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La cession-reprise d'entreprise en Ariège: de l'essai à la transformation

© midinews 2014 - Auremar

Dans le cadre de la quinzaine de la transmission reprise, la CCI de l’Ariège vient d’organiser un atelier thématique piloté par Midi-Pyrénées Expansion, en présence des partenaires institutionnels et du réseau d’experts intervenant en matière d’accompagnement (banques, financeurs avec Initiative Ariège, experts comptables, consulaires, agences de développement), avec l’intervention de Bruno Barbe, responsable de la chambre interdépartementale des Notaires de la cour d’appel de Toulouse. 

Pour Nicolas Couvreur, directeur de la CCI «le développement de la cession-reprise d’entreprise repose en Ariège sur l’endogène, nous avons finalement assez peu de porteurs de projets qui viennent s’installer ici et développer des activités. La transmission est un enjeu considérable pour notre département surtout que d’après les chiffres, un chef d’entreprise sur deux à plus de 50 ans. Il y a un véritable travail de détection et de sensibilisation à réaliser par nos services en amont».
Il faut entre 3 à 5 ans pour préparer une cession d’entreprise
Des enjeux qui semblent évidents pour les intervenants dans le cadre de ce forum, mais qui le sont peut-être moins pour les chefs d’entreprise locaux.

Car si on s’en tient aux chiffres dans les dix ans à venir la moitié des entreprises ariégeoises vont changer de propriétaires… ou disparaitre. D’où le mot d’ordre de la CCI: «ANTICIPER».

Pour aller contre des idées reçues les intervenants ont rappelé l’impérieuse nécessité de préparer la transmission: «souvent on s’imagine que l’on peut tout faire seul… l’expérience prouve que ce n’est pas le cas!

Il faut compter entre trois et cinq ans pour céder une entreprise dans de bonnes conditions
» précise Joëlle Rolland Wyon, responsable des formalités Création, Transmission, reprise.

«On doit sensibiliser les gens en amont pour mettre l’entreprise sur les rails (aspects financiers, juridiques et sociaux…) réaliser un prédiagnostic transmission, travailler sur les points à améliorer. Il y a aussi l’aspect réglementaire, la mise aux normes ne doit pas être un obstacle à la reprise, mais une aide pour faciliter la vente».
Faire en sorte que la mariée soit la plus belle possible
Pour Nicolas Couvreur «il faut faire en sorte que la mariée soit la plus belle possible !»

Une entreprise valorisée au prix le plus juste, c’est l’objectif de cet accompagnement permettant au cédant comme au repreneur de trouver son compte.

On n’est cependant pas à l’abri d’interactions avec des facteurs extérieurs qui peuvent brouiller les cartes comme le facteur temps (plus un cédant est pressé de vendre moins il vend correctement son outil de travail) le nombre d’acquéreurs potentiels intéressés par l’entreprise  ou la concurrence à la reprise.

Bruno Barbe souligne que la partie juridique fait partie du «package»: les contrats qui lient l’entreprise, les salariés, les baux sont autant de choses que l’on transmet au repreneur et pour le coup «la fiancée doit être la mieux habillée possible avant le mariage», car transmettre un outil de travail fonctionnel avec des contrats à jour (contrats liant l’entreprise avec les tiers, les salariés), en conformité avec la législation, parait être le minima de ce que l’on attend.

D’où la nécessité de s’entourer de conseils. Alain Rochet président d’Initiative Ariège attrape la balle au bond: «l’an passé 15 à 20 dossiers sont passés chez nous avec un financement entre 10 et 20 % du montant du rachat. Nous examinons toujours l’adéquation entre le repreneur et son projet d’entreprise».

Les banques, on le voit tous les jours sont un peu frileuses en matière de financements, mais cela n’empêche pas Beatrice Fornasari, présidente de la fédération bancaire française de l’Ariège de se poser en faux: «le travail en amont est gage de réussite et les résultats sont plus importants en matière de transmission d’entreprise que de création (bien qu’il y ait aussi des réussites en matière de création). La fédération bancaire vient de mettre en service un site: aveclespme.fr donnant quelques informations pratiques pour améliorer le dialogue avec son banquier».
Témoignage: quand l’affect pollue la transmission
À travers son témoignage Isabelle Marty, commerçante à Saint-Girons a évoqué les problèmes qu’elle a rencontré pour céder son commerce.

«Céder une entreprise on peut imaginer le faire seul, on a les chiffres, les contrats, les réseaux, les baux… par contre ce qu’on est loin d’anticipe c’est la masse de sentiments qui peuvent venir polluer toutes ces démarches et mettre des entraves à cette aventure-là: la culpabilité, le sentiment d’échec, celui de ne pas avoir réussi sa vie, la fin d’une étape...

Quand l’affect s’en mêle, c’est terrible et si on ne se fait pas accompagner on perd vite pied et on ne va pas jusqu’au bout. Il faut dépasser l’aspect émotionnel lié à la cession pour pouvoir se projeter dans le futur
»

Pour conclure si l’analyse juridique — complétée par l’analyse comptable et financière — est indispensable tant pour le cédant afin de présenter efficacement son entreprise que pour le repreneur pour prendre la mesure de ses engagements, une cession-transmission sera pleinement réussie que s’il y a de l’anticipation.

Laurence Cabrol | 27/11/2014 - 18:59 | Lu: 13295 fois