L'ascenseur de retour au Chêne Pointu, symbole des copropriétés à la dérive

© AFP/Archives - Alexander Klein
"J'ai vu l'ascenseur, j'ai dit Alleluïa !": pour des centaines d'habitants du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois contraints de s'en passer depuis plus de deux ans, le retour de l'ascenseur fait naître l'espoir d'une vie normale, dans l'une des plus grandes "copropriétés dégradées" de France.
"Je montais et descendais la poussette tout seule, avec le bébé dedans. Les gens passent à côté, ils ne t'aident pas", raconte Yvonne Lopez, une maman de 26 ans qui élève ses enfants dans un appartement du 5è étage de cette banlieue populaire de Seine-Saint-Denis.
Au bâtiment Ladrette, le premier à bénéficier des ascenseurs mis en service cette semaine, les porteurs, qui aidaient les habitants à monter leurs courses chez eux, ont disparu.
Saïda Daoudi n'a pas eu l'idée d'appuyer sur le bouton en sortant de chez son médecin. "On a tellement pris l'habitude de le savoir en panne... Il est devenu invisible !", dit-elle dans un sourire, au côté de sa mère de 72 ans, qui peine à descendre l'escalier.
Au total, 16 ascenseurs, dont les copropriétaires ne parvenaient même plus à payer la maintenance, doivent être remplacés dans les prochains mois. "La vie quotidienne reprend, on a vu une famille prendre l'ascenseur avec 10 packs d'eau" et un gros chariot, ce que les habitants du Chêne Pointu ne pouvaient plus se permettre, décrit Nathalie Izquierdo.
Avec deux autres travailleurs sociaux, elle est postée dans le hall aux murs jaunes décatis, pour présenter "leur" ascenseur aux habitants : "Il faut que les gens prennent conscience que c'est un appareil qui rend service, qu'il faut en prendre soin".
"Ne plus être assigné à résidence, c'est pas mal", se réjouit Célestine Anssou, libérée de l'angoisse du portable oublié lorsqu'elle descend de son 9e étage, où elle habite depuis 30 ans.
"On doit aussi redresser les gens""Dans l'ascenseur, on ne bouge pas! On fait les statues et on ne joue pas avec les boutons !" professe-t-elle à Bintou et Shwahibou, deux bambins qui traînent un cartable à roulettes. "On peut quand même parler, dedans ?", s'enquiert le petit garçon.
"Je pense que ce ne sera pas vandalisé. Les gens, ça leur fait tellement plaisir", dit Aysun Varlik, qui a lancé un journal de la résidence, "Ici et ailleurs", pour retrouver une certaine "complicité" entre habitants.
"J'habite depuis 24 ans ici. Au début, c'était fleuri, ça brillait", ajoute cette femme de 51 ans qui paie chaque trimestre 1.200 euros de charges pour son 3 pièces, et veut croire que ces copropriétés en plein centre de Clichy-sous-Bois ont touché le fond lors de leur mise sous tutelle par les pouvoirs publics.
"Les appartements squattés, on en voit de moins en moins, et maintenant quand un logement est vide, la porte ouverte, on informe le gardien", relate-elle.
"On ne doit pas redresser que la copropriété, on doit redresser aussi les gens" en retissant des liens, renchérit Abdelkrim Bordji, de Citémétrie, l'organisme chargé par la mairie d'accompagner la rénovation.
Les ascenseurs - 2,6 millions d'euros, payés à plus de 90% par l'Agence nationale de l'habitat et l'Île-de-France - ne sont que la partie la plus visible du programme, qui prévoit aussi d'améliorer les toitures et l'isolation, et de fermer les halls.
"Les habitants voient que l'action publique finit par porter ses fruits", juge le maire PS Olivier Klein, soulignant qu'il ne s'agit "que d'une étape vers la réhabilitation totale du Chêne Pointu" et du centre-ville.
A la dérive depuis des années, le Chêne Pointu est un symbole des "copropriétés dégradées" dont les habitants sont étranglés par les charges et l'entretien n'est plus assuré. Au total, les deux copropriétés (l'Etoile du Chêne Pointu et le Chêne Pointu) construites à la fin des années 1960 comptent plus de 1.500 logements, répartis en 18 bâtiments.
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