Le photovoltaïque agricole en Ariège, oui, mais pas à n'importe quel prix!
Alors que la chambre d’agriculture s’apprête à lancer une quatrième vague d’appels d’offres en matière d’installation photovoltaïque, certains agriculteurs ariégeois échaudés reviennent sur leurs expériences malheureuses.
Bernard Bros est éleveur bovin sur la commune de Bélesta (60 ha d’une propriété très morcelée). Il a cédé aux chants des sirènes, séduit par les propositions alléchantes des entreprises photovoltaïques qui livrent les infrastructures clé en main. En 2008 après l’épidémie de fièvre catarrhale qui a disséminé son troupeau d’ovins, il voit à travers la construction de ce nouveau hangar un investissement pour l’avenir.
Le principe du clé en main c’est du baratin
L’agriculteur met à disposition un terrain en contrepartie l’entreprise se charge de tout, des démarches administratives à la réalisation du bâtiment agricole doté d’une toiture photovoltaïque.
Les revenus qui en découlent sont pendant 20 ou 30 ans, en fonction du contrat, reversés à l’entreprise afin de financer les coûts d’amortissement de l’investissement initial (elle se paie largement les travaux, l’installation et les branchements).
Passé ce délai, l’agriculteur devient propriétaire de l’installation et du bâtiment. Selon Bernard Bros ce concept aurait séduit une vingtaine d’agriculteurs depuis 2008, mais avec des fortunes diverses.
La bulle de la filière photovoltaïque n’a pas duré, le prix du rachat de l’électricité a tout simplement été divisé par 3 entre 2009 et 2012, beaucoup d’entreprises ont connu des difficultés (cessation d’activité, rachat, etc.) si bien qu’au final les particuliers, les agriculteurs ou les collectivités locales qui ont choisi ce type d’installation n’ont plus les mêmes interlocuteurs qu’au départ, perdant souvent en proximité ou en fiabilité.
Une proposition alléchante, mais qui a très vite posé ses limites
Après l’épidémie de FCO, Bernard n’a pas le moral, il a perdu la moitié de son troupeau ovin et choisit cette option pour faire construire une stabulation neuve et un hangar de stockage: «je savais que les banques ne me suivraient jamais, c’est pour cette raison que j’ai opté pour cette solution».
Il dessine les plans d’un grand bâtiment dont le permis de construire est refusé, car trop haut en raison de la proximité de la Chapelle Notre Dame du Val d’Amour.
Bernard opte alors pour deux bâtiments : un pour le stockage (400 m2 de panneaux solaires) l’autre pour la stabulation (810 m2 de panneaux solaires).
Il doit réaliser à sa charge le terrassement, le chemin d’accès au site, l’aménagement initial (eau, électricité) en contrepartie, la société toulousaine prend tout en charge, du bâtiment au branchement, soit un investissement proche d’un million d’euros.
Les travaux débutent en septembre 2011: «j’avais hâte, confie l’éleveur. Car suite au terrible incendie qui a dévasté mon exploitation au mois d’avril, je n’avais plus de tunnels, plus de bâtiments, plus rien.
De son côté la société de photovoltaïque était elle aussi pressée, car la date limite d’achat à 60 cts d’euro le kW heure arrivait à terme fin décembre. J’ai installé mes bêtes dans la stabulation en avril 2012».
Des problèmes juridiques
Mais une fois que l’euphorie retombe, commencent les soucis: une croix de stabilité située en plein milieu du bâtiment d’élevage qui occasionne beaucoup de gène tant pour l’agriculteur que pour le cheptel, un local technique qui prend beaucoup plus de place que prévue et au premier semestre 2012 toujours pas de bail en vue.
«Malgré les courriers de mon notaire, impossible d’avoir le bail et donc d’assurer les bâtiments»
Pour éviter tout risque d’incendie, la paille est stockée à l’extérieur aux intempéries et notre agriculteur est obligé de saisir le tribunal en septembre pour contraindre l’entreprise à fournir ce document pourtant indispensable.
En même temps un huissier constate les infiltrations d’eau, les aménagements non effectués, la façade non crépie, les écoulements anarchiques.
«Fin 2012 nous n’avons toujours pas de bail, mais l’entreprise est condamnée à faire un certain nombre de travaux qu’elle réalise en partie l’été suivant: enrochement, renforts… elle s’engage a curer le fossé derrière la stabulation une fois par an et le bail est enfin signé le 18 avril 2014, soit trois ans après le début de travaux !»
L’agriculteur peut enfin assurer ses bâtiments et malgré les retards, commencer à aménager son exploitation.
Les veaux prennent l’eau et l’entreprise en charge de l’entretien fait la sourde oreille
Cependant après les fortes précipitations de ces derniers jours, Bernard rencontre de nouveaux désagréments.
Le fossé derrière sa stabulation n’a pas été entretenu comme s’était engagée l’entreprise photovoltaïque: «il supporte une réserve incendie de 90 m3 imposée par le SDIS et je vois dégringoler le talus a chaque violent orage, tant et si bien que depuis la semaine dernière l’eau inonde le box dans lequel sont installés les veaux.
Je suis obligé de pailler plusieurs fois par jour… Mais au final cela a un coût, car je dois acheter cette paille… malgré mes sollicitations l’entreprise fait la sourde oreille. Il n’y a pas de suivi, c’est le principal grief que je leur fais aujourd’hui.
Sur cette opération nous avons perdu beaucoup de temps, j’ai perdu du fourrage (donc de l’argent) et il y a un vrai préjudice moral, car nous avons passé trois ans de stress… La règle zéro investissement est dans la plupart des cas erronée car même si ce sont de petits travaux, mis bout à bout ce sont des investissements à notre charge.
Et qui nous garantit à la fin du contrat le bon fonctionnement de l’installation (elle n’est pas entretenue) ou son démontage si l’entreprise met la clé sous la porte ?»
Un collectif pour anticiper et mieux se défendre
Autant de questions qu’il est légitime de se poser. Bernard Bros sait que son cas est loin d’être un cas isolé: agriculteurs, particuliers collectivités territoriales rencontrent certainement les mêmes déboires.
Aussi cherche-t-il à créer un collectif afin d’avoir davantage de poids pour se défendre.
Il invite tous ces particuliers ou personnes morales à rejoindre son combat contre les arnaques du photovoltaïque.
Contact
Bernard Bros
Earl du Val d’Amour 09300 Belesta
06 77 45 17 70
[email protected]
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