Foix: Esclarmonde revisitée par Jeannie Lucas
 Jeannie Lucas est une artiste éclectique, vit à Paris et travaille à Ivry-sur-Seine, elle dessine, peint, sculpte et utilise différents supports et médium tels que la céramique ou la photographie.
Le thème principal de son travail est le sujet féminin, sa présence dans l’histoire, dans la peinture et son incarnation au travers du vêtement. Depuis l'exposition «Parisiennes» avec Sharon Kivland, elle choisit des formes de robes spécifiques, visibles sur certains tableaux, ou certaines époques de l'histoire du vêtement.
Ces robes sont tour à tour sujets de peintures, sculptures en faïence émaillée, photographies ou installations.
Après Diane, Judith, l’artiste a posé sa réflexion sur le personnage mythique d’Esclarmonde de Foix (1151-1215), sœur du comte Raymond-Roger de Foix, elle devient parfaite en 1204 et ne cesse de soutenir et défendre le catharisme.
Invitée par l’association fuxéenne La Galerie, Jeannie Lucas avait installé l’été dernier place Pyrène, au cœur de la ville, en regard du château comtal, son évocation du personnage d’Esclarmonde de Foix, figure symbolique du catharisme en Ariège.
Depuis, l’artiste a été sollicitée par plusieurs villes pour des projets similaires et participe à la prochaine édition de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, évènement d’envergure internationale.
Jusqu’à la fin du mois, ce travail est présenté au rez-de-chaussée de l’Hôtel du Département.
Deux robes, l’une noire, austère, représentant la célèbre «Parfaite», et l’autre rayée «sang et or» aux couleurs du blason de la ville de Foix ainsi qu'une photographie monumentale sur bâche, représentant un bataillon de robes en faïence.
Au contact de ces diverses représentations qui se répondent les unes les autres, la figure d'Esclarmonde apparaît très justement contemporaine.
Cette exposition présente également une partie du travail des élèves de maternelle de Saint-Pierre de Rivière et de la classe de première du lycée Gabriel Fauré autour de l’œuvre de Jeannie Lucas: «Je me souviens Esclarmonde»
Née de la volonté de deux enseignantes, Michèle Ginoulhiac et Edith Authié, d’explorer de nouveaux champs pédagogiques, cette exposition tente de montrer les bénéfices d’un accès direct à l’œuvre originale contemporaine.
Elle est de plus le résultat d’une rencontre et d’un échange pédagogique original et inédit entre deux classes d’âges, maternelles et lycéens, dont le vécu et les connaissances sont très éloignés.
A partir de la découverte et du contact avec l’œuvre de Jeannie Lucas et en fonction d’une certaine approche plastique préalablement définie, chaque élève a pu développer une pratique créative, d’expression individuelle et/ou collective.
L’objectif étant d’amener les enfants à une initiation à l’art contemporain à travers cette confrontation avec Esclarmonde, une créature symbolique, incarnant pour les «petits» les contes de fées. La grande photo sur bâche suggère une procession de la femme dans l’histoire, traversant les époques, portant cette légende jusqu’à nous.
Les élèves de première ont travaillé sur deux thèmes précis: l’installation et l’importance de l’espace qui reçoit l’œuvre et l’induit. La rayure et le sens de son utilisation dans l’abstraction géométrique américaine, le mouvement minimaliste et conceptuel, à partir des rayures et des espaces qu’elles créent chez Buren et Meurice en France.
Le travail des élèves de maternelle est essentiellement axé sur la notion de rayure, en relation avec le programme pédagogique des 3-4 ans sur la ligne.
Edith Authié a poursuivi cette prospection en réalisant avec les «petits» des costumes de carnaval et un travail en relation avec les lycéens sur la terre et le modelage est également présenté.
Cet échange entre «petits» et «grands» a été riche d’expériences, notamment pour les «grands» qui ont pu travailler de façon spontanée dans le plaisir et la réflexion.
C’est en présence de l’artiste, du président Augustin Bonrepaux, des enseignants et des élèves qu’a eu lieu vendredi dernier une confrontation des travaux réalisés.
Jeannie Lucas, base sa réflexion sur l’identité féminine, à Foix, Esclarmonde s’est naturellement imposée à elle, intimement liée au château qui domine la ville.
«Il fallait toucher un public jeune et réceptif sur un sujet aussi abstrait qu’est l’art contemporain. D’un côté il y a la femme cathare un peu dure, sobre et de l’autre la femme affranchie, plus moderne dans une robe aux couleurs de Foix, rouge et dorée»
Augustin Bonrepaux a rendu hommage à cette artiste, annonçant par ailleurs que les statues de Jeannie Lucas sont en cours d’acquisition par le Conseil général.
Elles rejoindront les collections du musée départemental de l’Ariège et seront présentées de façon permanente dans une des salles du Château de Foix dans le cadre du projet du renouvellement du contenu des expositions.
Dans l’attente de son installation au château, l’ensemble est exposé à l’Hôtel du département de l’Ariège jusqu’à la fin du mois… à venir découvrir.
Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2008 |