11ème journée d'hiver de l'histoire locale de Mirepoix
Petit à petit, Marie de Pech, épouse de Calages, trouve à Mirepoix et alentours la place d'honneur qui lui revient, aux côtés de Marie et Raymond Escholier, aux côtés d'Antoine de Lévis-Mirepoix, eux aussi écrivains, dans d'autres genres, à une autre époque.
Mariée tardivement pour son temps et son groupe social, Marie eut le temps d'apprendre à lire mais aussi de se cultiver et de décider d'écrire plus tard une oeuvre ambitieuse. Grâce à l'ouverture d'esprit de ses parents, puis de son mari, elle put mener à bien l'écriture de son poème épique «Judith ou la délivrance de Béthulie»
Plus de 5000 alexandrins! Sans oublier la dédicace à la reine, les stances et le discours aux dames!
Hélas, elle mourut à 38 ans en accouchant de son troisième enfant, ce qui mit un terme prématuré à une carrière littéraire prometteuse.
En effet, l'étude poussée, que Nathalie Grande, maître de conférence à l'université Michel-de-Montaigne Bordeaux III, proposa dans sa brillante conférence du matin, montre bien que, loin d'être une oeuvre mineure ou occasionnelle, le poème de Marie de Calages porte toutes les caractéristiques et les qualités de la littérature précieuse et s'insère admirablement dans le mouvement littéraire féminin du XVIIe siècle, qui se plut à exalter les vertus des «femmes fortes»
Ce texte de «Judith», offert à Marie-Thérèse d'Autriche en épithalame, était au coeur de la 11e journée d'hiver de l'histoire locale, dont l'après-midi était destinée à retracer le périple royal de Louis XIV et sa cour en 1659 et 1660, dans le Midi de la France, en attendant que la ratification ultime du traité des Pyrénées permît à la fois la paix entre l'Espagne et la France, et le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, fille du roi d'Espagne.
Ce périple, brillamment écrit par Hubert Delpont, docteur en histoire, dans «Parade pour une infante», fut tout aussi brillamment conté par son auteur. Il emporta avec verve, précision et humour la centaine d'auditeurs dans une folle cavalcade dont le terme était Saint-Jean-de-Luz, «où le mariage se consomma» et où Henri de Calages put offrir à la reine, au roi, à la reine mère, à la Grande Mademoiselle et à Don Luis de Haro, des exemplaires du poème composé par son épouse.
Mais réservons notre très grand coup de chapeau final au Chat Noir!
Les acteurs, sous la direction de Sarah Helie, ont accompli un tour de force: réduire une oeuvre immense à des passages choisis avec soin, clarté et cohérence, se répartir les rôles, se mettre en bouche des alexandrins Grand Siècle, nous transmettre par leurs voix celle de Marie de Calages ainsi que ses vers magnifiques. Un grand bravo à eux! Par email, Martine Rouche |