accueil  |  ariège   |  france

Foix: jour de colère pour les pharmaciens Ariégeois dans la rue

© midinews 2014

Malgré une météo dantesque ce mardi matin sur la cité comtale, plus d’une centaine de manifestants, des pharmaciens, mais aussi des préparateurs en pharmacie, ont battu le pavé pour défendre leur profession menacée par le projet gouvernemental de réforme des professions réglementées.

Abrité sous une marée de parapluies, le cortège a rallié l’ancien hôpital à la préfecture sous une pluie battante, mais au son des sifflets, cornes et autres slogans: «les supermarchés vont nous faire crever !» «les préparateurs sacrifiés» ou «l’aspirine ce n’est pas de la farine !»
Un monopole menacéDans les rangs des manifestants des pharmaciens installés depuis de longues années qui ont souvent du mal a maintenir les emplois salariés de leurs officines, mais aussi des jeunes comme Sébastien qui après de longues années d’étude, vient de contracter de lourds emprunts pour faire l’acquisition de son fonds de commerce: «si nous faisons grève aujourd’hui c’est que l’État veut s’attaquer aux trois piliers de la pharmacie.

Le monopole de la délivrance des médicaments qui permettrait leur vente dans les grandes surfaces sans aucun contrôle pour le patient ; le capital des pharmacies livré à des capitaux privés (les officines appartiendraient à des banques ou des fonds de pension), les pharmaciens ne pourront plus remplir leur mission de service public ; et enfin le numerus clausus qui permet à l’État de limiter le nombre de professionnels sur un territoire afin d’en assurer une répartition harmonieuse et de garantir l’accès aux soins à tous.

C’est particulièrement difficile d’avoir des crédits pour monter son entreprise et la situation économique actuelle fait que la pression devient de plus en plus forte. À terme les gens ne pourront plus s’installer et ceux qui le pourront choisiront les zones à forte rentabilité, augmentant ainsi la désertification médicale
»

Christelle est préparatrice en pharmacie. Si elle manifeste ce mardi c’est pour tirer la sonnette d’alarme, car avec de telles mesures bon nombre de pharmacies vont mettre la clé sous la porte: «nous sommes le dernier maillon entre le patient et le médicament, en mesure d’assurer conseil, suivi de la prescription, mise en garde contre des effets secondaires…

Une fois en vente libre dans les grandes surfaces qui pourra garantir la sécurité des patients ?
»
Une grève historique De mémoire de pharmaciens on n’avait jamais vu une telle mobilisation, les 56 officines n’ont pas hésité à baisser le rideau ce mardi afin de protester contre le projet lancé l’été dernier par Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Économie visant à déréglementer 36 professions dans le viseur de Bercy sous prétexte de «redonner du pouvoir d’achat aux Français»

Qu’ils soient notaires, huissiers, avocats, dentistes, chirurgiens… ou pharmaciens, les professions libérales pour la première fois d leur histoire ont annoncé pour le mardi 30 septembre «une journée nationale sans professionnels libéraux» telle l’exaspération du terrain est grande. Certains sont déjà descendus dans la rue comme les huissiers ou les notaires, mais la révolte gronde et la fronde s’organise: les pétitions en ligne circulent, des actions de lobbying auprès des élus locaux, des parlementaires sont engagées et des actions ciblées en direction des usagers se préparent.

«Nous sommes là pour faire comprendre aux Ariégeois que le système de santé de proximité est en danger si on laisse faire, précise Stéphane Mas, coprésident des Pharmaciens de l’Ariège installé à Vicdessos. Dans les territoires ruraux comme les nôtres où l’on enregistre un fort vieillissement de la population, nous sommes les derniers remparts contre la désertification médicale.

Nous avons parlé de nos craintes avec la représentante du préfet, car ce projet de loi au niveau local va accélérer la fermeture des officines, limiter l’accès aux soins pour la population rurale et montagnarde
»

Les pharmaciens ne sont pas contre tout projet de loi, mais bien contre ce projet de loi pris sans concertation, modifiant la façon préjudiciable la façon d’exercer et la santé publique.

«Les suites à donner à notre mouvement dépendent de la concertation et de l’écoute que l’on aura auprès de notre ministre.  

Nous avons remis un dossier à la directrice des services du cabinet, faisant état de nos revendications. Elle les fera remonter au ministère
».

Laurence Cabrol | 30/09/2014 - 19:28 | Lu: 31155 fois