L’Ariège aussi est passée en zone non-fumeur
«Le décret qui interdit le tabac dans les lieux de convivialité à partir du 1er janvier 2008, sera appliqué sans dérogation» a déclaré Roselyne Bachelot, ministre de la Santé.
«L’enjeu est un enjeu de santé publique. Je dis bonne année aux fumeurs, bonne santé et profitez de 2008 pour arrêter de fumer», a-t-elle ajouté sur les ondes de France Inter.
La France ne s’est pas subitement réveillée non-fumeuse après le réveillon de la Saint-Sylvestre. La montée en puissance s’est faite progressivement dès le 1er février 2007 avec la loi interdisant le tabac sur les lieux de travail, puis le 1er janvier 2008 en étendant l’interdiction de fumer aux 280.000 bars, cafés, brasseries, restaurants, hôtels et discothèques de France.
Pour le gouvernement français la lutte contre le tabagisme constitue un enjeu majeur de santé publique.
Le tabac est responsable de 66.000 morts par an et 5 000 personnes meurent chaque année de tabagisme passif. Si 14 millions de français sont encore accros à la cigarette, ils devront désormais réfléchir avant de l’allumer…
Désormais en pratique, quiconque allumera une cigarette, un cigare ou une pipe sur un lieu de travail ou un endroit fermé accueillant du public s’exposera à une contravention de 68€. De leur côté, les cafetiers et restaurateurs risquent 135 euros d'amende en cas de défaut d'affichage de la réglementation ou mise en place d'un emplacement fumeur non conforme.
Ils encourent également 750 euros d’amende s'ils favorisent l'infraction, par exemple en plaçant des cendriers sur les tables.
Lundi dernier, Roselyne Bachelot, face à la colère des professionnels (cafetiers, restaurateurs ou autres directeurs d’établissement publics) a réaffirmé qu’ «il n’y aurait aucun assouplissement de la loi» mais elle leur a également expliqué que dans les pays ayant adopté une législation similaire «la fréquentation des lieux de convivialité a même augmenté: +7% en Irlande, + 11% dans les pubs écossais» et à New York où l’interdiction de fumer dans les lieux publics est en place depuis mars 2003, 23% des habitants de la ville déclarent sortir plus souvent au restaurant et dans les bars.
Les bars à chicha, devenus des lieux conviviaux et branchés devront eux aussi arrêter leur activité car comme l’a rappelé la ministre: «une seule bouffée de narguilé est aussi toxique qu’une cigarette entière»
Les contrôles seront exécutés avec la rigueur nécessaire mais également avec discernement … c’est en ces termes que la consigne a été adressée par le ministère de l’Intérieur aux directeurs généraux de la police, de la gendarmerie nationale.
Les sanctions seront peut-être limitées dans un premier temps car le gouvernement compte sur l’adoption spontanée de ces mesures.
«Je crois qu’il y aura une autorégulation et d’ailleurs dans tous les pays où cette interdiction a été généralisée, ça se passe de cette façon-là» a conclu Roselyne Bachelot. A en croire nos voisins Européens, les effets de cette loi sont plutôt bénéfiques.
Ainsi en Espagne, deux ans après son entrée en vigueur, plus de 1,2millions de personnes ont arrêté de fumer. En Italie, où il est interdit de fumer dans les lieux publics depuis 2005, les recherches ont mis en évidence une baisse du nombre d’infarctus après l’interdiction de fumer.
Les résultats sur la santé ne sont pas anodins, l’Europe passe progressivement en zone non-fumeur, même les pays les plus réfractaires, comme la Grèce s’engagent à porter le débat devant le parlement.
Dans le département de l’Ariège où l’on est parfois réfractaire aux grands courants de l’évolution des sociétés, le bon sens et la peur de la sanction ont eu raison des plus récalcitrants.
Ainsi au Bar «La Rapp» à l’heure de l’expresso du matin ou à la brasserie «le Bureau» à l’heure du déjeuner… les non-fumeurs forts de leur position sont désormais bien placés pour faire respecter ce nouveau décret d’application de la loi.
«Pendant de longues années nous avons subi la tyrannie des fumeurs majoritaires qui ne faisaient aucun effort pour réduire leur consommation dans les lieux publics… maintenant les positions sont inversées» explique un habitué.
Idem pour les salles de restaurant: «les non-fumeurs étaient cantonnés dans un coin, entre la porte de la cuisine et celle des toilettes… avoue un client régulier de ce petit restaurant de Foix. Désormais ce sont les fumeurs qui sortiront pour ne pas nous incommoder… et nous apprécierons certainement davantage le contenu de nos assiettes !»
Crédit photo: alex.C |