Effroi et indignation après la découverte de restes de victimes juives du nazi August Hirt
© AFP - PATRICK HERTZOG
"Les bocaux se trouvaient au musée de l'institut de médecine légale. C'est intolérable!": A Strasbourg, la découverte de restes de déportés gazés sur ordre du médecin nazi August Hirt suscitait lundi stupeur et indignation au sein de la communauté médicale et scientifique.
48 heures après les révélations sur la découverte de restes de déportés du camp de concentration de Natzweiler-Struthof, gazés sur ordre du médecin anatomiste SS August Hirt en 1943, l'embarras est palpable dans l'institution installée dans le quartier de la faculté de médecine de Strasbourg.
Face à l'insistance des médias, le directeur de l'institut, Jean-Sébastien Raul, accepte d'ouvrir la porte grise de la salle "147" du "Musée François Hildwein" qui renferme la collection de pièces de l'institut, mais pour quelques instants seulement.
"Le bocal et les deux éprouvettes sont encore ici", assure M. Raul à l'AFP faisant référence à ces fragments de peau et ces pelures de pommes de terre prélevés sur des victimes du Struthof et découverts le 9 juillet dernier, 70 ans après la 2e Guerre mondiale.
Le Struthof, situé en France, est le premier camp de concentration découvert par les Alliés lors de leur offensive à l'ouest de l'Allemagne.
Lieu de détention de 52.000 déportés (dont 22.000 périrent), il fut libéré le 23 novembre 1944.
La chambre à gaz servait essentiellement à des expérimentations de gaz de combat sur les détenus. 86 Juifs, venus d'Auschwitz y furent assassinés et leurs corps entreposés à l'université de Strasbourg. Les nazis voulaient en faire des spécimens d'une race vouée à l'extermination.
"J'ai été surpris", se souvient M. Raul lorsqu'il a découvert dans ses locaux, les pièces prélevées sans doute en 1945-1946 dans l'estomac et l'intestin d'une ou plusieurs victimes par l'ancien directeur de l'institut, le professeur et médecin légiste français Camille Simonin.
Le Pr Simonin avait été mandaté par le tribunal militaire de Nuremberg pour réaliser des autopsies judiciaires sur les corps des déportés.
- "Intolérable et inacceptable" -A la libération de Strasbourg en 1944, ce médecin français devait établir les causes et circonstances de la mort des victimes assassinées au nom d'un projet de "collection de squelettes" du SS August Hirt.
Le chercheur qui a révélé l'existence de ces pièces, le médecin Raphaël Toledano, membre du comité scientifique du Struthof partage à l'AFP son "effroi" et raconte être venu avec dans ses mains avec un élément-clé, un courrier du Pr Simonin de 1952, dans lequel ce dernier évoquait des "scellés" témoignant des atrocités commises par les nazis.
Dans sa lettre Camille Simonin détaillait ses prélèvements et donnait le lieu: "le musée" de l'institut médico-légal.
"On a recherché les bocaux décrits dans la lettre de Camille Simonin et au bout de quelques minutes on a retrouvé un bocal qui contenait des morceaux de peau d'une victime", raconte M. Toledano.
"J'ai eu tout de suite la réflexion que c'était intolérable et inacceptable qu'on puisse retrouver ici des restes de victimes assassinées par les nazis dans le but de devenir des pièces de musée", estime M. Toledano.
Très vite, les deux hommes découvrent aussi deux éprouvettes, l'une d'elle documentant le "contenu d'un estomac" - des épluchures de pommes de terre - qui devait témoigner du dernier repas ingéré par une victime juste avant son assassinat.
"Il y avait une étiquette qui faisait mention d'une victime avec le numéro de matricule 107969 correspondant à une victime qui s'appellait Menachem Taffel", un juif de Berlin déporté vers Auschwitz en 1943, "sélectionné" au Struthof en juin 1943, et assassiné en août.
"Par respect" pour la communauté juive et pour la dignité des victimes et leurs proches, le patron de l'institut a décidé de ne montrer aucun de ces prélèvements.
La polémique autour de l'existence longtemps mise en doute de restes de victimes du nazisme à l'Institut d'anatomie de Strasbourg avait été relancée en janvier après la publication d'un livre du médecin et chroniqueur de télévision Michel Cymès, consacré aux médecins des camps.
Michel Cymès citait des témoignages selon lesquels des coupes anatomiques étaient toujours conservées à l'Institut.
Des chercheurs, l'Université de Strasbourg et l'Institut d'anatomie avaient alors catégoriquement réfuté l'existence de ces restes non inhumés des victimes.
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