L��uvre de Paul Manaut l�Ariégeois, mise à l�honneur à Carcassonne
La Halle aux Grains, bâtiment du XVIIIe, après rénovation et restauration, offre à présent un cadre unique mettant en valeur par ses jeux de transparence et de lumière, les collections du musée des Beaux-Arts de la ville de Carcassonne.
Jusqu’au 28 mai sont présentées les œuvres de deux artistes locaux: Paul Manaut né à Lavelanet le 20 mars 1882 et Yvonne Gisclard Cau (1902-1990) son élève, originaire de Carcassonne.
Cet ariégeois, encouragé par son père stucateur-ornemaniste qui a fait fortune en Argentine, entre en 1896 à l’école des beaux-arts de Toulouse et deux ans plus tard se tourne vers la sculpture-statuaire.
En 1904, Paul Manaut décroche le grand prix municipal de sculpture de la ville de Toulouse qui lui permet d’intégrer la prestigieuse Ecole supérieure des beaux-arts de Paris où il obtient une bourse.
En 1906 une première participation au Salon des artistes français lui permet de s’installer dans un atelier qu’il partage avec le biterrois Pierre-Louis Peyranne, au 7 de la rue Belloni.
En 1909, il reçoit du député de l’Aude, Dujardin-Beaumetz (1852-1913) sa première commande officielle: le buste en bronze du général Lapasset, héros de la guerre de soixante-dix.
Il se marie la même année avec sa cousine, Mathilde Gabarrou, fille du maire de Lavelanet.
De 1913 à 1921, Paul Manaut quitte la France et s’installe en Argentine dans la propriété familiale de La Félicia près d’Empalme de Lobos où il reçoit notamment la commande d’un monument commémoratif à Francisco de Paula Rodriguez Aves, ancien président de la république du Brésil.
De retour en France il divorce de Mathilde et épouse Laure Autié, rencontrée sur le bateau qui le ramène au pays. L’année 1923 voit la consécration de cet artiste avec une première participation au Salon toulousain des artistes méridionaux et au Salon d’automne auquel il restera fidèle toute sa vie.
En 1929, son œuvre «La Source» est achetée par la ville de Paris. Le magnat américain de la presse, Randolph Hearst, lui commande une variante, transformée en fontaine et commence un mécénat envers Manaut qui durera cinq ans.
Parallèlement, il participe pour la première fois au salon des Tuileries. En 1930, Paul Manaut prend un atelier à Paris, 11 rue du Square Carpeaux.
Il se lie au sculpteur Robert Wlérick (Mont-de-Marsan, 1882-Paris, 1944) qu’il a fréquenté aux beaux arts de Toulouse. En 1936, il réalise plusieurs bas-reliefs en bronze, commandés par l’Etat pour l’Exposition Internationale de 1937 et le gouvernement Blum une Maternité destinée à l’hôpital de Périgueux.
En 1940, Paul Manaut abandonne comme des milliers de français la capitale et rejoint Chalabre, non sans faire suivre le bloc de pierre monumental destiné à la commande Périgourdine.
En 1941 il rencontre Yvonne Gisclard-Cau, qui manifeste un don singulier pour le modelage. Il décide de la former à la sculpture et s’associera avec elle plus tard.
A la libération sa production, bridée pendant les années de guerre, va s’intensifier, l’artiste répondant à de nombreuses commandes régionales, tout en participant aux salons artistiques parisiens ou provinciaux.
De 1946 à 1958, Paul Manaut réalisera d’importants monuments pour lesquels il réutilise parfois des études ou des projets d’avant-guerre. En 1959, il meurt terrassé par une crise cardiaque à Chalabre, le petit village audois à quelques kilomètres de sa ville natale ariégeoise.
La production de Paul Manaut est très variée (médaillons, bustes, monuments…) et reflète les capacités de l’artiste à maîtriser son art, capable aussi bien de modeler la terre que de pratiquer la taille directe.
Par ailleurs il peut s’adonner à la peinture avec une évidente facilité, faire poser sa famille pour des portraits qui lui servent ensuite de modèles.
Son art est difficile à classer, il se caractérise par une recherche de la simplification, d’épuration constante de la sculpture antique, avec une volonté constante d’aller à l’essentiel.
On dit souvent qu’il «fut le disciple de Bourdelle et le compagnon de Maillol, avec qui il partagea au plus fort de la misère et de leur enthousiasme, la chambre et l’atelier»
Au total son œuvre traduit une indéniable personnalité qui se manifeste par une production à la limite de l’archaïsme, notamment dans le traitement des bas-reliefs décoratifs… mais peut-être est-ce de la part de l’artiste une volonté délibérée.
Venue de manière tardive à la sculpture, Yvonne Gisclard-Cau s’est forgée une culture largement inspirée par l’antiquité classique, doublée d’une observation pointue de la réalité physique de ses modèles.
La femme, le travail des champs (moissons, vendanges) sont les sujets récurrents de son inspiration, l’artiste est également capable de conférer une dimension fortement symbolique à son travail.
L’exposition présentée à partir du fonds statuaire du musée des beaux arts de Carcassonne rappelle à travers les œuvres sélectionnées, quinze ans d’activités communes de deux artistes aux parcours croisés… à venir découvrir jusqu’au 28 mai à la Halle aux grains de Carcassonne.
Ouvert du mardi au vendredi de 13h à 18h30 et le samedi de 10h à 18h30 Contact service culturel de la ville: 04 68 77 74 33
Remerciements: Musée des Beaux Arts de Carcassonne |