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03/10/2007 imprimer envoyer à un ami commentaires(1)
Carnet de voyage d'une jeune Ariégeoise au Chili: dans le port d'Arica, il est cinq heures, le Neptuno s'éveille

 En cette fin d’après midi, les rayons du soleil commencent à baisser sur l’océan, et Mauricio s’affaire sur son petit bateau de pêche.

Bientôt la nuit va tomber et «El gato del Muelle», comme on l’appelle ici, devra être au large pour bien commencer sa nuit. Car le poisson que Mauricio cherche à attraper dans ses filets pointe plus facilement le bout de son nez dans l’obscurité.

Autour du Netpuno, quelques autres pêcheurs se préparent, les coques grincent sous le remous des vagues qui viennent s’échouer contre les rochers, un mélange d’odeurs de poisson et de gasoil vient chatouiller les narines qui passent par là.

Sur un ponton de bois, quelques grasses otaries qui ont passé la journée à se gaver, font un somme.
Le bruit d’un petit moteur se fait entendre, c’est Benjamin qui rentre au bercail.

Il a finit sa longue journée.
C’est à l’aube qu’il a prit le large avec sa barque pour aller arpenter les flots. La récolte est maigre.

Mais il en est ainsi depuis que des entreprises péruviennes viennent pêcher avec leurs gros bateaux dans les eaux d’Arica paraît-il.
D’ailleurs cela fait quelques décennies que les péruviens réclament une partie de ces eaux chiliennes, et le conflit est loin d’être réglé.

Encore le mois dernier, le gouvernement péruvien menacait de faire venir les chars militaires à la frontière. Mais le tremblement de terre qui a touché le sud du pays a conduit le président à apaiser les tensions et à accepter l’aide humanitaire des voisins chiliens.

Mauricio ne veut pas se mêler de ces histoires qu’il considère comme politiques.
Il demande juste qu’on le laisse pêcher en paix, et qu’il puisse ramener un peu de poisson pour nourrir sa vieille femme.

Le reste, ca ne le regarde pas et il n’a pas le temps de se préoccuper de ces choses-là.
D’ailleurs, il est bientôt l’heure d’y aller et il n’est pas prêt.

 Le corpulent bonhomme à la peau tannée et aux mèches grisonnantes remonte sur son bateau encore amarré et va fouiner dans ses cordages et ses filets en marmonant.

Cela fait plus de cinquante ans que Maurcio pêche ici.

Le port, les eaux et les récifs, il les connaît comme sa poche.
C’est à huit ans qu’il a commencé à aller en mer avec son père, malgré le peu d’enthousiasme de sa mère.

Mais Mauricio se souvient de son excitation d’enfant, quand il était autorisé à embarquer pour la pêche.
C’est sur le bateau de son père qu’il a tout appris, dit-il aujourd’hui avec mélancolie.

A treize ans, il a arrêté l’école pour devenir un vrai pêcheur sur l’embarcation paternelle.

Et depuis il n’a jamais cessé de prendre le large. Quand il a commencé à partir seul, il a continué à pêcher comme son père, mais rapidement il s’est mit à sortir de nuit.

C’est plus risqué, mais ca paye mieux.
Et puis comme ca, il peut passer du temps avec la Lisa, sa femme. Et de toutes façons, il a toujours peu dormi.

Demain, à l’aube, quand il reviendra, il ira vendre ce qu’il pourra et le reste, les poissons dont personne n’aura voulu, il les ramènera à la maison.
Et il continuera ce manège quotidien tant que son corps le lui permettra.

Après, il faudra faire avec les quelques pesos de retraite que le couple touche.
Bien sûr, avec l’argent du poisson, ils ne vivent pas grassement mais ca suffit pour mener une vie paisible. De quoi manger et payer les factures, Mauricio ne demande pas plus.

Et puis la mer, il l’aime.
La nuit, il fait frais, on voit parfois les étoiles et à quelques kilomètres de la côte, il n’y a guère de bruits pour perturber le silence.

Le soleil a disparu depuis un bon moment et quelques pêcheurs sont déjà partis.
Le Neptuno fait démarrer son moteur. C’est l’heure d’y aller.

Jusqu’à l’aube, Mauricio sera avec sa bicoque, ses filets et ses poissons.
Comme tous ces autres solitaires noctures, comme hier et comme demain pour traquer les poissons qui lui permettent chaque nuit de passer une journée de plus aux côtés de sa vieille Lisa.

Photos: ©AriegeNews 2007 - Fanny Napolier

Fanny Napolier est une jeune Ariégeoise en stage au Chili pour venir en aide aux enfants des rues. Pendant 5 mois elle portera son regard sur d'autres montagnes.
Retrouvez chaque semaine ses aventures au travers de son carnet de voyage.
actualites Ariege   publié le: 03/10/2007
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