«Petite histoire d'une grande école»: l'Ecole Normale de l'Ariège s'expose au Centre Universitaire de l'Ariège
02/12/2008 | 17:24
Le Centre Universitaire de l’Ariège présente actuellement en ses lieux une très belle exposition montée de toutes pièces par Jean Gallardo, Pierre Ricard et Henri Aussagues.

Il s’agit de la «Petite Histoire d’une Grande Ecole», qui traite par le biais de plus de 400 photos et de documents d’époque, de l’histoire de l’Ecole Normale de l’Ariège.

C’est en présence de Daniel Subervielle, inspecteur de l’Académie de l’Ariège, et d’un nombreux public, que s’est déroulé le 27 novembre dernier, le vernissage de cette présentation.

A propos de la naissance de cette expo, Jean Gallardo expliquait: «l’idée de cette exposition a germé comme cela se passe souvent, autour d’un bon repas. Entre le foie gras et la sole, Pierre Ricard nous fait part de sa trouvaille.

Sur une étagère de son bureau, se trouvent plusieurs photos de promotion de normaliens, ainsi qu’un compte rendu de stage de formation réalisé par Michel Sébastien, qui traite de «la petite histoire d’une grande école, l’Ecole Normale de Foix»

Peut-être serait-il possible de collecter d’autres documents et d’organiser une soirée souvenir. Et nous voila partis […] Georges Chireux, Henri Aussagues et moi-même soutenus par la Ligue de l’Enseignement, Pierre Ricard par le Centre Universitaire, nous pouvions démarrer cette entreprise de sauvetage de documents précieux, pour qui voudrait creuser davantage ce que fut la vie de cette école
»

Durant son intervention, Henri Aussagues donnait brièvement l’historique de l’Ecole Normale de Foix: «la nécessité de créer une Ecole Normale d’instituteurs en Ariège, apparaît en avril 1831, mais ce n’est que deux ans plus tard, en décembre 1833, qu’est arrêtée la décision de l’installer dans les bureaux même du Préfet de l’Ariège, au premier étage de l’aile du couchant […]

Vu l’urgence, elle ne recevra provisoirement que des externes. Bientôt, l’institution ressent la nécessité de rassembler sous un même toit, les études et le logement des élèves maîtres. La décision d’acheter pour la somme de 16.000 F le domaine de Montgauzy est prise.

En décembre 1840, l’Ecole Normale accueille désormais les garçons. Pour les filles, il faudra attendre l’avènement de la Troisième République et Jules Ferry, ministre de l’Instruction Publique de 1879 à 1883 […]

Suite à la loi Paul Bert d’août 1879, obligation est faite aux départements d’ouvrir aussi une Ecole Normale d’institutrices. Il faudra attendre deux années pour que cela se concrétise en Ariège, le Préfet se faisant à plusieurs reprises «remonter les bretelles»

La maison Cizancourt, rue du Ruisseau, actuellement maison Sainte-Geneviève rue Delcassé, est agréée, et fin 1882, les portes d’une Ecole Normale de filles s’ouvrent enfin […] Pour mémoire, la loi de 1881 instaure la gratuité de l’Ecole publique et celle de 1882, l’obligation scolaire de 6 à 13 ans, ainsi que la laïcité.

Elle supprime l’instruction religieuse, et la remplace par l’instruction morale et civique […] Les futurs instituteurs sont dressés pendant trois ans à l’Ecole Normale par des instructeurs militaires, pour former les cadres de réserve de l’armée.

Leur discipline et leur courage leur valurent, au cours de la première guerre mondiale, 22% de tués, un record professionnel. Pendant les combats, l’Ecole Normale d’instituteurs de Montgauzy, est transformée en hôpital militaire.

Quant à l’Ecole Normale de filles, elle est transférée de 1907 à 1920, dans les murs de l’ancien hôtel Lacoste, avant de se situer rue Alsace, à l’emplacement actuel du groupe scolaire […] Quelques années avant la seconde guerre mondiale, les bâtiments de l’Ecole Normale de filles de Montgauzy sont construits.

Mais en 1939, un décret du maréchal Pétain supprime comme par hasard les Ecoles Normales […] Les filles vont suivre leur scolarité au collège de jeunes filles de Pamiers, et les garçons au lycée de Foix.

A la libération, les garçons regagnent les terrasses de Montgauzy où les rejoignent les élèves de Perpignan, tandis que de leur côté, les filles s’expatrient en pays catalan. Elles ne reviendront en Ariège qu’aux alentours de 1950 […]

Ce sont une quarantaine de promotions mixtes qui sortiront ensuite du moule. En effet, la loi d’orientation sur l’éducation de juillet 1985 (dite loi Jospin), met fin aux écoles normales, et crée les IUFM, Instituts chargés dans chaque Académie de la formation des enseignants du premier, et du second degré, et ce à partir du 1er septembre 1990.

Leur création rapproche les deux entités, et crée le corps des professeurs d’école. Enfin la loi du 23 avril 2005 pour l’avenir de l’école, intègre depuis 2008, les IUFM dans les Universités
»

A propos de cette exposition, Jean Gallardo confiait: «notre sentiment est de sauver des documents, peut-être pour essayer de ne pas laisser mourir ce patrimoine […] C’est dans ces Ecoles Normales que s’est construite la République.

On a obligé les gens dans les campagnes les plus reculées, à parler français. Il s’est créé un esprit de corps […] On passait 3, 4 années ensemble […] il se créait des amitiés.

L’Ecole Normale a été pour moi, et pour beaucoup d’entre nous, un ascenseur social. C’était ce qui nous permettait de sortir d’un état miséreux, vers un certain rang dans la société. C’est dommage que ce côté-là disparaisse. Je crois qu’il faut le relancer dans l’Histoire, et ne pas le laisser perdre
»

- Que vont découvrir les visiteurs autour de cette exposition?
- «C’est surtout l’émotion qui va remonter […] Beaucoup d’anecdotes intergénérationnelles en quelque sorte.

On trouve des choses extraordinaires […] Hier au soir, Pierre Ricard a vu rentrer à proximité du lieu de l’exposition, une petite jeune fille. Pierre Ricard lui dit: «Non! L’exposition ne sera ouverte que demain !» «Oui !», lui répond elle: «mais demain je ne serai pas là […] Est ce que je peux la voir quand même ?» «Eh bien entrez», lui rétorque Pierre Ricard.

C’était la petite fille de M. Ritter, qui a été directeur de ces lieux en 1946
»

Photos: ©AriegeNews 2008
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auteur: MP | publié le: 02/12/2008 | 17:24 | Lu: 6245 fois