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Le renouveau de l'endive ariégeoise passe par la cave de Christelle Record

© midinews 2013

Elle a un petit goût amer unique et un croquant bien agréable… plus que quelques jours et l’endive ariégeoise apportera une note savoureuse dans nos assiettes puisque la première récole est prévue pour Noël.

Mais attention, les quantités sont limitées car il s’agit d’un coup d’essai pour Christelle Record et une poignée d’agriculteurs ariégeois qui ont décidé de jouer la carte de la diversification en s’inscrivant dans un programme accompagné par la Chambre d’Agriculture.

Culturellement, qui aurait pensé faire venir de l’endive dans le département de l’Ariège? Il y avait bien eu un précédent il y a une quinzaine d’années dans la région de Montbrun-Bocage où Alain Boucheron, éleveur, avait tenté l’expérience et professionnalisé cette production «exotique» qui avec ses 18 tonnes par an n’avait rien d’anecdotique. L’aventure a duré une dizaine d’années et puis plus rien.

Actuellement, la France produit 65% des endives européennes, la production est concentrée dans le nord du pays. Au niveau de la région Midi-Pyrénées, il y a bien un producteur dans l’Aveyron mais l’endive reste encore un créneau à saisir.
Une endive ariégeoise de qualité supérieureIl y a quelques années, Eric Rossignol, conseiller à la Chambre d’Agriculture, avait tenté après l’expérience d’Alain Boucheron, de sensibiliser les maraîchers ariégeois mais ce n’était certainement pas le moment.

Aujourd’hui en cherchant à créer une dynamique chez les producteurs dans l’optique de répondre à la demande de la plateforme d’approvisionnement «Terroirs Ariège Pyrénées» mise en place par la chambre consulaire pour les cantines scolaires, le technicien a initié une réunion chez cet ancien producteur d’endives désormais à la retraite pour faire partager son expérience.

Parmi ces agriculteurs, des maraîchers spécialisés mais aussi des céréaliers à la recherche de diversification comme Chantal Chauvin (St Ybars) ou des éleveurs ayant déjà trouvé des activités apportant de la valeur ajoutée sur leur exploitation comme Christelle Record, éleveur bovin viande à Baulou qui a créée au printemps dernier «Mon Potager», un espace de cueillette à la ferme.

«Quand j’ai entendu que pour la culture d’endives, la température devait être de 18° et l’hygrométrie de 95% j’ai tout de suite pensé à la cave à vin de mon mari. Il l’a creusée à même la roche mais le vin ne se conservant pas bien il ne l’utilise plus. Je l’ai réquisitionnée d’office afin de lancer ma culture d’endives»

La culture de cette racine de chicorée n’est pas très répandue dans le sud de la France, elle pousse plus facilement dans le nord, admet Eric Rossignol qui considère cet atelier comme une réelle opportunité.

«Il y a un créneau à saisir car la culture de l’endive est circonscrite dans le temps, de décembre à mars, et c’est une valorisation intéressante car l’endive que l’on trouve dans le commerce est une culture en hydroponique, c'est-à-dire sur un support avec une solution nutritive et le goût s’en ressent. Nous avons préféré opter pour la qualité. Cette année c’est un essai pour l’année prochaine faire plus grand en ayant vu tous les aspects techniques de la production»
Chacun sa technique, Christelle a choisi sa cavePour Christelle dont on connaît l’énergie, cette culture arrive à point nommé, au moment où son activité de maraîchage ne produit plus («Mon potager» est actuellement fermé au public) et sa cave est idéale pour une culture qui nécessite de l’obscurité (c’est dans l’obscurité que l’on obtient les feuilles blanches).

«Chantal a commandé 2 tonnes de racines que l’on s’est partagées puis encore 2 tonnes et demi supplémentaires… de quoi lancer une culture expérimentale»

Chantal Chauvin a préféré tester le «forçage» d’endives à l’extérieur (tranchées creusées en plein champ, les racines une fois plantées sont couvertes de compost, de paille et d’isolant).

Ces racines ont l’aspect de grosses carottes, elles viennent par transport frigorifique de Marne où il y a de grosses exploitations: «je coupe le collet à 2 cm et la racine à 15 cm, elles sont nettoyées puis stockées à 2-4° dans le garage avant de les mettre au forçage, c'est-à-dire de les faire pousser dans l’obscurité de ma cave»

Christelle a choisi de repiquer les racines dans des caissettes de poissonniers en polystyrène remplies de compost arrosé de purin d’ortie avant de les descendre dans l’obscurité de sa cave.

Le chicon, l’endroit où l’endive se forme, pousse lentement pendant 21 jours et si la température varie fut-ce d’un degré il mettra plus de temps à se développer...

«Cette activité est complémentaire, elle va me permettre d’offrir un autre légume de saison sur Mon Potager. La première récolte aura lieu dans quelques jours, je ferai le cassage sur place. Mes clients pourront s’informer de l’avancement de la récolte en consultant mon blog»

Actuellement, Christelle et Chantal étudient de près le prix de vente de ce nouveau produit en vente directe car il va conditionner celui qui sera fait à la plateforme.

«Il ne faut pas se tromper, nous pensons le fixer à 4,20 € le kg, sachant que l’endive hydroponique que l’on trouve dans le commerce est à 1,95 € voire 2 €. Mais ce n’est pas du tout la même endive, c’est un légume gorgé d’eau et de nutriment qui se cultive hors sol»

Le challenge de l’endive ariégeoise est en passe d’être gagné. Rendez-vous dans quelques jours pour la première dégustation.

Renseignements sur le bolg «Mon Potager»: http://monpotager09.blogspot.fr/2013/11/mon-potager-des-legumes-portee-de-main.html

Laurence Cabrol | 18/12/2013 - 18:45 | Lu: 67556 fois