Les postiers promus examinateurs du permis de conduire, auditeurs techniques, livreurs de marchandises... de nouvelles casquettes pour les facteurs ?
© midinews (archives)Ce lundi plusieurs centaines de voitures auto-école ont mené des opérations escargot afin de protester contre la réforme du permis de conduire en cours d’examen dans le cadre de la loi Macron.
Les professionnels s’inquiètent entre autres du recours possible, introduit par ce nouveau texte, à d’autres intervenants que les inspecteurs pour les examens pratiques du permis de conduire, notamment des agents de la Poste.
Sans revenir sur la teneur de ce projet de loi, force est de constater que les postiers sont depuis quelque temps mis à toutes les sauces. A la fin de l’année, le Conseil général de Vendée a signé une convention avec la Poste permettant aux préposés d’avoir une casquette de conseiller en rénovation énergétique.
De quoi s'attirer l’ire de l’Union Nationale des Diagnostiqueurs Immobiliers (UNDI) relayée par le vice-président de cette association, l’ariégeois Paul Subra.
«Le postier après le courrier devient par magie auditeur technique, je n’y crois pas trop ! C’est bizarre, car pour être diagnostiqueur titulaire de la certification en performance énergétique, il faut un bac+2 en technique du bâtiment !
L’UNDI a saisi le mois dernier la ministre de l’Ecologie pour mettre fin à cette initiative. Notre métier souffre la fois de la crise immobilière, mais également des manquements aux obligations légales (dossier technique amiante qui ne sont pas faits, ou ne sont pas à jour, repérages amiante avant démolition, diagnostic plomb rarement fait en location, etc).
Le simple fait de respecter les lois et textes actuels suffirait à insuffler une bouffée d’air frais économique à de nombreux cabinets et donc à soutenir l’emploi de centaines de diagnostiqueurs immobiliers… Que chacun reste et travaille dans son rôle»
De nouveaux services proposés aux facteurs pour lutter contre la baisse des volumes de courrier à distribuer
Il est légitime que chacun défende sa paroisse. Pour autant le débat est d’actualité que ce soit par le prisme de la très controversée Loi Macron où la défense du service public prend toute sa dimension, mais également au sein de La Poste au regard de la baisse significative du trafic du courrier.
Un sujet sensible pour certains syndicats comme la CGT, très remontée contre la loi Macron, et qui a botté en touche (personne n’a souhaité s’exprimer sur ce sujet).
Pour Christian Dupuy, secrétaire départemental Sud-la Poste, il s’agit d’un effet d’annonce : «le PDG de la Poste a annoncé à l’horizon 2020, 200 M€ de chiffre d’affaires, ces nouveaux métiers (que ce soit relever les compteurs pour EDF ou faire passer le Code de la route) ne représentent que 0,9 % de cette somme, soit une goutte d’eau. La position de Sud est claire : nous sommes contre ces nouveaux métiers qui représentent une source anecdotique de revenu.
La Poste modifie déjà l’organisation du travail des facteurs en leur imposant une pause méridienne de 45 minutes non rémunérée pour travailler plus tard dans l’après-midi… aujourd’hui on met la charrue avant les bœufs. La Poste réorganise tous les deux ans la distribution et chaque fois c’est au détriment des emplois.
En 2014 nous avons encore perdu 12 000 postiers ce n’est pas en leur faisant passer le Code de la route que cela va améliorer la situation. On ferait mieux de se recentrer sur notre cœur de métier, le mieux possible dans l’esprit du service public»
De son côté la fédération FO Com développe: «Le débat est d’actualité, il dépasse la problématique du permis de conduire et balaie les nouveaux services proposés aux facteurs, explique Patrick Nolde secrétaire interdépartemental FO Com. En effet le facteur a une particularité, il est apprécié de sa clientèle et présent sur tout le territoire. La loi Macron veut maintenir le service public et notamment la Poste.
Il propose d’utiliser la présence de maillage territorial et développer les services des facteurs, dont la mission régalienne, celle de la distribution du courrier est en perte de vitesse. On estime à l’horizon 2020 une perte de -50 % du trafic du courrier.
Notre fédération au niveau national a entendu les propositions qui font débat, les mécontentements des professionnels des Auto-écoles et des postiers. Elle n’est pas défavorable à développer de nouveaux services notamment quand on est en grande difficulté (comme c’est le cas)
On ne peut pas reprocher de vouloir donner du travail aux facteurs, notamment en milieu rural où il y a vraiment de gros soucis. André Coste, le directeur des Services colis à Toulouse (l’Ariège est couplé au Gers et à la Haute-Garonne pour la distribution) rappelle que l’essence même du métier de facteur c’est de distribuer le courrier, mais il ne s’oppose pas a de nouveaux services notamment en partenariat avec des chaines de magasins, ou avec les pharmaciens, la livraison de médicaments à domicile.
On voit également en ville comme à Toulouse des partenariats avec SFR ou Pôle Emploi qui permettent par le biais du passage régulier du facteur de faire des enquêtes locales. Lors du congrès FO de Tours la semaine dernière il a été question de ces nouvelles prérogatives attribuées aux facteurs, mais ils devront être formés et leurs nouvelles missions strictement encadrées, notamment en prenant compte des cadences de distribution»
Demain ce sont donc de nouveaux services dans la musette des facteurs, essentiellement des services à la personne en milieu rural, développés dès à présent sous le cigle Portéo : Portéo Médical, un service de portage de médicaments à domicile par le facteur pour les personnes isolées et à faible mobilité et permet au pharmacien d’offrir à ses clients l’accès simplifié aux médicaments ou Portéo Médiathèque, un service de portage de produits pour permettre l’accès à la culture aux personnes isolées et à faible mobilité.
«La poste a également commencé à lancer un certain nombre de services nouveaux en ville, poursuit Patrick Nolde. Recy’Go permet aux entreprises de s’inscrire dans une démarche environnementale en recyclant leurs vieux papiers. A Toulouse, un partenariat s’est noué avec la Société Midica qui permet au facteur de livrer du petit électroménager»
Le représentant syndical est conscient du dilemme que rencontrent les postiers face à ces nouvelles missions. «Soit on est contre par principe, le métier premier du facteur étant de distribuer du courrier et on rejette dans leur ensemble les propositions du siège parce que l’on ne veut pas marcher dans ce système. Soit on est favorable à ces nouvelles propositions en tenant compte qu’en jouant sur ces marchés, on les prend nécessairement à la concurrence.
D’où la nécessité d’être parfaitement cadré tant en interne qu’avec les autres professions (il est question de travailler en partenariat avec les cabinets d’assurance : pour éviter le déplacement d’un expert, on demandera au postier de faire des photos des sinistres). Quant à l’apprentissage du permis de conduire, cette mesure ne serait pas dévolue à tous les postiers, mais aux agents déjà formés à la prévention, à l’éco-conduite, des spécialistes de la sécurité routière»
Derrière le tassement du trafic postal et la réorganisation de la distribution, il y a de fortes inquiétudes chez les postiers comme l’indique le responsable FO : «Pour le permis de conduire il s’agit d’un effet d’annonce retentissant.
Nous partons du principe que la Poste doit expérimenter ces nouveaux métiers. Actuellement nous demandons davantage de communication, il faut savoir écouter les facteurs, les organisations syndicales… on peut comprendre que les facteurs soient réticents à ce brusque changement dans leur méthode de travail… c’est pour eux un choc culturel»
dans la même rubrique
- Élections départementales: Eliane Sibra et Daniel Géraud candidats sur le Canton de la Haute-Ariège communiquent
- La RSE au menu de la chambre des Métiers de l'Ariège
- Immobilier en Ariège: tassement des prix, c'est le moment d'investir
- Brikawood: une maison en bois qui se monte comme un jeu d'enfant sort de terre en Pays d'Olmes
- Emploi en Ariège: très légère hausse du nombre de demandeurs d'emploi en février
- La Société Centrale d'Eclairage demande un délai supplémentaire au tribunal de commerce
- Foix au coeur des études de marchés en 2016
- Mirepoix: quand les formations SARAPP du GRETA débouchent sur des CDI
- Filature de Dreuilhe: un consortium industriel belge a déposé une offre de reprise
- Foix: le CFA ouvre ses portes vers l'apprentissage
- Semaine nationale de l'artisanat: Emile Rodriguez, fier d'être garagiste!
- Mapaero: histoire d'une «success story»
- Une startup ariégeoise à l'assaut de l'empire du Milieu
- Fashion Company: liquidation actée et mise en délibéré au 18 mars
- Grève au Centre Hospitalier Ariège Couserans: fin du conflit, retour à la normale
- «Projets Loco» lance les 2 premières collectes de financement participatif dédié à l'Ariège






