Pamiers: «Rêveries couleur du temps» chez Gabriel Fauré
 Délice et enchantement… c’est en ces termes qu’a débuté la XIVe édition du festival de Musiques au Pays de Gabriel Fauré avec une création de Didier Sandre invitant le public à la rêverie en étroite relation avec l’œuvre de Proust, la musique de Fauré et des musiciens de son temps.
On connaissait un comédien à l’aise aussi bien chez Feydeau, Claudel, Schnitzler ou Oscar Wilde qui lui a valu en 1996 le Molière du meilleur comédien, on le retrouve aujourd’hui seul sur scène entouré de quatre musiciens, sans aucun artifice.
«C’est un exercice qui aurait été au-dessus de mes forces à mes débuts, avoue-t-il en toute simplicité. Aujourd’hui je pense que je peux créer une certaine intimité avec le public. Il suffit de convaincre sans pour autant tomber dans un numéro de virtuosité»
De son enfance baignée de musique, (sa mère tenait l’orgue du Temple), il a gardé cette passion et la musique l’aide encore aujourd’hui à trouver l’énergie, la concentration et l’inspiration.
Ainsi après «L’Homme aux semelles de vent» consacré à Rimbaud sur une musique de Debussy, Ravel, Beethoven, Janacek, Didier Sandre toujours accompagné du Quatuor Ludwig, se lance un nouveau défi en s’attaquant à Marcel Proust.
«Comme nous l’avions fait dans notre programme précédent, nous avons le souci de nous adresser non pas à des spécialistes mais au plus grand nombre, sans renoncer à une exigence de choix et au respect dus aux œuvres et à leurs auteurs»
Un programme mêlant la musique française pour quatuor à cordes et la phrase proustienne… à travers des textes moins connus du public.
En effet les lectures de Didier Sandre nous font découvrir essentiellement des extraits de l’œuvre de jeunesse de Marcel Proust «Les Plaisirs et les jours» (1894), un recueil de poèmes et de nouvelles qui éclairent sur la sensibilité particulière, souvent douloureuse et profondément mélancolique de l’auteur.
Nous sommes loin du baron de Charlus et de Madame Verdurin qui ont fait les grandes heures du roman le plus connu de Proust «A la recherche du temps perdu», mais bien dans des poèmes de jeunesse, des lettres ou des notes de journal intime qui ont permis à Didier Sandre de composer un portrait à la fois divertissant et attachant de Marcel Proust.
«Je souhaite que ce portrait soit un divertissement, même pour les non-initiés à Proust, et qu’il puisse servir éventuellement de tremplin au désir d’aller plus avant dans son œuvre»
Le conteur monte et descend la gamme de l’émotion avec des textes emprunts de mélancolie proustienne, sur la mer notamment.
«La mer fascinera toujours ceux chez qui le dégoût de la vie et l’attrait du mystère ont devancé les premiers chagrins comme un pressentiment de l’insuffisance de la réalité à les satisfaire. Ceux-la qui ont besoin de repos avant d’avoir éprouvé encore aucune fatigue, la mer les consolera, les exaltera vaguement. Elle ne porte pas comme la terre les traces des travaux des hommes et de la vie humaine. Rien n’y demeure, rien n’y passe qu’en fuyant, et des barques qui la traversent, combien de sillage est vite évanoui !»
Des textes ciselés tels qu’ «il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver» ou «le désir fleurit, la passion flétrit toute chose» mais avant cela la passion peut aussi inspirer…
Ainsi dans les Perles, Proust offre un précieux moment de sensualité: «je suis rentré au matin et je suis frileusement couché, frissonnant d’un délire mélancolique et glacé…/…/…C’est ta présence qui donne à ma vie cette couleur fine, mélancolique et chaude comme aux perles qui passent la nuit sur ton corps. Comme elles, je vis et tristement une nuance à ta chaleur, et comme elles, si tu ne me gardais pas sur toi je mourrais»…
Un programme interprété magistralement par le Quatuor Ludwig, reconnu actuellement comme l’un des meilleurs de sa génération. «Je voulais qu’on puisse l’entendre parfois de façon inhabituelle, précise Didier Sandre, mettant en évidence l’un ou l’autre des instruments, utilisant au besoin la transcription »…
Les musiciens n’hésitent pas à prendre part à la lecture du fameux questionnaire de Proust: Marcel Proust par lui-même (1890)…
Quant au choix de la musique il y a du Gabriel Fauré, mais également Chopin, Ravel, la musique française de cette époque. Didier Sandre prend aussi la liberté d’inviter des compositeurs peu joués, avec les œuvres de Guillaume Lekeu ou Albérich Magnard…
Le public de la salle du Jeu du Mail charmé, a été emporté par cette rêverie aux couleurs du temps de Gabriel Fauré.
Prochain rendez-vous du festival Musiques au Pays de Gabriel Fauré, Claire Désert au piano, interprétera Franz Liszt, Robert Schumann, Ludwig van Beethoven et Claude Debussy, vendredi 16 mai à 20h45 salle du Jeu du Mail à Pamiers. Réservations à l’Office de Tourisme: 05 61 67 52 52
Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2008 |