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Des ariégeois en voyage d’étude dans les Asturies, sur les traces de l’ours cantabrique
Dans le cadre des voyages d'étude préconisés par la Secrétaire d'Etat à l'Ecologie lors de sa venue à Toulouse le 26 juillet, trois représentants de l'ADDIP (Coordination des associations de défense du patrimoine pyrénéen et de tous les usagers de la montagne) viennent de participer au déplacement organisé dans la réserve à ours de Somiedo en Espagne, du 26 au 29 novembre.
Afin de rendre compte de leur voyage dans les Asturies, Magali Boniface, Claude Carrière, Bruno Besche Commenge et Augustin Bonrepaux qui s’était joint au voyage ont tenu mardi dernier une conférence de presse.
C’est au terme d’un voyage en bus de 12h que la délégation est parvenue dans la principauté située sur la côte nord de l’Espagne, au bord de l’Océan Atlantique.
Les Asturies s’étendent d’Est en Ouest sur 170km, pour une superficie de 10.000km2.
Les fortes densités de population humaine se retrouvent sur la côte, fortement urbanisée. L’arrière pays, souffre depuis 40 ans, date de la fermeture des dernières mines, d’une grave désertification rurale.
Somiédo, siège de la réserve de biosphère, est une commune unique de 29.000 hectares pour une population de 1 500 habitants répartis en 38 localités (sur 19 la présence de l’ours est relevée).
Dans cette zone de moyenne altitude (1000m environ, point culminant à 2 200m), le relief est calcaire et accidenté, les vallées profondes alternent aux prés de fauche en fond de vallée.
Au-dessus, la forêt sèche de feuillus (chênes, hêtres, châtaigniers…) cède la place vers 1200m aux estives gagnées par la broussaille qui colonise ces espaces non pacagés et dès 1500m c’est un milieu minéral sans végétation.
«Les estives verdoyantes de notre montagne à moutons n’existent pas là-bas explique Claude Carrière, d’ailleurs il n’y a plus de moutons, ni de chèvres car ils sont consommés par d’autres grands prédateurs, les loups…
Si bien qu’une des spécialités locales, un fromage réalisé à partir du lait de brebis, chèvre et vache est en train de disparaître …il n’y a plus que 121 ovins sur 38 localités»
Les motivations de récupération de l’ours des Cantabriques sont indissociables du contexte économique d’abandon des zones rurales après la fermeture des mines, l’ours semble avoir été l’outil de survie économique.
En 1991, le Catalogue Régional des Espèces menacées de la faune vertébrée des Asturies répertorie l’ours brun de cantabrique comme «menacée d’extinction», ce qui amène la loi nationale espagnole à mettre en place dès 1992, «un plan de récupération» de l’espèce.
Aussi de 50 ours dans les années 60 on passe à 150 en 2006.
L’élevage ovin a totalement disparu et l’élevage bovin est moins sensible aux attaques des ours qui préfère les ruches. 90.000€ sont versés par an aux habitants qui d’après la délégation «rechignent à les protéger»
Si l’ours mobilise d’importants moyens (il bénéficie d’une extrême attention) il a été difficile de les évaluer («nos interlocuteurs répondront de façon imprécise»). Cinq personnes dans la patrouille anti-ours, 150 garde-chasse, plusieurs techniciens des ONG : la fondation Oso Pardo, la fondation FAPAS (dont le budget dépasse 1,2M€ par an), la fondation Oso Asturiano.
L’image de l’ours dans les Asturies d’après les autorités locales est un bienfait économique.
De 80 lits d’hôtel, ils sont passés à 780 et le PIB de la commune de Somiedo est passé de la 77e à la 40e place… mais cela n’a pas pour autant freiné l’exode rural.
La délégation a visité à Proaza le parc des ourses Paca et Tolla, le sentier des ours et la maison de l’ours. Il s’agit d’un parc grillagé de 4 hectares qui offre aux 60.000 visiteurs par an le spectacle (gratuit) de deux ourses cantabriques de 150kg chacune.
La Maison de l’ours accueille 900 scolaires par an dans le cadre d’un programme pour l’environnement avec une exposition sur la place de l’ours dans les Asturies. Le sentier goudronné aménagé au fond de la vallée est parcouru par des milliers de touristes chaque année… il n’y a aucune autre activité touristique que l’observation des ours.
Quant à Somiédo, environ 120.000 personnes ont fréquenté le Parc en 2006, l’hébergement s’est développé en petites unités d’une vingtaine de chambres maximum (exploitations familiales, les charges sociales et la TVA sont beaucoup moins élevées qu’en France) avec un taux d’occupation de 20 semaines par an.
Les élus sont unanimes: l’ours est une plus value destinée à faire venir les touristes et à freiner l’exode rural, c’est une question de survie pour les zones de montagne des Asturies.
«Il n’y a pratiquement plus d’élevage, aucune industrie, le rééquilibrage territorial passe donc par le seul atout de la région. Une nature dite sauvage parce que de nombreux villages sont abandonnés, à laquelle l’ours donne le crédit de haute conservation …/…/… pour les élus aujourd’hui, le grand défi n’est pas à l’élevage mais à la maîtrise de l’urbanisme.
La priorité est donnée à la réalisation de résidences de loisirs, de gîtes et chambres d’hôtes. 13 millions d’euros de fonds européens ont financé 150 projets à Somiédo de 2002 à 2006. Mais le prochain volet sera financé par la Région autonome, les fonds européens étant en baisse»
Dans ces territoires, la chasse est indispensable à la régulation des sangliers qui sont en concurrence alimentaire avec les ours mais celle-ci est extrêmement réglementée: la carte annuelle donne droit à 7 battues pour la saison et 5 sorties annuelles, les chiens doivent être tenus en laisse, des sessions de formation sont dispensées aux chasseurs.
Pour 150 chasseurs, Somiédo reçoit 150.000€ par an (et 300.000€ de prise en charge des dégâts du gibier)
Les contacts pris par Bruno Besche Commenge avec les éleveurs asturiens ont permis «de réfléchir sur des actions communes au niveau des races d’élevage autochtone, du développement durable pour une alternative économique crédible, pas seulement basée sur l’aspect Disneyland des parcs à ours car le maintien de l’ours cantabrique n’est pas la panacée universelle»
Pour lui le développement rural doit être réalisé autour des races locales: «le problème du loup et de l’ours arrivent après. Les exploitants sont d’abord confrontés au problème du loup : il n’y a plus d’ovins ni de caprins.
Dans ces zones de dépopulation rurale, les hommes utilisent l’image de l’ours comme produit touristique. A notre inverse, ils ont l’ours dans les zones où il a toujours existé. En effet, pour des raisons historiques, l'ours n'a cessé d'être présent dans certaines zones des Asturies.
Somiedo fût réserve de chasse, puis Parc Naturel, enfin Réserve de biosphère depuis 2000. Ces statuts successifs en font un site à part, qui n'a rien à voir avec la réalité globale du massif pyrénéen. L’exode rural est tel que l’ours et les tourisme qu’il draine constitue la seule réponse pour une économie fragilisée, une agriculture sous perfusion …»
Les scientifiques s’accordent à dire que des problèmes graves affectent l’espèce malgré les efforts du gouvernement: «plusieurs études montrent qu’une population d’ours de 30 à 70 individus s’éteindra dans une probabilité de 95% en moins de 100 ans compte tenu de trois facteurs: la qualité du milieu, les caractéristiques génétiques et la démographie de cette population» (F.Purroy, professeur de biologie à l’université de Léon dans El Dario de Léon du 13 nov. 2007)
De plus ajoute Bruno Besche Comminge, «il est interdit de laisser les cadavres de bétail, les ours cantabriques sont majoritairement herbivores, ils ne se nourrissent que de baies, de châtaignes… ce sont des ours faméliques qui arrivent jusqu’aux portes d’Oviedo pour chercher de la nourriture.
Rien à voir avec les ours slovènes qui depuis deux siècles sont nourris de carcasses d’animaux domestiques… le milieu dit naturel est-il en mesure de permettre à une population suffisante d’ours de survivre sans assistance respiratoire et jusqu’à quel point est-on prêt à supprimer les activités humaines pour permettre aux deux populations de devenir réellement viables … sous perfusion ?»
De son côté Augustin Bonrepaux affiche sa position: «Ce que l’on fait là-bas n’est pas possible en Ariège : il n’y a que des vaches, les prés ne sont pas accessibles car la nature n’est pas entretenue pour ne pas déranger l’ours…
La viande se vend bien sans que personne n’ait d’ailleurs à revendiquer le label pays de l’ours. Les Asturies bénéficient d’importants crédits européens car la zone est classée en objectif 1.
L’aide pour l’agriculture, tout comme pour le tourisme autour de la présence de l’ours (33%) mais cela n’empêche pas pour autant les jeunes de partir à la ville. Tout tourne autour de la préservation de l’ours, les offres d’activités touristiques sont minimes mis à part l’observation de l’ours et les randonnées encadrées …
Ils attendent 60.000 visiteurs gratuits pour voir deux ours, chez nous on réalise 45.000 entrées payantes pour voir des loups…/…/… D’importantes actions sont menées contre le braconnage, cela n’empêche pas de poser des collets dans la zone (30 collets ont été localisés) et on a tué un ours en 2005, un autre en 2006.
La chasse est très réglementée et la politique forestière s’articule autour du cycle de l’ours. On ne coupe pas les arbres qui fournissent les fruits dont il se nourrit, on plante des fruitiers…/…/…ce voyage était très instructif et je tiens à rendre hommage au travail remarquable des élus dans un territoire difficile»
Au-delà du débat simpliste «pour ou contre l'ours», tous s’accordent à dire que «le modèle espagnol ne peut être transposé dans l’Ariège»
«Tous les éléments que nous rapportons des Asturies démontrent objectivement comment la récupération de l’ours, comme on le dit à Somiédo, ne peut s’inscrire que dans le cadre d’un développement durable et global du territoire incluant toutes les dimensions environnementales, économiques et sociales» et les membres de l’ADDIP qui ont participé à ce voyage de conclure «à l’impossible transposition du modèle asturien à nos Pyrénées»
Prochains déplacements organisés par le ministère de l’environnement, «s’inscrivant dans l’évaluation à mi-parcours du plan ours 2006-2009», en Italie, en Slovénie et aux Etats-Unis.
Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2007 |
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publié le: 11/12/2007 |
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