Carnet de voyage d'une jeune Ariégeoise au Chili: une feuille blanche et des crayons pour quelques heures d’évasion
Le nord du Chili est la région la plus pauvre du pays.
Faite de désert et peu fréquentée par les touristes, l’emploi s’y fait rare et les revenus sont bien bas.
Arica est la ville la plus au nord, la dernière ville avant la frontière péruvienne. Cette agglomération est loin de briller par sa richesse, mais certains quartiers sont forts proprets, voire richement entretenus.
Cependant, la ville même compte trois zones de bidonville, parfois sans électricité, toujours sans eau potable ni même de fosse sceptique.
L’une d’elle a été baptisée Los Areneros, «ceux qui travaillent le sable», en raison de l’importante part de la population du quartier qui tire un maigre salaire de l’extraction de sable de la rivière qui borde la zone.
Située à quelques pâtés de maison du centre ville seulement, une réputation de fort taux de délinquance, de trafic de drogue, de violences nocturnes s’accroche à ce quartier là.
Pourtant, à voir la ribambelle de bambins qui cavalent aux trousses de Romina et de Lesli quand elles arrivent dans le campement, personne ne pourrait soupçonner la moindre velléité de violence en ces lieux.
Cela fait deux semaines que les jeunes filles viennent faire un atelier avec les enfants du bidonville, avant tout pour parler avec eux, leur offrir un contact extérieur, tenter de détecter les problèmes dont ces enfants peuvent souffrir et commencer à leur parler de prévention contre les drogues et contre les violences domestiques.
Elles ont fait le premier pas en allant distribuer à chaque porte de tôle ou de bois des quelques 180 familles qui vivent là, un petit dépliant expliquant les activités de l’atelier qui se mettait en place et en y conviant tous les enfants.
La première fois, cinq ou six sont venus, pas plus. Puis, la nouvelle s’est répandue qu’il y avait un goûter pour ceux qui venaient assister à l’atelier. La fois suivante, deux fois plus d’enfants étaient présents.
Mais cette fois ci, pas plus d’une dizaine. Il y en a même un que Romina va chercher devant sa porte, et qui sort en larmes, sans la moindre envie d’aller dessiner avec les autres.
C’est loin d’être facile de savoir ce qui se passe dans la tête de ces enfants là qui vivent toute la semaine dans la misère, avec son lot de violences et autres difficultés.
Aujourd’hui, l’atelier a pour thème: «Un Noël hors du bidonville» Et voilà les enfants, qui ont entre 5 et 14 ans, à leurs crayons de couleurs pour mettre en images leur vision d’une fête loin de ce lieu de pauvreté.
Sur la plupart des dessins, apparaît un sapin décoré de boules et de guirlandes, à son pied, seulement un ou deux cadeaux; la famille est réunie, les dames sont vêtues de belles grandes robes et un grand sourire s’étire sur les visages; sur quelques dessins, une chaîne de montagne se dessine en arrière plan, les Andes, ou bien peut être quelques autres cimes lointaines ou imaginaires.
Quelques enfants ont terminé leur travail et sortent de la petite baraque en bois pour aller taper dans un ballon ou bien se ruer sur la balançoire de fortune, faite d’un filet accroché en hauteur à ses deux extrémités.
Les garçons au foot, les filles à la balançoire. L’une d’elle, dans les six ans, raconte que son père est parti travailler il y a très longtemps à Santiago.
Elle se souvient qu’il est venu, une fois, qu’il s’est disputé avec sa mère, qu’il a commencé à les frapper toutes les deux jusqu’à ce que le voisin arrive. Le père est reparti et la fillette ne l’a pas revu depuis lors.
Les rayons du soleil commencent à baisser sur ce petit quartier coupé du monde, une mère vient chercher son fils. C’est qu’il ne fait pas bon traîner de nuit dans les parages, même pour les gens d’ici.
Les dessins sont depuis longtemps terminés, mais quelques enfants sont restés pour discuter de tout et de rien avec les jeunes filles. Demain, dimanche, ils se réuniront à nouveau, en petits groupes, les garçons au foot, les filles à la balançoire.
Et, peut être, se remettront t-ils à rêver d’un Noël au chaud et en famille, et des sourires qu’ils voudraient pouvoir dessiner sur tous les visages.
Photos: ©AriegeNews 2007 - Fanny Napolier
Fanny Napolier est une jeune Ariégeoise en stage au Chili pour venir en aide aux enfants des rues. Pendant 5 mois elle portera son regard sur d'autres montagnes. Retrouvez chaque semaine ses aventures au travers de son carnet de voyage. |