Couserans: La «PUJADA», au Port de Salau, fête dignement son 20ème anniversaire!
Ce sont plus de 800 personnes (record d'affluence largement battu), Catalans de Barcelone et du Pallars, Occitans des vallées du Salat, de l'Ariège et de Toulouse, femmes et hommes de toutes régions et de toutes nationalités qui se sont retrouvées en ce premier dimanche d'août à 2087 mètres d'altitude «per l'amistat occitano-catalana»
En effet, si la tradition de la «Pujada», (du verbe «pujar» qui signifie, en catalan et en occitan, «monter»), ne date que de ce fameux été 1988, les relations entre ces deux peuples au parler si proche sont fort anciennes, dans bien des domaines, économique, culturel ou religieux.
Les plus anciens se rappellent encore l'époque où l'on partageait les estives, hommes et bêtes ensemble, venant des deux cotés de la montagne et cohabitant sans se poser de question avec l'ours omniprésent.
Il y avait alors le commerce officiel, principalement de bois utilisé dans les mines de Salau et les forges environnantes, et le commerce officieux, appelé aussi contrebande, pour certaines denrées rares et précieuses.
C'était aussi le temps où les ouvriers français allaient vendre leur travail du côté espagnol, cheminant sans façon avec les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle. On dit que certaines années, 35.000 personnes transitaient par le Port de Salau!
Plus près de nous, le chassé-croisé des espagnols fuyant le régime franquiste et des passeurs français traçant à travers la montagne ces «Chemins de la Liberté» qui devaient sauver des milliers de vies de résistants, juifs, et autres patriotes fuyant le nazisme, devait encore resserrer les liens entre ces montagnards avides d'espace et de liberté.
Dans la foulée de ces «Pujadas» naît l'association «ASPIC»: Association pour la Sauvegarde du Patrimoine et les Initiatives Culturelles transfrontalières de la vallée du Salat, dont les objectifs clairement affichés sont «de développer les relations et les échanges transfrontaliers entre les vallées du Salat et du Pallars Sobira (Catalogne) autour du patrimoine culturel commun dans les domaines linguistique, musical, ethnologique, environnemental»
Outre l'organisation de la rencontre du Port de Salau, l'association édite un bulletin trilingue (français, catalan occitan) «Vent du Port»
Et donc, en ce dimanche 5 août, sous un soleil à son zénith, furent une nouvelle fois accomplis les gestes d'amitié sans lesquels la Pujada ne serait qu'une randonnée de plus.
Echange de produits locaux, partage avec l'ensemble des participants du vin Raimat, catalan et du fromage de Rogalle, occitan, repas «tiré du sac» pris en commun et partagé lui aussi, danses et chants traditionnels au son des accordéons diatoniques et des hautbois.
Et puis, le cercle circassien s'agrandit pour une incroyable ronde qui occupe tout l'espace du Port et c'est l'heure de redescendre.
Les jambes sont plus lourdes et, s'il n'a pas fallu moins de 3 heures pour monter, il en faudra quasiment autant pour rejoindre, qui les Bordes de Perosa, côté catalan, qui le village de Salau pour les gascons qui clôturent ici cette fabuleuse journée.
Dernier instant d'émotion avec le groupe de chant du conservatoire occitan interprétant, «a capella» un étonnant répertoire, mêlant harmonieusement chants pyrénéens traditionnels anciens et chansons «à boire», à d'émouvantes et douloureuses complaintes.
La tradition sera respectée jusqu'au bout avec le groupe des «Biroussans» qui fera danser jusqu'au bout de la nuit les «encore valides» dans la cour de l'école de Salau.
Photos: ©AriegeNews 2007
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