Elections municipales à Contrazy: le maire sortant, accusé de «Corruption active», risque 10 ans de prison
 Contrazy: probablement une des plus petites communes de France avec seulement 8Km², 83 habitants et un premier prix au concours des villages fleuris vient de connaître une des élections municipales les plus rocambolesques du territoire.
Pour cette élection, deux listes sont en présence.
Celle du maire sortant, Pierre Naudin, 57 ans, héritier d’une dynastie locale d’entrepreneurs de travaux publics et d’élus locaux, en place depuis 1979, et une liste d’opposants menée par Christian Torrell, chef d’entreprise retraité, installé à Contrazy depuis plus de 30 ans.
Aucune des deux listes ne revendique d’étiquette politique.
Premier tour: sur 101 votants (pour 108 inscrits), 5 membres de la liste «Torrell» obtiennent la majorité absolue avec des scores variant de 52 à 54 voix et sont élus. La liste «Naudin» ne dépasse pas 48 voix pour le mieux placé.
La liste d’opposition est d’ores et déjà assurée, quel que soit le résultat du second tour d’avoir la majorité au conseil municipal qui ne compte que 9 membres.
Deuxième tour: contre toute attente, les scores s’inversent et la liste «Naudin» avec 55 suffrages place les 4 conseillers manquants. Concrètement, cela signifie que 5 électeurs ont changé d’avis entre les deux tours…
A moins de 2 kilomètres se situe le village de Montardit dont le maire, Jean Naudin, père du Pierre susnommé ne se représente pas. Eric Cousinet, fraîchement élu est candidat à la succession. Le décor est en place, la pièce peut commencer.
Premier acte
Mercredi 20, dans la journée, Eric Couzinet demande à M.D *, nouvel élu sur la liste «Torrell» de le rejoindre à la mairie de Montardit. M.D pense qu’il s’agit d’un problème de chasse-neige et se rend chez son voisin ardimontan sans la moindre arrière pensée.
Arrivé devant la mairie, il est accueilli par M. Couzinet qui l’introduit dans la mairie et repart aussitôt, fermant la porte derrière lui. Le temps pour M.D, un peu surpris par la mise en scène de s’habituer à la pénombre, et il reconnaît au fond de la pièce, le maire de son village, Pierre Naudin en personne.
La discussion, à bâtons rompus s’éternise un peu jusqu’à ce que P. Naudin pose une enveloppe sur la table et déclare tout de go: «voilà 20.000 euros qui sont pour toi si tu votes pour moi lors de l’élection du maire, dimanche prochain»
M.D est abasourdi par une telle proposition et joue la montre. «Il faut que j’en parle à ma femme» Et il part laissant là l’enveloppe.
Deuxième acte
Rentré chez lui, M.D. téléphone à sa tête de liste, Christian Torrell pour lui raconter l’affaire. Celui-ci contacte son avocat parisien qui lui conseille, dans la mesure où il n’a pas pris le chèque, de faire une lettre racontant la tentative de corruption et de la porter à la gendarmerie en attendant la suite des évènements. Ce qui est fait.
Troisième acte
Jeudi matin, Pierre Naudin prend contact avec ce même C. Torrell, en sa qualité de tête de liste et lui propose de partager les sièges et les responsabilités à la mairie. C. Torrell refuse la proposition sans faire la moindre allusion aux évènements de la veille.
Quatrième acte
M.D est à nouveau contacté téléphoniquement par l’élu ardimontan qui lui fixe rendez-vous pour le compte de Pierre Naudin le lendemain, toujours à la mairie de Montardit. Pas question cette fois-ci de tourner autour du pot.
P. Naudin réitère sa proposition et présente à nouveau le chèque. Un chèque de banque tiré sur la Bordelaise de C.I.C. de Cazères et rédigé au nom de M.D.
Mais M.D. a des exigences: «je ne veux pas de chèque, je préfère du liquide» Cette demande ne démonte pas P. Naudin «Prends toujours le chèque, et mardi, je te donne le liquide à la place»
Cinquième acte
M.D. prend le chèque et le porte directement à la gendarmerie. Branle-bas de combat du coté de la maréchaussée: la brigade de Sainte Croix avertit le Procureur de la République de Foix et ce sont des enquêteurs régionaux qui sont dépêchés sur place.
C’est alors la valse des interrogatoires qui aboutissent, dès samedi, par la mise en garde à vue du maire sortant et sa prochaine comparution le 20 Mai 2008 en audience correctionnelle au tribunal de Foix où il risque, selon le Procureur Leroy que nous avons contacté, 10 ans de réclusion.
Conclusion provisoire: Madame Aline Long-Torrell est la nouvelle maire de Contrazy.
«Y’a pas seulement à Paris que le crime fleurit Nous au village aussi l’on a de beaux assassinats» chantait Georges Brassens. Nul doute qu’il se serait amusé d’un tel assassinat de Démocratie.
*L’enquête étant toujours en cours, les initiales du témoin ont été volontairement changées
Crédit photo: Gautier-Willaume
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