Syndicat de rivières: vers une nouvelle stratégie de gestion durable du bassin de l'Ariège
La vallée de L’Hers, la vallée de la Lèze, la haute vallée de l’Ariège... régulièrement le département est confronté à des crues générant d’importantes inondations: des communes fortement impactées, des habitants traumatisés, des entreprises exsangues, des salariés qui perdent leur outil de travail.
Face à l’ampleur inhabituelle et souvent récurrente de ce phénomène, les pouvoirs publics s’organisent (plan communal de sauvegarde) et les syndicats mixtes réfléchissent avec les élus à une politique publique de gestion des rivières et de prévention des inondations.
Ainsi sur le bassin versant de la rivière Ariège les deux syndicats gestionnaires, le SYRRPA pour la plaine et le SYMAR pour les rivières Haute Ariège/Vicdessos, Pays de Foix, se sont associés pour la réalisation d’une étude visant à définir une nouvelle stratégie de gestion pour les quinze ans à venir.
Ce mardi c’est au cours d’une conférence de presse réunissant Gérard Galy, maire de Lercoul, président du SYMAR et Karine Duval, sa technicienne, Olivier Hilaire président du SYRRPA et ses techniciens, Marie Berthelot et Franck Ducasse ainsi que Jean-Guy Ubiergo, responsable du bureau d’étude toulousain MPT (mutation territoriale et perspective) en charge de la communication que les grandes lignes de cette étude ont été présentées.
Son périmètre comprend le bassin versant de l’Ariège depuis l’Hospitalet-près-l'Andorre jusqu’à la sortie du département à Cintegabelle, soit 600 km de rive, 133 communes et 8 communautés de communes.
Bien que coordonnée par le SYRRPA (syndicat mixte de restauration des rivières de la plaine de l’Ariège), elle est réalisée en groupement avec le SYMAR (syndicat mixte d’aménagement des rivières de haute Ariège/Vicdessos/Pays de Foix. Elle est financée par le SYMAR (12,76 %), le SYRRPA (7,24 %), l’Agence de l’eau (50 %), le Conseil Régional (15 %) et le Conseil général de l’Ariège (15 %). Le coût prévisionnel de ce projet est de 196 000 € TTC.
Pourquoi cette étude ?
Il s’agit d’une réflexion conjointe menée avec les élus des territoires concernés en concertation avec tous les acteurs de l’eau, professionnels et société civile à laquelle seront associés les habitants.
Les deux syndicats de rivières ont depuis une quinzaine d’années des compétences d’entretien et de gestion de la rivière et de ses affluents. Mais les cours d’eau conditionnent l’aménagement du territoire, ils participent au cadre de vie et la qualité de la ressource en eau est indispensable à la vie de ces vallées, aussi ces techniciens réfléchissent aujourd’hui à travers cette étude à définir une stratégie pour une gestion durable sur une logique de bassin de la rivière Ariège.
Une rivière qui n’a pas les mêmes contraintes administratives et qui devrait s’affranchir de la frontière des départements pour étendre cette observation en aval jusqu’à Portet/Garonne (un consensus s’est dégagé pour monter une structure sur l’ensemble du linéaire de l’Ariège).
«Nous sommes arrivés à un moment charnière ou nous regardons le travail réalisé pour effectuer un diagnostic et travailler sur des perspectives pour les années à venir en essayant de trouver des méthodes de gestion intégrées (travail sur les berges, le lit majeur de la rivière et le basin versant).
L’actualité réglementaire va nous obliger à faire évoluer nos pratiques, précise Olivier Hilaire. En effet la loi Gema/Pi va dans le sens de la rénovation de la gouvernance en matière de gestion des milieux aquatiques et nous donne de nouvelles compétences en matière de prévention des inondations».
L’Ariège, trait d’union entre la montagne et la plaine
Jusqu’à présent les deux syndicats ont travaillé de manière séparée, l’un en amont de la rivière, l’autre en aval, car ce cours d’eau présente réellement deux visages différents [avec une typologie particulière] que l’on soit en montagne ou en plaine.
Cette prospection vers l’avenir a eu le mérite de les réunir pour réfléchir à une vision globale de cette rivière qui subit des pressions (étiage, irrigation) et génère des économies (hydroélectricité, tourisme, pêche).
«82 000 habitants ce n’est pas neutre, c’est un véritable enjeu de société !», poursuit J-G Ubiergo pour qui cette étude va au-delà de la simple valorisation de l’eau, elle traite de tous ces sujets de manière transversale.
Les syndicats de rivière du bassin ne sont pas seulement des gestionnaires de berges (avec toutes les difficultés qui peuvent s’y greffer) ils ont été consultés par les élus au moment de la réalisation du SCOT (un document réglementaire à forte valeur ajoutée en matière d’aménagement du territoire qui définit notamment les trames vertes et bleues ou les richesses écologiques du territoire) et le sont régulièrement en matière d’irrigation, car nul n’est censé ignorer que le bassin versant de l’Ariège du côté de la plaine enregistre l’été de forts prélèvements du fait des cultures agricoles (maïs semence, céréales) et du soutient à l’étiage de la Garonne.
«Deux politiques majeures opèrent sur ce territoire, note le technicien du bureau d’étude MTP. Le Scot de la vallée d’Ariège qui occupe la zone la plus urbanisée du département et le PNR qui couvre plutôt les bassins versants montagnards de la rive gauche.
Ces politiques publiques s’intéressent l’une et l’autre partiellement à la question de l’eau. D’une part à travers la thématique des trames vertes & bleues qui interroge l’intégration de l’environnement et des continuités écologiques en zones urbanisées, d’autre part au titre de la protection des milieux et notamment des zones humides et zones Natura 2000 qui sont un axe de développement des actions du PNR, mais sans qu’aucune de ces deux politiques ne soient totalement à la dimension du bassin versant de l’Ariège. à la lecture des périmètres de chacune d’elles, les syndicats de rivière semblent être potentiellement en mesure de fédérer une vision globale en matière de gestion du grand cycle de l’eau à l’échelle du bassin versant de l’Ariège, posant ainsi simultanément les problématiques de quantité, qualité, aménagement des versants et des milieux aquatiques ainsi que des risques qui y sont liés».
Des enjeux d’avenir et une réflexion sur l’espace d’une rivière élargie
«Les collectivités ne se substituent pas aux propriétaires, mais demain* du fait de la nouvelle réglementation elles seront responsables des milieux aquatiques et l’on devra inciter les gens à avoir des pratiques vertueuses» précise Marie Berthelot en évoquant la méthode de cette étude visant au final à informer et partager ces informations avec le plus grand nombre.
«Le contexte institutionnel est associé à cette réflexion à travers les présidents des syndicats qui sont des élus, mais le débat doit aussi être porté auprès des habitants de ce territoire qui seront associés à la réflexion en amont.
Le rôle des syndicats mixtes comme les nôtres seront amenés à évoluer de par l’existence même de cette nouvelle réglementation, de plus l’Agence de l’Eau Adour-Garonne gestionnaire de ce bassin souhaite que ce territoire soit prioritaire pour la réalisation d’un schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) — Il s’agit d’un document de planification élaboré de manière collective, pour un périmètre hydrographique cohérent. Il fixe des objectifs généraux d’utilisation, de mise en valeur, de protection quantitative et qualitative de la ressource en eau — il va redistribuer les cartes en matière de gestion de l’eau et c’est le préfet de bassin, c’est-à-dire le préfet de région, qui a le dernier mot et qui définit les objectifs de chacun».
Reste à savoir si ce transfert de compétence sera accompagné de transfert de moyens, c’est un autre débat. Actuellement l’heure est aux regroupements (un rapprochement du SYRRPA avec le syndicat du Crieu est à l’étude), à la mutualisation. Tout le monde l’aura compris l’eau est un enjeu d’avenir, un bien précieux qu’il faut préserver.
Plus d'informations,
www.syrrpa.fr
www.symar.fr
| Phasage des opérations Un travail sur 117 km de rive pour l’Ariège et 50 de ses affluents. Une étude qui englobe un territoire de 1826 km2, 133 communes, 8 communautés de communes et qui concerne au final 82 000 habitants. Les prestataires sont le SAS AGERIN pour l’étude technique et le groupement MTP/Act´ images pour la communication et la concertation. L’étude a démarré en septembre 2013 et devrait s’achever à la fin de l’été 2015. La phase diagnostic du territoire est en cours et devrait se terminer après validation par le comité de suivi en début d’année. À la suite de cela, une plus grande phase de concertation s’ouvrira pour déterminer les enjeux à prendre en compte dans l’espace nécessaire au bon fonctionnement de la rivière. Des réunions publiques pourraient dans les mois à venir être organisées. |
* à partir du 1er janvier 2016, les communautés de communes par le biais de la Loi Gema/Pi seront compétentes en matière en matière de prévention et de maîtrise d’ouvrage des berges.
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