anti-grêle a débuté dans le département de l’Ariège
Créée en 1952 sous l’impulsion d’élus du Sud-Ouest et de personnalités du monde agricole, l’association nationale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques (ANELFA) organise depuis cinquante ans des campagnes de lutte et de prévention anti-grêle.
Aujourd’hui on comptabilise 15 associations départementales (ADELFA) parmi lesquelles celle du département de l’Ariège qui, hasard du calendrier, a tenu 24h après le terrible orage de grêle qui a ravagé le département, une conférence de presse à Daumazan sur Arize.
Chacune de ces associations a son organisation propre, en Ariège elle repose sur la coopération entre la chambre d’agriculture et le Conseil Général, Henri Nayrou en est le président.
Elle a pour vocation de mieux comprendre le phénomène de la grêle et cela se concrétise sur le terrain par l’installation chez des particuliers bénévoles d’un réseau de grêlimètres et de générateurs.
Car face à la grêle considérée pour les agriculteurs comme un fléau, L'ANELFA propose une méthode scientifique de prévention de la grêle basée sur l'ensemencement des nuages en iodure d'argent à partir de générateurs au sol.
Claude Berthet, ingénieur Agronome, directrice de l’ANELFA, précise: «sur ces 15 associations départementales, les unes protègent les autres, c’est un ensemble de générateurs mis en réseaux sur une zone, il y a nécessairement une certaine solidarité à l’intérieur du réseau car les orages de grêle n’ont pas de limites géographiques. Et l’efficacité de ce réseau tient à l’ensemencement le plus précoce possible des orages.
Pour cela nous avons une convention avec Météo France qui nous avertit au moins 4h avant. Un système informatisé diffuse à l’ensemble des opérateurs et au technicien l’alerte et les générateurs sont mis en route simultanément. La campagne anti-grêle s’étend du 15 avril au 15 octobre, période durant laquelle les orages de grêle sont les plus fréquents»
Jean Dessens, physicien à l’Observatoire Midi-Pyrénées est conseiller scientifique à l’ANELFA: «un grêlon, explique-t-il, c’est une goutte d’eau ou un flocon qui a givré. Heureusement tous les orages ne donnent pas de la grêle, cela se produit 1 fois sur 100, c’est quand il manque des particules dans les nuages et que l’air est trop pur. Les physiciens savent quelles sont ces particules et réussissent à en rajouter.
Il y a deux méthodes pour cela : - le tir de fusées soviétiques (4 à 5 km) qui emportent des substances pyrotechniques ou en couplant avions et générateurs au sol comme en Argentine. Ces opérations sont réalisables au-dessus des déserts mais chez nous en Europe ces méthodes sont trop dérangeantes pour l’environnement et nous privilégions l’utilisation d’iodure d’argent. - L’iodure d’argent a été découvert en 1948 par des officiers américains, plus de cent pays utilisent cette méthode préventive contre la grêle et l’organisation météorologique mondiale la cautionne»
Techniquement, la solution à base d’iodure d’argent est pulvérisée dans l’atmosphère grâce aux générateurs type Vortex et va s’intégrer aux courants d’air ascendants qui se propagent par temps d’orage.
L’air chaud «inséminé» monte dans ces nuages jusqu’à des altitudes de 6 à 8000 mètres où la grêle est en formation. C’est à ce moment là que l’iodure d’argent remplit son office en multipliant les molécules de glace pour limiter la taille des grêlons.
D’après les études statistiques on a constaté en Midi-Pyrénées que les cellules les mieux ensemencées produisent le moins de grêle: il y a une diminution de 50% quand il y a un générateur tous les 10km.
Dans le département de l’Ariège, pendant 10 ans le réseau n’a compté que 4 postes, puis progressivement avec l’arrivée de l’irrigation et la spécialisation croissante de nombreux agriculteurs en productions végétales, le lutte contre la grêle a pris une importance accrue.
Le Conseil Général, principal partenaire de l’ADELFA (24 000€ de subvention pour un budget annuel de 30 000€) et la Chambre d’Agriculture pour l’appui technique (mise à disposition d’un technicien) ont permis aujourd’hui l’installation de 22 postes, principalement en zone de plaine et de coteaux.
Les risques s’avèreront bien entendu moins importants d’autant que le réseau est étendu.
En 2006, le nombre d’alertes ne s’est élevé qu' à 14 (c'est relativement faible) les 22 postes ont fonctionné pendant 2031 heures consommant 2174 litres de solution et dispersant dans l’atmosphère 17 kg d’iodure d’argent, qui rappelons-le n’est pas nocif pour l’homme.
Lors de la conférence de presse de l’ANELFA, Charles Aribert, technicien de l’association détaché par la Chambre d’Agriculture s’est associé au Professeur Dessens, spécialiste reconnu en la matière pour préciser que cette méthode n’empêchait pas de pleuvoir, les risques d’augmentation des intempéries étaient même plus importants.
«On ne communique pas suffisamment sur le résultat des sondages : ce système d’insémination des nuages augmente de 10% les précipitations. Mais attention si depuis 50 ans on assiste à une augmentation de 2 degrés des températures, si la sécheresse gagne du terrain, les générateurs n’y sont pour rien…»
Quant à l’orage qui a traversé et ravagé le département de l’Ariège d’Est en Ouest, Météo France ne l’avait pas détecté, il était précoce pour la saison et après 23h le réseau de l’Ariège ne fonctionne pas: les premiers impacts ont été observés à 0h40.
Dans l’avenir, les objectifs de l’ANELFA seront d’augmenter le nombre des générateurs sur le territoire et d’étendre la période de veille la nuit, afin d’éviter les catastrophes récentes. Car dans le contexte climatique actuel marqué par un réchauffement de la planète, les agriculteurs risquent d’être confrontés à des situations de plus en plus atypiques.
Association Nationale d’Etude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques Tel : 05 61 52 05 65 http://www.anelfa.asso.fr
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |