Yuri Buenaventura, rencontre avec un chanteur engagé
Samedi 21 juillet, les conditions météo sont désastreuses, il pleut depuis le petit matin sur Tarascon-sur-Ariège, obligeant les organisateurs du Festival Tarascon-Latino à reporter le concert tant attendu du roi de la salsa, Yuri Buenaventura, à mardi prochain.
Le chanteur Colombien est déjà venu à Tarascon, il nous avoue que son ex-belle-famille est originaire de la ville et qu’il vient même de découvrir un lien de parenté avec le Maire, Alain Sutra.
Yuri est né en Colombie en 1961, année où le cosmonaute Youri Gagarine effectue son premier vol dans l’espace.
Il prend ensuite le pseudonyme de Buenaventura, grand port sur la côte pacifique de Colombie, endroit resté proche de ses racines. Yuri grandit avec la salsa new-yorkaise, la chanson engagée de la Chilienne Violeta Parra, du Catalan Joan Manuel Serrat ou du Cubain Pablo Milanes.
Il débarque ensuite à Paris et s’inscrit en faculté de sciences économiques de la Sorbonne. Mais très vite il participe à la fièvre latine qui s’empare de la capitale dans les années 90.
En quelques mois Yuri devient le chanteur de salsa le plus coté du Paris latino dont l’épicentre est un dancing de Belleville, la Java, ancien temple du musette. Il rencontre le vénézuélien Orlando Poleo, un joueur de congas et avec lui, Yuri franchit un nouveau palier.
En 1996, plus de 5000 spectateurs viennent l’acclamer dans les arènes de Vic-Feznsac lors d’un concert mémorable du Festival Tempo Latino. Entre temps Yuri enregistre son premier album «Herencia Africana» puis obtient un disque d’or en France grâce à la reprise de Jacques Brel «Ne me quitte pas»
Les albums se succèdent ainsi que les expériences musicales car le petit prince de la salsa s’associe pour un duo à Faudel (Salsa-Raï), réalise des reprises d’Elton John, la Mano Negra ou Michel Legrand…
En 2002 il invite également le groupe de rap cubain Orishas sur son album «Donde Estaras» Pour lui la salsa n’est pas restée figée aux rythmes de la Havane des années 20, ni à ceux de New-York des années 70, elle s’inscrit dans le mouvement de la vie, «c’est un partage, une communion mais j’ai l’ambition de faire une musique qui fasse à la fois danser et réfléchir»
Hommage à Pablo Neruda ou aux otages retenus en Colombie «3046, c’est le nombre de personnes enlevées en Colombie. Avec cette chanson je me suis autorisé à imaginer la souffrance de ceux qui espèrent revoir tous les gens retenus qui ont une famille, des enfants…»
Aujourd’hui Yuri revient sur scène avec Salsa Dura, un album qui incarne le retour aux sources et la maturité.
Comment un étudiant colombien à la Sorbonne devient-il un chanteur de Salsa international ? «Avant de parler de parcours, tous les jours on réalise de petites choses qui permettent d’arriver à un point déterminé. Ce qui est le plus important c’est de se sentir bien partout dans le monde…
je ne parle pas de globalisation des sentiments mais de fraternité. J’essaie de transmettre un message d’humanité et d’amour. La foi de transmettre, de porter cela fait que l’on devient autre chose… le reste c’est juste du travail, un acte répétitif, celui de composer, de jouer...
Dans chaque ville il y a une lecture différente, des rencontres… c’est nourrissant, on reçoit et on donne. Notre ambition ici à Tarascon c’est de porter ce message d’espoir en l’être humain pour avoir une possibilité d’avenir ensemble.
Sur scène je déclare publiquement cette foi. Ici c’est peut être plus symbolique, le cadre est très beau, les montagnes sont assez mystiques, le message qu’il y a dans la nature, le choix qu’ont fait les premiers hommes de choisir ce site-là… peut-être avec le temps a-t-on oublié toutes ces raisons-là…
Au début je croyais que c’était juste pour faire de la musique, mais avec le temps, je me rends compte combien ces rendez-vous sont importants avec le public. Dans le monde d’aujourd’hui quand on se rencontre c’est pour se mentir, pour se promettre des choses que l’on ne tient pas ou pour faire la guerre.
Je suis pour ma part dans un espace privilégié, l’artiste est au cœur de la chose, je peux parler de tout y compris de la situation en Amérique Latine…»
Pourquoi la «salsa est dura» aujourd’hui ? «La salsa a toujours été « dura » parce qu’elle vient de l’esclavage, les africains sont présents dans les Caraïbes et en Amérique du Sud où on a toléré leur musique, avec le temps cela aboutit à un syncrétisme religieux et un vocabulaire culturel et musical métissé…
La rencontre entre l’homme noir, l’amérindien et l’homme européen s’est faite là-bas, ils ont parcouru un morceau de chemin ensemble, il y a eu des luttes, une recherche d’équilibre, de justice, de démocratie qui se cherche encore aujourd’hui au Brésil, en Argentine ou au Vénézuela…
Si la salsa est «dura» cela est dû à ses origines, elle n’est pas née au détour d’un bal populaire, pour s’amuser mais dans une lutte, un rêve de justice et d’émancipation.
Ensuite les maisons de disques l’ont recyclé avec des sentiments pour la grande consommation… que ce soit pour la salsa ou pour le rap car les revendications des banlieues dans les grandes villes sont également des revendications légitimes qui passent par la musique.
Les maisons de disque récupèrent ces discours contestataires, elles les édulcorent pour les rendre propres à la consommation de masse…
Si cet album nous ramène à Cali, la région où j’ai grandi ce n’est pas fortuit mais le prochain sera encore plus ouvert sur la World Music planétaire puisque je travaille déjà avec des musiciens du Cap-Vert et du Portugal, il sera beaucoup plus mélodieux que rythmique. Il y aura 4 ou 5 boléros, je travaille aussi avec des musiciens brésiliens …
J’ai 40 ans, je ne veux plus me prendre la tête, je dis les choses de manière plus simple, je me sens plus libre sur scène, plus fort»
Yuri Buenaventura revient mardi 24 juillet à 22h sur la scène de Tarascon avec son meilleur album à ce jour, mais il revient surtout avec plus de profondeur et d’humanité… la quarantaine vous va si bien M. Buenaventura.
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |