Carnet de voyage d'une jeune Ariégeoise au Chili: Valparaíso, une concentration d’extravagance sur la côte chilienne
San Francisco a certes une célèbre maison bleue accrochée à la colline, mais Valparaíso n’a assurément rien à lui envier.
Car dans cette ville de la côte chilienne, ce sont des centaines de maisons qui dessinent des tâches de couleurs sur les collines. Face à l’architecture traditionnelle des villes d’Amérique, Valparaíso fait figure d’intruse.
La construction de la plupart des villes du continent s’est faite dans une optique fonctionnelle, d’où ces monotones intersections inlassablement perpendiculaires.
Mais loin des édifices bien rangés dans leurs cases carrées et bordées de rues rectilignes, les collines de Valparaíso, partie la plus ancienne de la ville, offrent une diversité et un désordre coloré.
Pour quitter la ville basse et entrer dans le dédale, il suffit de grimper un escalier, se faufiler dans une ruelle pentue ou pénétrer dans cabine de l’un des quinze ascenseurs que compte la ville.
Construits à la fin du XIXº siècle, ces cabines de ferraille ocre parcourent parfois jusqu’à 200 mètres et ne sont pas sans ajouter du charme à la ville.
Dans les hauteurs de ces nombreux mamelons, l’hétérogénéité est de mise. Bâtisses de bois ou petites baraques en parpaing se côtoient dans le même jeu d’équilibre.
Quelque part au milieu de ce joyeux fouillis, trône la maison de Neruda, aujourd’hui transformée en musée. La Sebastiana est l’une des trois maisons du poète chilien.
Comme posée au sommet d’une colline, elle offre une vue panoramique sur toute la ville, la baie et l’océan. A l’intérieur, on prend conscience que l’homme ne devait pas exactement être quelqu’un d’austère.
Des hublots en guise de fenêtres rappellent son amour de la mer, tout comme quelques instruments de navigation et des vieilles cartes accrochées aux murs.
Dans la pièce principale, dotée de grandes baies vitrées qui donnent vers l’océan, une grosse vache en céramique témoigne de l’extravagance du personnage, tout comme le bar, dans un recoin, de rose et de vert, décoré d’antiquités de toutes sortes.
Sur la colline d’en face, il est un autre type de musée. Quand on termine de grimper la route qui mène au sommet, le mur haut et imposant de l’ancienne prison se dresse.
Mais aujourd’hui, les portes en sont grandes ouvertes, et le lieu s’est converti en centre culturel.
Dans la grande cour de terre battue, bordée par le bâtiment qui abrite les cellules, un chapiteau bleu et rouge accueille des représentations de théâtre. Les murs blancs sont tagués et un panneau annonce le programme de activités de la semaine.
Mais cette réappropriation du lieu ne saurait être complète sans la petite salle de musée de Papito. Au bout d’un couloir sans fenêtre, dans une pièce où la lumière du jour n’entre pas, cet ancien prisonnier expose photos, textes et quelques objets ; tout pour faire part au visiteur des difficultés de la vie pénitentiaire.
Solitude, routine, peur, isolement sont les sentiments que dégage l’exposition. En sortant, le soleil commence à se cacher derrière les collines, laissant des traînées pastel dans le ciel de cette journée de printemps.
En descendant de la colline, dans une des rues pentues du quartier, des accords de guitare s’échappent d’une fenêtre ouverte. Dans cette vieille maison qu’il rénove, Carlos veut faire un «coin des artistes»
Lui même clown de rue, il déplore le peu de soutien de la part des institutions pour les artistes, alors il tente d’y remédier à sa façon. Ici, se font des ateliers de salsa, de peinture, de guitare et même de magie.
L’idée est que chacun puisse venir se détendre, prendre un café, goûter à la cuisine cubaine ou brésilienne, et satisfaire ses pulsions artistiques.
A Valparaíso, difficile de se promener sans tomber sur une peinture murale, un groupe de musique qui joue dans la rue ou un endroit un peu fou reconverti en musée.
Petits grains d’extravagance qui font défaut dans la plupart des autres villes du pays. Il s’en faudrait de peu pour se mettre à penser que l’architecture urbaine pourrait avoir une influence sur l’esprit des habitants…
Photos: ©AriegeNews 2007 - Fanny Napolier
Fanny Napolier est une jeune Ariégeoise en stage au Chili pour venir en aide aux enfants des rues. Pendant 5 mois elle portera son regard sur d'autres montagnes. Retrouvez chaque semaine ses aventures au travers de son carnet de voyage. |