Dream Time: les anges gardiens de David Altmejd veillent dans la grotte du Mas d'Azil
12/05/2009 | 19:08
L’exposition en diptyque «DreamTime - Temps du rêve, grottes, art contemporain & transhistoire», présentée simultanément dans la grotte du Mas-d’Azil en terre d’Ariège et au Musée des Abattoirs à Toulouse, résulte d’une aventure singulière qui plonge ses racines à l’origine de l’humanité.

Son titre même «Dreamtime», emprunté à la culture aborigène, évoque cette disposition mentale très particulière décrite par Jean Clottes dans ses réflexions sur le chamanisme paléolitique.

Le «temps du rêve» fait référence au «temps d’avant le temps» ou au «temps de la création de toutes choses»

Il raconte l’origine de l’humanité et de la culture aborigène, quand les esprits des ancêtres vinrent sur la planète sous des apparences humaines ou autres, pour donner forme à la terre, aux plantes et aux animaux que nous connaissons aujourd’hui.

Les aborigènes ont l’histoire culturelle la plus longue et la plus continue de tous les groupes humains: 65000 ans selon certaines estimations.

C’est-à-dire qu’ils ont été et restent contemporains des premières formes d’art paléolithique que l’on trouve dans les grottes de l’Ariège et de Midi-Pyrénées, qui sont au cœur de ce projet.

Le projet «Dream Time-le temps du Rêve» repose sur un dialogue inédit transculturel entre artistes, préhistoriens, anthropologues et philosophes invités à se rencontrer, à conjuguer leurs travaux respectifs au profit d’une approche renouvelée de notre rapport à la culture humaine et à son histoire, à l’art et à notre environnement.

A cet effet, une collaboration artistique et technique a été engagée en 2007 entre les Abattoirs de Toulouse, Caza d’Oro et le Parc de la Préhistoire de Tarascon sur Ariège.

Caza d’Oro est un lieu de résidence et de création international assez atypique situé dans une maison particulière, celle de Nathalie Thibat et Claus Sauer, tombés en 2000 sous le charme de l’Ariège.

Sa vocation première est d’offrir aux artistes plasticiens déjà connus, les conditions et les moyens de travailler en vue de développer un projet particulier lié à son environnement.

Depuis sa mise en place en 2001, il est désormais possible aux artistes sélectionnées de s’installer (de 1 à 3 mois) dans une temporalité, un espace et une sociabilité spécifiques.

La durée de cette résidence représente un moment souvent privilégié dans la vie des artistes invités, comme une phase de ressourcement, en marge des circuits balisés de l’art contemporain et de la vitesse des grands centres urbains…

Il en est ainsi de tous les artistes invités dans le cadre du projet Dream Time, conviés dans la grande exposition en diptyque présentée simultanément dès le 16 mai dans la Grotte du Mas d’Azil et aux Abattoirs de Toulouse.

Cette double présentation propose une lecture qui sort des schémas habituels, offrant au visiteur la possibilité d’inventer ses propres passerelles entre territoires naturels et urbains, transhistoriques et transculturels…

L’exposition issue de cette expérience inédite repose sur un jeu de miroirs entre les deux sites et les œuvres créées spécialement pour l’occasion, des créations qui sur fonds d’Ariège, ont suscité l’enthousiasme de tous les participants.

«Il n’y a pas de clivage de génération, explique Nathalie Thibat, les artistes ont répondu aux forces telluriques, aux énergies de l’imaginaire, ainsi qu’à l’exceptionnel patrimoine archéologique du Mas d’Azil, lié à l’apparition de l’art et de l’image […]

Quand l’homme est sorti de la grotte cela a été déterminent on est passé du figuratif sur les parois à l’abstrait […] Ici, nous invitons les artistes à questionner l’Ariège au plus profond de son histoire et de son vécu […]

Les artistes qui viennent à la Caza d’Oro ont besoin d’une rupture pour se ressourcer mais ils viennent tous pour la grotte […] Cela a été le cas il y a quelques mois pour Miquel Barcelo, aujourd’hui c’est David Altmejd, la révélation de la Biennale de Venise 2007
»

En effet, la nouvelle coqueluche du marché international de l’art contemporain a mis sa carrière entre parenthèses pendant un mois pour vivre au rythme de son inspiration ariégeoise.

Ce jeune plasticien québécois, fasciné par l’univers du cinéaste David Cronenberg, vit et travaille à New York mais il a laissé loups garous et géants pour s’adonner à un autre registre, celui des anges gardiens que lui ont inspiré la grotte: «ici, a-t-il confié, toute mon œuvre prend sens»

Aussi ce ne sont pas deux mais sept sculptures qui sont nées de son séjour à résidence… des statues qu’il a installé lui-même dans la grotte et que nous avons rencontré quelques jours avant l’inauguration…

C’est dans cet espace muséographique étrange que l’on pourra retrouver du 16 mai au 11 novembre les œuvres de David Altmejd, Miquel Barceló, Berdaguer & Péjus, Julien Blaine, Charley Case & Thomas Israël, Jean Daviot, Mark Dion, Carole Douillard, Paul-Armand Gette, Delphine Gigoux-Martin, Brion Gysin, Eric Hurtado, John Isaacs, Christoph Keller, Victoria Klotz, Peter Kogler, Claude Lévêque, Jean-Luc Parant, Serge Pey, Pascale-Marthine Tayou, Xavier Veilhan, Virginie Yassef et les artistes aborigènes…

Plus d'infos sur www.expo-dreamtime.fr et www.cazadoro.org

Soutenue par le Conseil général de l’Ariège, l’exposition sera visible au Mas d’Azil, jusqu’au 11 novembre, et au Musée des Abattoirs, jusqu’au 30 août.

Rendez-vous donc pour les vernissages jeudi 14 mai, à 18 heures, au Musée des Abattoirs de Toulouse, et le vendredi 15 mai, à 18 heures, à la Grotte du Mas d’Azil.

Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2009
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 12/05/2009 | Lu: 21286 fois