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Comptage flash à l'isard dans le haut Salat

© midinews 2014

Point de fusil ni de cartouches, c’est munis de jumelles et de lunettes que dès 5h du matin aux premières lueurs du jour, par petits groupes les équipes se déploient sur les communes d’Ustou, de Couflens en haut-Couserans mais aussi Luzenac ou Miglos en haute-Ariège.

Soit près de 60 chasseurs par unité, tous très impliqués par ces opérations de comptage à l’isard mises en place depuis une vingtaine d’années par la fédération des chasseurs de l’Ariège.

Ce samedi c’est sur la commune d’Ustou entre la station de Guzet et le col de Gérac que nous rejoignons après quelques heures de marche un point d’observation qui domine un large territoire, alternant espaces boisés et prairies d’altitude. La neige est encore présente par endroits. En face les cascades du cirque de Cagateille, un des plus beaux cirques glaciers des Pyrénées, de part et d’autre un panorama à couper le souffle sur les montagnes du parc naturel Régional Ariège Pyrénées.

L’équipe de comptage est constituée de trois chasseurs qui connaissent sur le bout des doigts le territoire et d’un technicien de la fédération. Ces opérations mises en place tous les ans au mois de juin permettent d’avoir une vision globale des populations d’isard un peu partout sur l’ensemble du département et d’ajuster ainsi les plans de chasse.
Un comptage continu en suivant le même protocole afin d’avoir une idée de l’évolution des populationsLe choix de cette période n’est pas neutre, les naissances ont eu lieu au mois de mai et c’est au cours de la première quinzaine de juin que se constituent les chevrées, c'est-à-dire les groupes constitués des chèvres accompagnées de leurs petits ou d'autres jeunes de l'année, les éterlous (dans cette société matriarcale, pendant la majorité de l’année, à l’exception de la période du rut, les adultes vivent séparément).

Les observateurs vont s’employer à juguler les chevrées pour pouvoir les compter: «Nous regardons s’il y a beaucoup de chevreaux car cela nous permet d’avoir un avis sur l’état sanitaire des populations, indique Laurent Chayron de la FDC09. Depuis les années 2000 l’isard a des problèmes face à la pestivirose, une pathologie qui affecte de façon brutale les chevreaux.

Idéalement si l’on voulait affiner les résultats il faudrait également faire un comptage à l’automne au moment du rut pour savoir qu’elle est la survie des chevreaux. Tout suivi de population est intéressant dans le temps. Chaque année nous réalisons un comptage, nous commençons à avoir une tendance précise de l’évolution des populations de cet ongulé de montagne
»

Après ces comptages, un important travail de dépouillement permettra d’affiner les résultats: «Aujourd’hui il est trop tôt pour se prononcer. Une population ne change pas du jour au lendemain. La chèvre ne fait qu’un petit par an, on ne peut pas avoir une brusque augmentation ou une baisse violente sauf gros problème sanitaire» précise Laurent Chayron.

La tendance à l’évolution n’est pas rapide mais globalement les techniciens s’accordent à dire que l’on a observé une baisse des effectifs depuis 2000.

«Ce qui est encourageant c’est que localement comme ici, on observe des chevrées avec de jolis chevreaux», poursuit le technicien.

Paul Tort connait bien cette montagne. Il est président de la société de chasse d’Ustou et président de l’amicale des chasseurs de montagne. «Ici partout où le regard se pose nous sommes sur la commune d’Ustou, ce sont pas moins de 10 000 hectares pour une centaine de chasseurs qui s’adonnent surtout au sanglier, à l’isard, au chevreuil mais aussi et à moindre mesure à toutes les espèces chassables que l’on peut trouver dans le département.

Le gibier est abondant mais l’on gère les biotopes et les populations pour veiller à un développement harmonieux. Car sans territoire, pas d’animaux, il est utile de faire des aménagements pour augmenter la capacité d’accueil des différentes espèces
»
L’aspect pédagogique de cet exerciceEn dehors de son aspect purement technique, le suivi des populations a un rôle important à jouer dans l’animation de la vie associative.

Les chasseurs se retrouvent en dehors du contexte de la chasse, ils sont sur le terrain et partagent leurs observations, s’enthousiasment de découvrir du concret. Alors que notre petit groupe d’observateurs est focalisé sur l’isard, Alain quant à lui ne voit que des sangliers:

«Vous avez vu, ils sont bien sombres, et là les petits ont perdu leurs pyjamas, ce sont des bêtes rousses, comme le soleil commence à se lever ils regagnent la lisière du bois» En même temps qu’on jumelle, on discute, on échange, c’est du concret.

Pour Laurent Chayron, l’opération est bénéfique: «Quand on commence à se poser des questions, c’est qu’on prend en compte l’aspect gestion des populations. Ici on a la chance d’observer en même temps des sangliers et des chevreuils… Les chasseurs qui participent à ces opérations techniques, se les approprient, ça les responsabilise, ils ont l’impression d’être dans un rôle de gestionnaires d’un territoire et des populations qui s’y développent…»

Pour Paul Tort, le rôle pédagogique est primordial. Il n’hésite pas à accueillir sur site écoles ou touristes curieux et fait régulièrement appel au service technique de la Fédération des chasseurs pour expliquer la vie des animaux qui peuplent sa montagne, évoquer le respect des biotopes pour pouvoir apprécier cette nature généreuse.

Laurence Cabrol | 23/06/2014 - 19:41 | Lu: 27555 fois