Après l’affaire Fortin, la «petite république des Pyrénées» refait encore parler d’elle…Massat, village de 721 âmes au coeur du Couserans fût a XIXe siècle une des plus importantes villes du département de l’Ariège avec ses 9.300 habitants en 1813.
La richesse de la vallée reposait sur une importante activité industrielle liée à la fabrication du charbon de bois et à l’activité de ses cinq forges à la catalane.
La sociologie ouvrière de la vallée, nettement progressiste a permis de faire émerger une dynastie politique nourrie par ce terreau républicain, s’affirmant en réel contre-pouvoir face à la bourgeoisie locale.
Ce fut d’abord Léon Galy-Gasparrou (1850-1921), maire de Massat, conseiller général, rapporteur de la loi de séparation, puis son fils Georges Galy-Gasparrou (1896-1979), homme politique, magistrat révoqué pour n’avoir pas prêté serment à Pétain.
Ce résistant fût en 1936 un des promoteurs du Front Populaire dans l’Ariège avant de devenir secrétaire d’Etat du gouvernement Mendès-France.
Enfin aujourd’hui Léon-Pierre Galy-Gasparrou, maire de Massat depuis 2001 incarne encore pour certains cette continuité dans la politique locale.
Depuis quelques années, il mène une croisade pour l’application de la laïcité qui régulièrement place le village sous les feux de l’actualité.
En 2005, le curé de l’époque, l’abbé Bruno Gauthier, s’oppose à Léon-Pierre Galy-Gasparrou, maire de Massat qui souhaite à l’instar des manifestations culturelles proposées régulièrement à l’intérieur de la petite chapelle de l’Aisle, accueillir une exposition sur les camps de concentration réalisée par la fédération nationale des déportés et internés résistants, l’ecclésiastique considérant qu’il s’agit d’une «manifestation politique» contraire aux dispositions de l’art 26 de la loi de 1905 de séparation des biens des églises et de l’état.
Le procureur de la République est saisi de l’affaire puis le Tribunal administratif de Toulouse et c’est finalement le Conseil d’Etat qui déboute la commune, condamnée à verser 3000 euros au curé (une somme largement couverte par les dons et autres témoignages de soutien).
L’abbé Gauthier est nommé au Vatican, la situation semble normalisée avec la nomination d’un curé plus «compréhensif»
Il est vrai que la commune dispose de trois chapelles et d’une église paroissiale (l’église de la Nativité de la Vierge inscrite aux Monuments Historiques, d’une capacité de 500 places).
Parmi elles, la chapelle du «Bon Secours» ou chapelle de l’Aisle, à l’entrée du village, davantage utilisée pour des manifestations culturelles que cultuelles et dont les travaux de réfection (évalués à 250.000 euros, soit la moitié du budget communal annuel) sont plus que nécessaires.
Mais la crise aidant l’entretien de tous ces lieux de culte devient difficile.
«Nous cherchons un bâtiment pour accueillir des manifestations culturelles, explique le premier magistrat, nous avons des projets pour cette chapelle mais nous ne pouvons pas faire des investissements à fonds perdus»
Mercredi 12 août 2009 le conseil municipal de Massat à l’unanimité a délibéré pour demander la désaffectation de la chapelle de l’Aisle, une demande qu’il réitère pour la seconde fois malgré un premier refus du préfet le 29 décembre 2008 et l’opposition des autorités ecclésiastiques à travers un courrier du vicaire général Rieu en date du 23 juin 2009.
«Après une longue discussion nous avons pris acte du refus de l’évêché de désaffecter une des trois églises de la commune mais ce refus n’est motivé par aucun argument sérieux ajoute Léon-Pierre Galy-Gasparrou.
Depuis longtemps la chapelle de l’Aisle est désertée par la communauté catholique massatoise et traditionnellement dévolue à de multiples activités culturelles et citoyennes.
Nous infirmons l’argument avancé, selon lequel la désaffectation créerait un «précédent» car depuis la loi de 1905, 144 bâtiments de culte ont été désaffectés au bénéfice de cette procédure de référence.
De plus la communauté catholique dispose de deux vastes bâtiments pour assurer, dans le respect de l’esprit et de la lettre du principe républicain de laïcité, la liberté du culte…
Nous réitérons donc cette demande de désaffectation, une demande motivée pour être soumise au juge du fond…
A défaut d’accord qui permettrait à la commune de réaliser des travaux sur ce bâtiment, le conseil municipal est décidé à chercher la possibilité d’aliéner cette partie du domaine public et a déjà demandé au maire de procéder à la recherche d’un acquéreur.
Il sera proposé aux enchères sur un site Internet avec un prix de réserve sur la base de l’expertise effectuée en avril 2009 (660 000 euros)…
Le conseil municipal indique eu égard a la nécessité absolue affirmée par la communauté catholique de disposer souverainement de l’édifice, qu’avantages et préférences pourront être accordés à un acheteur institutionnel représentant la dite communauté […]
Je suis bien conscient qu’au-delà du problème de politique locale, il s’agit de l’application de la laïcité… dans cette affaire il s’agit du diktat d’une sensibilité particulière qui cherche prendre le pas sur l’ensemble des autres visions de conscience…ce glissement rappelle curieusement le gouvernement de fait de Vichy»
Il s’agit pour certains d’une histoire de clocher qui dure cependant depuis plusieurs années et qui ravive les passions locales, ranimant les vieilles querelles dommageables à l’harmonie d’un village particulièrement marqué par la période de l’occupation et de la collaboration.
Mais au-delà de la caricature facile du scénario à la «Pépone et Dom Camillo» personne n’est dupe, il s’agit bien d’un problème intellectuel et politique, celui de la remise en cause de la laïcité.
Pour Guy Cirla, membre du Cercle Condorcet, secrétaire général du Collectif Laïque de l’Ariège, «la question de fond que l’on est en droit de se poser est la suivante : au moment même où l’église catholique se défait de son patrimoine et dans le contexte économique actuel, n’y a-t-il pas disproportion dans les édifices dévolus au culte à Massat ?
La loi de 1905 oblige les communes même les plus modestes à entretenir les lieux de culte alors que l’affectataire (l’église) à tout pouvoir»
Pour lui il y a certainement des passerelles avec le culturel.
«Ces édifices ont souvent une histoire que l’on pourrait utiliser à des fins culturelles et économiques […] si la loi de 1905 était appliquée dans son intégralité il n’y aurait pas eu de problème…
A l’époque face à la pression de Pie X, le gouvernement a reculé: les biens cultuels ont été rétrocédés aux juifs, aux protestants qui eux ont l’obligation de les entretenir sans avoir aucune aide publique […]
Aujourd’hui la solution c’est la raison, la loi de la République n’est pas une loi divine …/… où on donne à tous ce que l’on donne à l’un et on est en contradiction avec l’esprit de la loi car on rentre dans un rapport de dépendance ; ou on revient à une égalité, l’exercice du culte étant du domaine privé, on demande à l’église de céder ses biens, le public en est déchargé. Enfin on réfléchit au cas par cas»
Pour Bruno Anel, délégué diocésain à la communication, la loi de 1905 prévoit que la chapelle de l’Aisle est affectée au culte, il y a un curé à Massat et une communauté chrétienne attachée à son patrimoine.
«Le diocèse ne souhaite pas peser trop lourdement sur les contribuables locaux […] 350 églises dans le seul diocèse de Pamiers, l’évêque et son conseil doivent réfléchir sur ce problème» ….un sujet que l’actualité pourrait remettre rapidement à l’ordre du jour.
Quant au père Michel Debled, encore curé de Massat jusqu’au 1er septembre 2009, «ce petit différent ne touche pas profondément la vie de la communauté …J’ai une profonde estime pour le maire avec qui je m’entends très bien. Il y a un différent, c’est un problème de loi, il ne faut pas que cela dégénère»
Jeudi matin, sur le traditionnel marché de Massat, pas un mot sur cette querelle de clocher… Preuve que les voies du seigneur sont impénétrables.
Plus d'informations (Extraits du Conseil Municipal et courriers - PDF, 1.6 Mo)
Photos et vidéo: © AriegeNews TV 2009
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