Saverdun: «Res Politica» une exposition sur la place et le rôle de l�art contemporain
 | | Crédit photo: André Morin Adagp | Troisième galerie d’établissement du département, la galerie du collège du Girbet propose jusqu’à la fin du mois de juin une exposition en relation avec le musée des Abattoirs de Toulouse…
Res Politica est une exposition politique dans la mesure où les œuvres sélectionnées posent des questions majeures sur la société, dénoncent les jeux géopolitiques ou les préjugés envers la presse.
Les visiteurs sont accueillis par une sculpture en plâtre «We’re smoking them out» (2002), de l’artiste Wang Du (Xuezhi Wang dit), né en 1956 en Chine, il vit et travaille depuis 1990 à Alfortville (Val de Marne).
Son intérêt pour les médias s’illustre dans sa création, en effet il détourne les photos des magazines qu’il transforme en statues en trois dimensions, des œuvres qui dénoncent souvent le processus de création de l’information, l’information de masse et ses corollaires, l’hégémonie des médias, leur absence de neutralité… trivialité, absurdité, déformation, surdimensionnement que l’on retrouve en écho dans ses créations.
Wang Du interroge également à travers elles le spectateur sur les rapports qu’il entretient avec les médias, son attitude souvent passive de consommateur de l’information. L’artiste parle de «Post Réalité» pour désigner cet univers où se confond virtuel et réel.
Dans «We’re smoking them out», Wang Du s’est inspirée d’une photographie de Georges Bush lors d’une séance de remise en forme, prélevée dans un hebdomadaire à grand tirage (VSD pour ne pas le nommer) peu après les attentats du 11 septembre 2001 et relatant l’emploi du temps du président des Etats-Unis le jour de la catastrophe.
Ici encore, le décalage entre l’actualité dramatique et le côté insignifiant de la séance de gymnastique mise en avant par le magazine est sujet à interrogation…
Tout comme le texte sur le T-shirt de l’entraîneur: «We’re smoking them out» (on va les enfumer), phrase anodine reprise par G. Bush dans un discours évoquant sa traque contre les terroristes…
Un raccourci souvent réalisé par les médias propagandistes pour décrire la manière expéditive («western») du président des Etats-Unis pour régler les grands problèmes de société…
L’exposition «Res Politica» laisse une large place à la photographie grand format avec les œuvres du groupe AES provenant de la collection des Abattoirs.
Très actifs sur la scène internationale dans les années 90, Tatyana Arzmasova, Lev Evzovitch et Evgeny Svyatski du groupe AES, travaillent à base de photographies retouchées dont la thématique est en relation avec les sujets de société ou d’actualité.
Leur message engagé invite le spectateur à moduler et à réviser les discours dominants sur l’état du monde relayés par les médias.
«Islamic Project» présenté dans la galerie du collège du Girbet est un ensemble de 15 impressions de photomontage. Conçu en 1996-97 en opposition à la théorie d’un auteur américain, Samuel Huntington, pour qui le futur serait marqué par «le choc des civilisations» conflit généralisé entre le christianisme, l’Islam et le Confucianisme qui sont pour lui les trois civilisations dominantes.
Le groupe AES, propose au contraire un questionnement qui dépasse les préjugés sur le monde en s’interrogeant sur la valeur des images, sur notre manière de les considérer sans recul.
Des lieux les plus connus (statue de la Liberté à New-York, opéra de Sydney, Reichstag à Berlin, Notre-Dame et Beaubourg à Paris, Cap Canaveral en Floride, cathédrale de Cologne, Kremlin à Moscou…) sont détournés, modifiés, les artistes y présentent des caractères islamiques tels que des minarets, coupoles ou caravansérail… mais également des signes plus effrayants tels que les talibans ou les chars d’assauts.
«Le projet a consisté à proposer un scénario alarmiste en projetant les principales villes occidentales sous occupation islamique.
Mais «Islamic Project» n’est ni anti-islamique, ni anti-occidental, mais s’efforce de fonctionner comme une thérapie psycho-analytique dans laquelle les phobies, à la fois des sociétés de l’Est et de l’Ouest sont mises à nu… Nous ne croyons pas que l’art contemporain puisse résoudre les problèmes mais il peut poser les questions majeures»
Une exposition du Musée des Abattoirs hors-les murs à venir découvrir jusqu‘à la fin du mois de juin sur RV au 05 61 60 32 82
 Photos: ©AriegeNews 2008 |