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La Fédération du Bâtiment et des Travaux Public de l'Ariège espère un rebond pour 2015

© midinews 2015

La filière du BTP broie du noir. Chaque jour un nouveau clignotant passe au rouge. Et les perspectives à court terme sont mauvaises.
Le cri d’alarme de la fédération du BTP
Il y a bien longtemps que le célèbre adage «quand le bâtiment va, tout va » n’est plus d’actualité dans le département de l’Ariège.

Et pour cause depuis plusieurs années, le secteur enregistre une perte cumulée d’emplois (-600 salariés de 2008 à 2012) un tassement significatif du chiffre d’affaires (de -10 à -25 % selon des branches) et les perspectives pour 2015 ne sont pas à la fête comme l’indique Alain Leroux, président de la FBTP de l’Ariège en ce début d’année.

«Nous espérons que les mesures prises dans le cadre de la rénovation énergétique apportent bientôt leurs fruits et que le particulier s’approprie les aides pour réaliser des travaux, car la commande publique est au plus bas et nous redémarrons l’année avec des carnets de commandes en peau de chagrin».

À la tête d’une entreprise de menuiserie, Alain Leroux a dû lui aussi se séparer de quatre personnes en deux ans: «c’est la première fois depuis 30 ans que cela nous arrivait… C’est une période en dent de scie, nous avons une visibilité sur trois mois et dans les TP c’est à la semaine».

La baisse des dotations de l’État aux collectivités locales, inscrite dans le Budget, se traduira dès cette année par un manque à gagner de 3,7 milliards d’euros dans le secteur au niveau national. Confrontées à cette nouvelle baisse annoncée, certaines sociétés doivent tout simplement mettre la clef sous la porte, licencier, ou se placer sous la protection du tribunal de commerce (au terme de l’année judiciaire 2014, c’est le bâtiment qui a versé son plus lourd tribut dans les contentieux commerciaux dans notre département).

«À force de faire le dos rond en attendant une embellie qui tarde, nos entreprises s’asphyxient… la situation est catastrophique en terme de disparition d’emploi» poursuit le président Leroux qui redoute l’année à venir.

Car après quatre ans d’une baisse continue des effectifs salariés, la FBTP09 redoute les signaux contradictoires qui brouillent une bonne visibilité de la politique du gouvernement: «la relance des travaux dans le bâtiment par la rénovation énergétique est une excellente initiative, mais le compte personnel pénibilité est d’une extraordinaire complexité, sachant que les entreprises sont de plus en plus tentées par le recours aux travailleurs détachés, toutes ces complications administratives les incitent davantage à faire appel à ces salariés venant d’autres pays de l’Union européenne».

Une concurrence autorisée depuis une directive européenne de 1996, mais qui bien souvent peut aussi être illégale.

Selon la loi, pour travailler en France, un travailleur étranger doit être payé au SMIC, travailler 35 heures, être logé et nourrit. En échange, la société paye les charges sociales dans le pays d’origine, jusqu’à 30 % de moins qu’en France.

Mais les abus en tous genres seraient très nombreux: selon la Cour des comptes, ces emplois non déclarés dans le secteur du bâtiment représenteraient un manque à gagner de 380 millions d’euros de cotisations sociales par an.

Une concurrence jugée déloyale par les professionnels: «on s’aperçoit que les moyens mis en œuvre pour les contrôles ne sont pas à la hauteur (3,5 personnes en Ariège), souligne Alain Leroux qui depuis longtemps a identifié le problème dans le département. Nous allons prochainement signer une convention en Préfecture avec le syndicat des SCOP et la CAPEB pour essayer d’endiguer ce problème, mais il faut que cela soit suivi d’effets. En haut lieu on en a déjà pris la mesure.

Les Douanes pourraient être sollicitées pour réaliser les contrôles en Ariège. Il faut que tous les acteurs soient être conscients de la problématique, car si l’offre est anormalement basse, il faut chercher pourquoi… quoi qu’il en soit nous espérons voir enfin le bout du tunnel !
»

2015 est une année électorale (mars élections départementales et décembre élections régionales), rien de bon au niveau conjoncturel selon le président de la FBTP, car aucune décision n’est prise, tout semble cristallisé: «on enregistre toujours une lenteur d’exécution entre les projets et leur mise en œuvre d’où la simplification administrative appelée de nos vœux… mais il faut avoir les moyens d’engager des travaux, les collectivités n’ont souvent plus les moyens ou sont dans l’expectative à la veille des élections. On espère qu’il y aura un déclic et que l’on fera preuve d’un certain patriotisme économique en faveur des entreprises locales».
Les Travaux publics dans l’urgence
Même constat dans les Travaux publics, une profession qui dépend à 70 % de la commande publique.

Aujourd’hui l’heure n’est plus aux grands investissements, mais aux économies d’échelle. Selon Laurent Audoye, le vice-président de la FBTP de l’Ariège en charge des Travaux publics, tous les types de chantiers sont menacés: «l’eau, l’assainissement, l’électricité, les nids de poule.

Nous sommes dans l’urgence, nous avons enregistré en 2014 une baisse d’activité de -10 % et nous nous attendons à une nouvelle baisse en 2015, soit en deux ans un tassement entre -15 à -20 % de notre chiffre d’affaires.

Nous sommes obligés d’adapter les effectifs à la baisse d’activité. Il faut savoir que dans les départements ruraux elle dépend à 80 % directement des collectivités publiques et de leurs investissements. Aujourd’hui avec la réorganisation des de ces collectivités (Communautés de communes, conseils généraux et régions) nous sommes dans un flou artistique.

Les élus attendent de voir avant de faire avancer leurs projets ou d’autres en début de mandat n’ont pas encore de projets… bref mis bout à bout ce sont autant de facteurs aggravants qui nous font craindre une année 2015 difficile
».

Si la majorité des entreprises sont contraintes d’adapter leurs effectifs à l’activité, d’autres ont du faire appel en début d’année à une activité partielle «les entreprises ont essayé de limiter les conséquences avec ces mesures de chômage partiel, mais si cela devait continuer on va vers une importante perte d’emplois».

Un manque de lisibilité qui incite Laurent Audoye à faire appel aux élus «malgré toutes ces contraintes, continuez à investir, les besoins sont là pour les routes, les aménagements, la sécurité… il faut trouver des pistes et pourquoi pas avoir recours au crédit ou renégocier les emprunts pour terminer ou démarrer les projets !»

Il y a quelques semaines à Toulouse, le secteur du Bâtiment est descendu dans la rue pour crier son désarroi: «c’était la première fois poursuit le vice-président de la FBTP, preuve que le malaise est profond.

Nous souhaitons également sensibiliser l’association des maires et des élus de l’Ariège sur la problématique de la rédaction des marchés publics en privilégiant quand c’est possible les entreprises locales… quand ça va mal, il faut se serrer les coudes !
»

En Ariège le secteur du bâtiment et des travaux publics compte près de 2000 entreprises (de l’artisan aux grandes entreprises). De 2008 à 2012, il a perdu 600 emplois directs.

Voir à ce propos la position du Président du conseil général de l'Ariège

Laurence Cabrol | 19/01/2015 - 18:35 | Lu: 21015 fois