Procès Symbiosis: encore beaucoup de zones d'ombre pour les copropriétaires ariégeois
Six ans après le début du scandale immobilier, le procès de l’affaire «Symbiosis» s’est ouvert lundi dernier au tribunal correctionnel de Toulouse.
200 parties civiles, quatre prévenus, mais le promoteur immobilier au cœur du dossier sera absent. Alain Lapujade est décédé il y a deux ans.
Des centaines de petits investisseurs floués
L’affaire de Symbiosis a fait des centaines de victimes dans toute la France. Tous de petits investisseurs, particuliers ou associations de copropriétaires floués dans une immense escroquerie immobilière qui s’est jouée en Ariège. Sur le papier, les projets immobiliers de Symbiosis avaient de quoi séduire : des centaines de logements de vacances à Aulus-les-Bains Guzet-neige, Le Carla-Bayle, ou Seix.
Les fonds sont versés par les investisseurs, mais certaines résidences resteront à l’état de plan. D’autres ont été terminées après la mise en œuvre des assurances. Enfin, les dernières sont restées à l’état d’ébauche.
L’épouse d’Alain Lapujade, deux architectes et des associés de l’ancien promoteur immobilier ont été mis en examen pour escroquerie, faux et usages de faux.
De faux certificats d’avancement de travaux avaient été établis, afin de provoquer le déblocage de fonds. Des appartements avaient continué à être vendus alors qu’ailleurs, les chantiers étaient stoppés. Retour sur ce procès en correctionnelle.
Lapujade n’a pas laissé un chantier en cours, mais un chantier en ruine en cours
Grâce à leur pugnacité Jean-Luc Fourré et Alain Daval, responsables de l’association des copropriétaires de Guzet ont réussi à fédérer tous ceux qui ont cru un moment grâce à la loi Demessine investir pour leurs vieux jours dans le département de l’Ariège.
«Depuis 2006 j’ai du faire 35 000 km pour Guzet... depuis six ans nous avons pris notre destin en main et heureusement sinon il n’y aurait que des ruines et nos yeux pour pleurer. Ce procès à constitué une thérapie de groupe ou chacun a pu exprimer sa détresse» précise Alain D’aval après plus de trois grosses journées au tribunal correctionnel de Toulouse.
Un procès bien mené selon lui «il y a eu beaucoup de respect de la part de toutes les parties, tant de la part des parties civiles que des prévenus.
L’avocat de madame Lapujade a su exprimer le regret de sa cliente. Était-il sincère, personnellement j’en doute. Quant aux excuses des architectes une fois que le mal est fait et que le fiasco des opérations est constaté... quoi qu’il en soit nous n’étions pas dans un état d’esprit de vengeance. On aurait aimé seulement entendre la vérité».
Selon les copropriétaires de Guzet, il y avait de grands absents. Alain Lapujade (et pour cause), mais aussi les banques, notamment celle qui est au cœur du système, la Caisse d’Épargne: «on n’en serait pas arrivé à une escroquerie d’une telle ampleur si les notaires avaient tiré la sonnette d’alarme, aujourd’hui ils ne sont pas sur le banc des accusés.
Par contre le procureur lors de son réquisitoire à indiqué que les parties civiles étaient irréprochables et a reconnu notre dignité. La Caisse d’Épargne a déjà été condamnée avec les propriétaires d’Aulus (elle va se pourvoir en cassation), elle doit prendre ses responsabilités. Cette banque à fait des résultats extraordinaires et les petits propriétaires floués dans cette escroquerie attendent un geste de sa part...»
Des gens dignes dans leur malheur selon Jean-Luc Fourré qui lui aussi attend un geste de la banque, et ce avant le procès civil.
«Les travaux sur le bâtiment du Valier ont été arrêtés en 2008, la Caisse d’Épargne a trainé, nous avons dû chercher un gestionnaire. Courant 2013, la banque a repris les travaux avec un maître d’ouvrage, mais ils n’ont pas contrôlé les permis de construire destinés à 26 appartements alors qu’il y en a 30! Nous avons intenté une action supplémentaire en justice».
À présent ces propriétaires reçoivent (pour ceux qui ont réussi à louer leurs biens) 24 euros de loyer par mois sur les 740 € promis. Le gestionnaire Révea réinvestit notamment dans la promotion, heureusement la station de Guzet marche plutôt bien et les politiques sont là.
«Nous avons perdu une partie de nos biens, mais la dynamique entre nous est enclenchée. Si nous étions restés passifs, Guzet serait un champ de ruines... reste encore beaucoup de travail à faire, mais on ne manque pas d’énergie. Il faudra encore du temps pour atténuera ce malaise».
Vendredi, des le procès achevé Didier Bresciani, président des copropriétaires du Carla Bayle est déjà sur site: rendez-vous avec le maire de la commune, les entreprises qui finissent d’installer la piscine à débordement qui sera inaugurée le soir même. Il accepte de revenir sur cette semaine éprouvante.
«Le procès a été dur, se remémorer six ans de combat ce n’est jamais très agréable. Je vous rappelle qu’Alain Lapujade faisait constamment appel de toutes les décisions (c’est normal son épouse était avocate!). Si les gens ont acheté c’est qu’ils ont eu confiance, il y’a avait d actes de notaire, des assureurs, tout était bien ficelé... on n’aurait jamais cru tomber sur une telle escroquerie! Ce procès a eu le mérite de révéler qu’il s’agissait bien d’une escroquerie organisée depuis le départ».
Les parties civiles déçues par ce procès
Alain Lapujade, le principal accusé, n’était pas là et pour cause il est décédé, Didier aurait préféré le voir sur le banc des accusés «lui qui se croyait au-dessus des lois.
Je suis un peu déçu de la position de madame Lapujade elle nous a dit qu’elle ne savait rien, qu’elle a tout appris par la presse et au cours du procès. J’ai peine à y croire. Quant aux deux architectes qui ont signé la fin des travaux pour faire débloquer les fonds (dans certains cas jusqu’à 95 % alors que certains bâtiments n’étaient pas encore sortis de terre), le procureur requiert contre eux 12 à 18 mois de prison avec sursis et 15 000 € d’amande.
Selon moi c’est justifié, quand on est responsable à un moment on est coupable. Avec ce procès ils connaissent leur peine alors que nous, notre peine. Elle va encore durer 20 ans et jusque là il faut s’en sortir».
Parmi tous les témoignages, Didier Bresciani nous rapporte celui d’Hélène, une petite dame de 72 ans copropriétaire au Carla. «Elle achèvera de payer à l’âge de 92 ans elle croyait faire un placement pour sa retraite puis pour ses petits enfants.
Aujourd’hui elle souffre dans sa retraite. Son témoignage a remis les choses en place. Le président Leroux a permis aux parties civiles de se libérer... il y’a avait tant de choses à dire. Mais pour le dernier prévenu, c’est encore mieux, il ne s’est même pas présenté. Nous avons appris qu’il avait 16 condamnations, qu’il était allé 6 ou 7 fois en prison. Le procureur a demandé a son encontre 3 ans de prison.
Ses assurances nous garantissaient des loyers une promesse de rachat synallagmatique... c’était faux et nous avons eu la faiblesse d’y croire après tout c’était un grand groupe européen qui aurait pu s’en douter ? Quand on cherche de tels escrocs pour monter des dossiers, c’est qu’au départ, on n’est pas clair. Pour moi c’est évident Lapujade a berné tout le monde !»
Le procès est mis en délibéré au 17 décembre, mais Didier Bresciani attend davantage du procès au civil qui lui aura lieu au second semestre 2015.
«On aimerait bien voir sur le banc des accusés les rabatteurs, les conseils en gestion, ceux qui ont réussi à nous trouver, à nous faire signer... nous avons découvert au fil du procès qu’ils prenaient chaque fois 20 % à chaque vente. Pour des maisons à 220 000 €, ils prenaient 22 000 €.
Nos collègues de Guzet demandent des comptes à la Caisse d’Épargne, nous au Carla nous avons réussi à faire une transaction avec la banque, cela nous a permis d’achever les travaux. Aujourd’hui on attend un petit coup de pouce du Conseil général, de la région pour continuer à embellir le coin et attirer des touristes».
Didier Bresciani est conscient que la résidence de l’Oustal du Carla est à présent un produit de qualité, il faut attirer du monde «les politiques ont joué le jeu, mais il faut continuer à nous aider.
Nous avons des loyers 25 € pour 1240 € de prêt par mois. Le gestionnaire fait des choses, il a mis le WiFi, installé la piscine... mais la page se tournera véritablement dans deux ans. En tout cas on fera tout pour faire vivre ce site»
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