Ax les Thermes renoue avec son passé
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20/11/2008 | 22:11
Réputée depuis les temps immémoriaux pour ses sources d’eau chaude, la ville d’Ax livre régulièrement ses secrets…
Depuis 2005, Hélène Teisseire, archéologue, historienne, mène l’enquête faite de bribes de textes médiévaux, d’indices trouvés dans l’étude du parcellaire urbain ou dans le matériel mis au jour au hasard des chantiers, des sondages archéologiques.
C’est avec cette axéenne passionnée que nous avons remonté le temps… les premières traces d’occupation humaine datent de l’âge de bronze, les sources d’eau chaude et les forêts giboyeuses attiraient les populations qui se fixaient au carrefour de ces vallées: «le passé de la ville est omniprésent, explique l’archéologue.
Nous avons trouvé un dépôt funéraire datant de l’Age du bronze lors des travaux de contournement […] des morceaux d’amphores dans le bassin des Ladres ou des pièces de monnaies datant des IIe et IIIe siècle au Couloubret nous indiquent également une occupation antique importante mais à ce jour nous n’avons malheureusement pas de témoignage de thermes au centre ville»
Deux zones d’occupation du sol se font jour, chacune construite sur un mamelon rocheux: un premier bassin de peuplement autour de l’actuelle église Saint-Vincent, église paroissiale, déjà mentionnée au Xe siècle (il s’agissait à l’époque d’un bâtiment de type roman, comparable à l’actuelle église d’Axiat).
A l’emplacement du café du Couloubret s’élevait une chapelle baptismale dédiée à St-Jean et l’emplacement de l’actuel parking n’est autre que le cimetière médiéval.
En face, le bourg castral dans sa ceinture de remparts taillés à même la roche, constitue un second foyer de peuplement, avec le bassin des Ladres comme point de jonction entre la ville antique et médiévale.
«Les sources sont connues pour leurs vertus curatives, commente Hélène Teisseire. La source des Canons pour la digestion, celle du Rossignol servait encore jusque dans les années 60 à peler le cochon car sa température atteint les 90°C»
Le bassin des Ladres, associé au Moyen Age à l’Hôtel Dieu, est vite devenu un centre de vie… et même de mauvaise vie puisque les filles de petite vertu négocient leurs charmes dans des cabanes autour du bassin. La ville médiévale a l’originalité d’être construite sur un parcellaire circulaire, toutes les maisons forment un cercle autour d’un noyau central, l’actuel presbytère, autrefois château castral.
«Nous avons la chance d’avoir à l’époque médiévale deux châteaux et deux, voire trois, églises, indique Hélène Teisseire: le Castel Mau, fortification du comte de Foix en dehors les murs, placée pour défendre la ville, au carrefour des trois vallées et à l’intérieur des remparts, un château à l’emplacement de l’ancien presbytère.
Ax, à cette époque, est le chef lieu d’une châtellenie et c’est le chef lieu de l’archiprêtré regroupant 14 paroisses»
La ville appartient de fait au comte de Foix mais comme l’indique la charte de coutume, seuls les consuls ont le pouvoir: ils perçoivent les taxes, les droits de péage… et en matière de péage, la ville est organisée dans un système de fortification et de portes, à chaque porte correspond une taxe.
«A l’étude des textes d’époque on parle d’épices rares, d’or, d’encens, de chameaux […] faisant de cette ville médiévale un carrefour d’échanges avec l’Espagne qui n’est pas loin et les royaumes Mozarabes faisant commerce avec l’Afrique»
Le parcellaire d’Ax n’a plus de mystère pour l’historienne: «le cadastre donne de précieuses informations sur les commerces, les habitants […] on sait grâce à lui que la ville est très commerçante, il y a une rue des forgerons (les faoure), du grenier à sel, des tisserands (les tisseires) […]
Ax a une forte tradition artisanale du tissage de la laine avec les troupeaux sur les pâturages, la laine est traitée grâce à l’eau alcaline et émolliente des fontaines et depuis le Moyen Age jusqu’à l’époque moderne la laine est exportée jusqu’à l’Angleterre […] J’ai même retrouvé dans cette rue l’emplacement de la maison de Sibylle Bayle, grande figure du catharisme ariégeois qui tenait un commerce ici»
Bon nombre de maisons ont été construites entre le rempart et le rocher, donnant un aspect troglodytique à l’intérieur de certaines de ces habitations: le rocher affleure partout, les axéens l’ont naturellement utilisé pour tailler des escaliers, des étagères...
Le rempart de 1,20m d’épaisseur sert de mur aux maisons, l’eau ruisselle sur le rocher et c’est très humide, précise l’historienne, se dirigeant vers le quartier moderne de la ville. Un important incendie a ravagé Ax les Thermes à la fin fin du XVIe, il a fallu reconstruire selon le style de l’époque, souvent faisant appel à des artisans toulousains.
«Nous sommes à la jonction de la rue du Moulinas et du Carrerot, explique Hélène Teisseire. Ces maisons ne laissent rien apparaître en façade mais elles sont bâties selon un système particulier: côté rue les pièces d’accueil puis une cour centrale avec un puit de lumière et au fond de celle-ci la partie privative avec des plafonds à la française, des boiseries Louis XIII […]
Nous en avons recensé quatre sur le même modèle»
Non loin de là, la rue du Moulinas, «le gros moulin» qui date de 1397, était doté de trois meules: une pour l’avoine, une pour le blé et la dernière pour le seigle. A l’époque le propriétaire a eu l’autorisation de percer la muraille du rempart pour accéder au canal d’amenée d’eau.
Enfin notre ballade au cœur de la ville ancienne s’arrête à la chapelle des Pénitents Bleus, la chapelle Saint Jérôme, bâtie selon l’historienne, ex-nihilo en 1607.
«Au début du XVIIe siècle il y avait de nombreuses confréries à Ax: les pénitents, gris, blancs, bleus, noirs […] il y avait parmi eux autant de laïcs que d’ecclésiastiques. A terme, ce sont les pénitents bleus, les plus puissants, qui ont absorbé les autres.
La chapelle est dessinée sur un plan quadrangulaire, les murs sont en galets de rivière […] il s’agit d’un édifice à l’architecture pyrénéenne d’une beauté simple.
A l’intérieur des boiseries remarquables réalisées pour répondre à la liturgie: claustra, retable de 1670 avec un éclairage de l’autel indirect qui reprend le système que l’on retrouve à l’église Santa Maria della Victoria à Rome […] preuve que les artistes qui ont travaillé ici ont voyagé»
Trop souvent considérée comme une ville de passage, Ax les Thermes mérite véritablement que l’on s’y attarde et que l’on prenne le temps de découvrir la richesse de son histoire et de son patrimoine.
Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2008
Depuis 2005, Hélène Teisseire, archéologue, historienne, mène l’enquête faite de bribes de textes médiévaux, d’indices trouvés dans l’étude du parcellaire urbain ou dans le matériel mis au jour au hasard des chantiers, des sondages archéologiques.
C’est avec cette axéenne passionnée que nous avons remonté le temps… les premières traces d’occupation humaine datent de l’âge de bronze, les sources d’eau chaude et les forêts giboyeuses attiraient les populations qui se fixaient au carrefour de ces vallées: «le passé de la ville est omniprésent, explique l’archéologue.
Nous avons trouvé un dépôt funéraire datant de l’Age du bronze lors des travaux de contournement […] des morceaux d’amphores dans le bassin des Ladres ou des pièces de monnaies datant des IIe et IIIe siècle au Couloubret nous indiquent également une occupation antique importante mais à ce jour nous n’avons malheureusement pas de témoignage de thermes au centre ville»
Deux zones d’occupation du sol se font jour, chacune construite sur un mamelon rocheux: un premier bassin de peuplement autour de l’actuelle église Saint-Vincent, église paroissiale, déjà mentionnée au Xe siècle (il s’agissait à l’époque d’un bâtiment de type roman, comparable à l’actuelle église d’Axiat).
A l’emplacement du café du Couloubret s’élevait une chapelle baptismale dédiée à St-Jean et l’emplacement de l’actuel parking n’est autre que le cimetière médiéval.
En face, le bourg castral dans sa ceinture de remparts taillés à même la roche, constitue un second foyer de peuplement, avec le bassin des Ladres comme point de jonction entre la ville antique et médiévale.
«Les sources sont connues pour leurs vertus curatives, commente Hélène Teisseire. La source des Canons pour la digestion, celle du Rossignol servait encore jusque dans les années 60 à peler le cochon car sa température atteint les 90°C»
Le bassin des Ladres, associé au Moyen Age à l’Hôtel Dieu, est vite devenu un centre de vie… et même de mauvaise vie puisque les filles de petite vertu négocient leurs charmes dans des cabanes autour du bassin. La ville médiévale a l’originalité d’être construite sur un parcellaire circulaire, toutes les maisons forment un cercle autour d’un noyau central, l’actuel presbytère, autrefois château castral.
«Nous avons la chance d’avoir à l’époque médiévale deux châteaux et deux, voire trois, églises, indique Hélène Teisseire: le Castel Mau, fortification du comte de Foix en dehors les murs, placée pour défendre la ville, au carrefour des trois vallées et à l’intérieur des remparts, un château à l’emplacement de l’ancien presbytère.
Ax, à cette époque, est le chef lieu d’une châtellenie et c’est le chef lieu de l’archiprêtré regroupant 14 paroisses»
La ville appartient de fait au comte de Foix mais comme l’indique la charte de coutume, seuls les consuls ont le pouvoir: ils perçoivent les taxes, les droits de péage… et en matière de péage, la ville est organisée dans un système de fortification et de portes, à chaque porte correspond une taxe.
«A l’étude des textes d’époque on parle d’épices rares, d’or, d’encens, de chameaux […] faisant de cette ville médiévale un carrefour d’échanges avec l’Espagne qui n’est pas loin et les royaumes Mozarabes faisant commerce avec l’Afrique»
Le parcellaire d’Ax n’a plus de mystère pour l’historienne: «le cadastre donne de précieuses informations sur les commerces, les habitants […] on sait grâce à lui que la ville est très commerçante, il y a une rue des forgerons (les faoure), du grenier à sel, des tisserands (les tisseires) […]
Ax a une forte tradition artisanale du tissage de la laine avec les troupeaux sur les pâturages, la laine est traitée grâce à l’eau alcaline et émolliente des fontaines et depuis le Moyen Age jusqu’à l’époque moderne la laine est exportée jusqu’à l’Angleterre […] J’ai même retrouvé dans cette rue l’emplacement de la maison de Sibylle Bayle, grande figure du catharisme ariégeois qui tenait un commerce ici»
Bon nombre de maisons ont été construites entre le rempart et le rocher, donnant un aspect troglodytique à l’intérieur de certaines de ces habitations: le rocher affleure partout, les axéens l’ont naturellement utilisé pour tailler des escaliers, des étagères...
Le rempart de 1,20m d’épaisseur sert de mur aux maisons, l’eau ruisselle sur le rocher et c’est très humide, précise l’historienne, se dirigeant vers le quartier moderne de la ville. Un important incendie a ravagé Ax les Thermes à la fin fin du XVIe, il a fallu reconstruire selon le style de l’époque, souvent faisant appel à des artisans toulousains.
«Nous sommes à la jonction de la rue du Moulinas et du Carrerot, explique Hélène Teisseire. Ces maisons ne laissent rien apparaître en façade mais elles sont bâties selon un système particulier: côté rue les pièces d’accueil puis une cour centrale avec un puit de lumière et au fond de celle-ci la partie privative avec des plafonds à la française, des boiseries Louis XIII […]
Nous en avons recensé quatre sur le même modèle»
Non loin de là, la rue du Moulinas, «le gros moulin» qui date de 1397, était doté de trois meules: une pour l’avoine, une pour le blé et la dernière pour le seigle. A l’époque le propriétaire a eu l’autorisation de percer la muraille du rempart pour accéder au canal d’amenée d’eau.
Enfin notre ballade au cœur de la ville ancienne s’arrête à la chapelle des Pénitents Bleus, la chapelle Saint Jérôme, bâtie selon l’historienne, ex-nihilo en 1607.
«Au début du XVIIe siècle il y avait de nombreuses confréries à Ax: les pénitents, gris, blancs, bleus, noirs […] il y avait parmi eux autant de laïcs que d’ecclésiastiques. A terme, ce sont les pénitents bleus, les plus puissants, qui ont absorbé les autres.
La chapelle est dessinée sur un plan quadrangulaire, les murs sont en galets de rivière […] il s’agit d’un édifice à l’architecture pyrénéenne d’une beauté simple.
A l’intérieur des boiseries remarquables réalisées pour répondre à la liturgie: claustra, retable de 1670 avec un éclairage de l’autel indirect qui reprend le système que l’on retrouve à l’église Santa Maria della Victoria à Rome […] preuve que les artistes qui ont travaillé ici ont voyagé»
Trop souvent considérée comme une ville de passage, Ax les Thermes mérite véritablement que l’on s’y attarde et que l’on prenne le temps de découvrir la richesse de son histoire et de son patrimoine.
Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2008
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 20/11/2008 | Lu: 29651 fois
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