Jean Guillou en concert à la cathédrale Notre Dame du Camp à Pamiers
Grâce au Festival «Musiques au Pays de Gabriel Fauré», les ariégeois vont pouvoir assister ce soir au concert de Jean Guillou, un des musiciens les plus remarquables de notre temps.
Comment évoquer son immense carrière sans commencer par la passion qui l’anime très tôt pour la musique et plus particulièrement pour l’orgue puisque dès l’âge de 12 ans, il devient organiste de l’église St-Serge à Angers, sa ville natale.
En 1953, il entre au conservatoire de Paris où il est élève de Marcel Dupré, Maurice Duruflé et Olivier Messiaen : il reçoit le 1er prix d’orgue, d’harmonie, de contrepoint de fugue et de composition.
Ce surdoué devient naturellement professeur d’orgue: nommé dès l’âge de 20 ans professeur à l’Institut de Musique Sacrée de Lisbonne, il n’a cessé de former des jeunes musiciens, notamment depuis 1970 au Meisterkursus de Zürich où il enseigne aussi bien l’improvisation que l’interprétation aux organistes venant du monde entier.
Créateur à multiples facettes, Jean Guillou possède une personnalité musicale et artistique plurivalente.
Pianiste, il ressuscite la Sonate de Julius Reubke, élève de Liszt, mort à 24 ans après avoir laissé deux chef-d' oeuvres. Jean Guillou est le seul à avoir interprété ces deux oeuvres en enregistrement et en concert.
Compositeur, il est en autre l'auteur d'études sur «la Musique et le Geste» ainsi que sur d'autres sujets tels que «L'inspiration musicale dans le poème de la jeune Parque» de Paul Valéry et la structure harmonique du roman «Les Faux Monnayeurs» d'André Gide.
Ses initiatives sont celles d’un musicien particulièrement inspiré, exploitant l’orgue dans ses richesses les plus insoupçonnées: ainsi, il accompagne le mime Marceau durant ses pantomimes et les premiers pas de l’homme sur la lune lui ont inspiré un concerto.
«on peut imaginer aussi construire un orgue dans l’espace cosmique, par exemple sur un satellite géostationnaire. Il serait formidable. Ce serait le côté capitaine Némo, car l’orgue, en dehors de son aspect mystérieux, a toujours eu des connotations un peu diaboliques, un peu fantastiques»
«Dépoussiérant» complètement la conception de l’orgue classique, Jean Guillou, imagine un instrument adapté au XXIe siècle, largement inspiré par son univers poétique et ses recherches techniques.
Son rôle est déterminent dans la restauration de l’orgue car il encourage les facteurs à utiliser les technologies les plus modernes, parfois même l’informatique. Cette recherche est doublée d’une réflexion esthétique de la facture d’orgue car il est l’auteur du livre «L’orgue, Souvenir et avenir» dans lequel il évoque toute l'histoire de l'orgue depuis le IIIème siècle avant notre ère, jusqu'à la description de ses propres instruments.
En 1963, Jean Guillou devient l’organiste titulaire de Saint-Eustache à Paris. Cet orgue unique au monde, mariant patrimoine historique et prouesse technologique est composé de deux consoles reliées à un même buffet, l'une en tribune, l'autre au milieu de l'imposante nef, permettant au public de voir l'organiste.
Jean Guillou cultive cette particularité qui correspond bien à sa conception de cet instrument d’origine antique qu’il a savamment remis au goût du jour en faisant reculer considérablement les limites techniques du jeu instrumental.
«Il est très important pour le public de voir l’organiste jouer, et celui-ci peut aussi plus facilement interpréter des œuvres en musique de chambre. Par ailleurs, Saint-Eustache reste l’orgue le plus important en nombre de tuyaux. C’est l’exemple même d’un instrument du XXIe siècle, pensé pour la musique actuelle mais pouvant également jouer Bach. Car il arrive à la fois à développer des grandes masses sonores et à produire des timbres très précis. Il faut rappeler que, si la façade de l’orgue date du XIXe siècle, tout le reste est le fruit de la reconstruction complète de 1989»
Créateur d'une facture instrumentale novatrice, avec les orgues de l'Alpe d'Huez, du «Chant d'oiseaux» à Bruxelles, du conservatoire de Naples, et de la Tonhalle à Zurich, Jean Guillou a conçu son «Orgue à Structure Variable», un orgue divisé en 8 buffets et 12 corps sonores, jouable sur une console de 4 claviers, mais aussi par 12 organistes placés à plusieurs endroits.
Il y a quelques jours, il a donné un concert à Berlin qui a été un véritable triomphe. Il va renouveler cette expérience en créant l’événement, le 19 juin, avec la 1ère audition de «La Révolte des Orgues» opus 69, oeuvre pour huit orgues portatifs disposés autour du public, percussions, grand orgue et un chef.
Le Maître de St-Eustache, sera entouré de musiciens, tous titulaires des plus prestigieuses tribunes européennes, de la cathédrale de Westminster à celle de Cologne. Le public, entouré par les dix instruments, sera placé au cœur de ce poème symphonique.
Nous avons rencontré ce prodigieux virtuose, improvisateur de génie à l’intérieur même de l’église Notre Dame du Camp à Pamiers, en pleine répétition pour le concert qu’il donnera ce soir.
«C’est une véritable découverte pour moi, c’est la première fois que je joue ici, cet instrument a du caractère et l’acoustique de l’église est exceptionnelle»
En évoquant le concert qu’il donne dans le cadre de Musiques au Pays de Gabriel Fauré: «J’aime bien mélanger les styles, c’est un concert anachronique, après Jean-Sébastien Bach, je vais interpréter une de mes créations, intitulée Säya, inspirée par une chanson coréenne extrêmement populaire sur le thème de l’oiseau bleu. Je reviens ensuite aux époques plus anciennes avec Schumann et Liszt»
Et le grand organiste d’évoquer «La Révolte des Orgues», une création qui constituera l’évènement du Festival des Orgues de Saint-Eustache, dans quelques jours à Paris: «La Révolte des Orgues, il s’agit d’une composition pour neuf organistes, huit orgues portatifs dispersés dans l’espace, un grand orgue et des percussions.
Tous ces instruments doivent provoquer le bouleversement de la sonorité habituelle de l’orgue «en bloc» C’est donc une révolte contre l’orgue traditionnel! Il y a 25 ans que j’ai conçu cet orgue très particulier, avec une console, 4 claviers divisé en 15 éléments que l’on place autour du public… je rêve de jouer dans les arènes de Vérone… ce serait un retour aux sources pour cet instrument crée à l’origine pour le théâtre antique…»
Pour l’heure, le public ariégeois est invité dans le cadre du XIIIe festival de Musiques au Pays de Gabriel Fauré à venir découvrir ce créateur génial, cet interprète remarquable…
Jean Guillou Eglise Notre Dame du Camp à 20h45 à Pamiers
Photo et vidéo: ©AriegeNews 2007 |