Carla-Bayle fait son marché le dimanche matin
Perché sur un piton rocheux dans les collines entre la vallée de l’Arize et de la Lèze, le Carla-Bayle, citadelle remarquablement rénovée au cours des dernières années offre un vaste et splendide panorama sur le piémont Pyrénéen.
Ancienne cité huguenote fortifiée au XIVe siècle par Gaston Fébus, patrie du philosophe Pierre Bayle, précurseur des idées des lumières, apôtre de la tolérance et des idées d’une Europe des peuples, cette bastide a décidé de jouer la carte du développement raisonné et s’est dotée de produits touristiques dont les piliers sont le patrimoine et la culture.
Grâce à une poignée de bénévoles organisés en association, des manifestations ponctuent l’été au Carla qui connaît aujourd’hui un nouvel élan, en devenant le site le plus visité du Pays des Portes d’Ariège.
Nous avons eu envie d’aller voir sur place, rencontrer les acteurs de cette dynamique à succès, prendre le pouls de ce village d’artistes… un dimanche matin jour de marché au Carla.
Jean-Luc Bassière, s’est lancé il y a cinq ans dans la production de canards. Il sillonne les marchés locaux et depuis quelques mois il a repris avec son épouse José Pascal, l’Enco de Thérèse & Rosalie à Ségalas, non loin de Durban-sur-Arize où tous deux concoctent des recettes à partir du canard, à déguster sur place ou à emporter.
Du classique canard à l’orange en passant par le colombo de canard aux fonds d’artichauts ou le tajine de canard aux citrons confits…on peut tout imaginer.
Depuis peu président de l’association «les marchés du Carla» Jean-Luc anime avec quelques producteurs locaux ce petit marché dominical, place de l’Europe… visite guidée.
«L’idée c’est de montrer que l’on peut continuer à travailler bon, propre, sain, de façon peu onéreuse donc accessible à tout le monde.
Yves et Christine Villeneuve sont charcutiers et maraîchers, ils proposent des produits issus de leurs productions et valorisent des petits producteurs comme le vinaigre de Miel de Valérie et Paul Mégret de Cadarcet… ici on ne trouve que des produits naturels et fermiers !»
Les habitants du Carla ne s’y trompent pas, ils animent dès 11h la rue principale, rejoints par les touristes et autres vacanciers, connus ou moins connus, séjournant dans la Bastide…
«Le foie gras est une denrée de luxe souvent onéreuse… mais on a essayé de créer une gamme de produits plus accessibles, calés sur les saisons, poursuit Jean-Luc devant son stand, le canard c’est une volaille entière que l’on consomme toute l’année.
Nous expliquons aux touristes ce que nous fabriquons. Je travaille au maïs non-OGM, c’est un engagement personnel, ma saucisse de canard est faite sans salpêtre pour avoir une saveur authentique, on essaie d’associer la viande de canard à des compositions à base d’épices, des assemblages à base de fruits ou de légumes …on arrive à sortir des sentiers battus, de l’éternel confit-magret et tout le monde s’y retrouve !»
Le stand de fromages de Yo Beyls est très convoité, le personnage est certes sympathique mais on y découvre surtout des spécialités qui font désormais partie du patrimoine gastronomique local et des recettes simples pour les accommoder: fromage bio d’André Bazerque, chèvre d’Eric Vion , etc.
«Il faut laisser goûter, précise cet ariégeois d’adoption, je suis distributeur de fromages d’artisans locaux, les touristes anglais et hollandais commencent à apprécier les fromages de caractère, on essaie des assemblages subtils comme le basilic et l’ail… il y a une évolution du goût.
Ici, c’est la qualité et l’accueil qui comptent, les prix sont honnêtes et il faut rester honnête avec les gens»
Et avec le fromage, Yo propose de l’ail, des fruits confits, des légumes secs, des olives et du vin du Carla: «il a une sacré réputation, si bien que le 21 octobre nous organisons la fête des vendanges !»
Ponctuellement de nouveaux arrivants s’agrègent au noyau dur de l’association. Sylvie Bernard, photographe de formation, détourne les images pour en faire des objets quotidiens. «Je désacralise la photo, j’en fais des produits accessibles pour tous»
Mais on pourrait aussi évoquer Sandrine et ses bijoux, Maïté et son linge de table, Françoise et André de Solan, retenus ce jour là sur un autre marché, que nous avions rencontré il y a quelques semaines sur leur exploitation (voir notre article du 13 juillet) spécialisé dans l’huile de chanvre et le jus de pomme bio.
«Bref nous accueillons ici tous les producteurs fermiers, artisans, commerçants locaux qui font de la qualité» ajoute Jean-Luc avant de nous accompagner à la Galerie d’été de Tristan, l’artiste peintre qui a réalisé la très belle affiche du marché du Carla.
Une grande maison ouverte sur une place, le bleu turquoise et l’ocre dominent cette façade inspirée des pays méditerranéens. Le propriétaire des lieux nous reçoit dans son univers dédié aux voyages.
«Nous nous sommes installés ici il y a une dizaine d’années et nous avons essayé de participer à toute forme de développement du village. Le marché participe volontiers à la vie du Carla, il était normal d’y apporter notre contribution»
La galerie de Tristan Rà fait partie des 16 lieux d’exposition de La Rue des Arts, une manifestation d’Arts plastiques initié depuis 13 ans par l’association éponyme, qui voit au fil des années sa notoriété grandir grâce au soutien des bénévoles, de la municipalité et des artistes exposants.
«Cette année, explique Tristan, c’est très africain, j’ai passé l’hiver dans le nord du Mali, en pays Dogon, cette zone où il y a ces grandes cités en terre, construites avec la boue du fleuve : Djenné, Tombouctou…
Jusqu’à présent j’ai toujours été tenté par des villes hautes en couleur: Jaïpour et Marrakech en rouge, Fès la ville blanche, Jérusalem et l’or de ses coupoles.
Dans mon expérience africaine la couleur est sur les personnages, c’est l’humanité qui porte la couleur à travers des vêtements chatoyants.
J’ai beaucoup aimé peindre le contraste de ces termitières géantes aux portes du Sahara et l’accord parfait des couleurs portées par les dames drapées de boubous chatoyants. Je me suis mis dans des conditions un peu difficiles: il fait 45°, la poussière, les mouches… et pas de couleur !»
Au fil de la conversation, nous lui demandons pourquoi avoir choisi de s’installer dans ce petit village de l’Arize?
«Après avoir abandonné mes études de médecine pour la peinture, j’ai vécu à Saint-Tropez, je vendais mes toiles sur le port. J’ai été remarqué par des marchands, j’ai eu de gros contrats qui m’ont conduit à exposer dans de grands salons, galeries dans le monde entier… après toutes ces relations mondaines j’ai eu envie de montrer ma peinture différemment.
On était une bande d’artistes à penser ainsi, nous avons cherché dans le sud un lieu où nous poser, loin de tout…et nous avons choisi Carla-Bayle qui ressemble tant à Saint-Paul de Vence.
On s’est installé ici il y a une dizaine d’années, pour montrer la peinture d’une autre façon. Notre histoire a peiné à démarrer, les gens étaient tranquilles chez eux et ils voient débarquer les peluts, comme ils disent… mais aujourd’hui ils sont bien contents que nous soyons là, que le village revive»
Philippe Frêchet vient nous rejoindre sur le pas de la porte. Ce jeune retraité est le président de l’association «Autour de Pierre Bayle», créée le 2 juin dernier et dont les objectifs sont de faire connaître, développer, promouvoir la pensée et l’œuvre de Pierre Bayle, philosophe de la fin du XVIIe siècle originaire du Carla.
«L’association a également vocation à gérer le musée crée il y a 18 ans dans la maison natale de Pierre Bayle, à le rénover et en développer ses activités. Les projets se mettent en place progressivement.
Ils sont aujourd’hui nombreux à être attirés par cette dynamique. Cet été nous avons mis en place le jeudi soir un concept autour de la musique et de la cuisine «musique et cuisine du monde» cela a très bien fonctionné… toujours en relation avec Pierre Bayle qui a dit longtemps avant beaucoup d’autres: «je suis un citoyen du monde»
C’est donc dans un esprit de partage, d’ouverture et de tolérance que l’on découvre tous les jeudis un pays, une région, un continent. Tout comme l’on pose un nouveau regard sur les galeries de la Rue des Arts qui restent ouvertes plus tard ce jour-là.
Pour cette première édition l’essai est transformé mais notre ambition c’est de faire vivre le Carla toute l’année, y compris l’hiver»
Gilberte Gabriel, membre fondatrice de l’association «La rue des Arts» nous reçoit dans sa Galerie ouverte de février à décembre.
«Le chiffre 13 est un bon chiffre puisque pour sa 13e édition la rue des Arts semble être un bon cru. Ce festival s’améliore d’année en année, il y a de plus en plus de demandes d’artistes qui veulent exposer mais la sélection est impitoyable, on place la barre suffisamment haut pour avoir de la qualité… cette année sur les 70 candidatures nous n’en avons retenu que 17»
Il est déjà plus de midi le soleil baigne la place de la Liberté, il est l’heure de rendre visite à Fernand le propriétaire de l’Auberge Pierre Bayle, un pur bonheur pour les yeux et pour les papilles: terrasse panoramique, tableaux suspendus aux cimaises et une cuisine savoureuse concoctée par le chef qui soigne une clientèle qui vient de très loin pour déguster ses spécialités… encore une raison supplémentaire de venir au Carla-Bayle.
Association autour de Pierre Bayle Philippe Frêchet Musée Pierre Bayle 09130 Carla-Bayle Tel: 05 61 68 53 53
Rue des Arts Place de l’Europe 09130 Carla-Bayle Tél: 05 61 69 50 59 Email : contact@rue-des-arts.fr
Galerie d’été-Tristan Rà 10h-13h et 17h-20h sauf lundi et mardi Tel: 05 61 68 98 06
Office de Tourisme du Carla-Bayle Tel : 05 61 68 53 53 Site : www.carla-bayle.com
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |