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Assises de l'Ariège: c'est par peur qu'il aurait tiré à bout portant sur sa victime

De gauche à droite: Me Sabounji et Me David, avocats des parties civiles
© midinews 2014

Najib Nigazaz, un Carcassonnais de 28 ans est jugé depuis hier pour le meurtre de Pierre Riché. Meurtre commis à Léran le 18 septembre 2011. Aujourd’hui deux témoins des faits et divers experts se sont succédés à la barre.

Pourquoi l’accusé a-t-il fait usage de son arme à trois reprises ?
Ce soir du 18 septembre 2011, Pierre Riché, certainement sous l’empire de l’alcool (il avait 1,50 g par litre de sang), vient de casser à coups de barre de fer la porte de Gilda. Cette dernière, apeurée et «craignant pour sa vie et celle de ses enfants», se défend à coup de poêle à châtaignes, jusqu’au moment ou la victime s’éloigne, appelé par son copain Frédéric resté en bas des escaliers avec un chien, un staff.

Gilda se précipite alors chez Najib Nigazaz pour y chercher de l’aide. A la barre, la jeune femme raconte «n’avoir pensé qu’à sauver ses enfants» et parle de Pierre Riché comme «quelqu’un en état second» Ensuite les choses s’accélèrent, l’accusé, armé d’une carabine 22 long rifle, tire un premier coup de feu.

La jeune femme sort à son tour, munie d’une casserole et voyant que Pierre Riché n’a toujours pas quitté la cour, s’approche et balance des coups de casserole sur la voiture. «Il ne partait pas» explique-t-elle, rajoutant «il pouvait encore nous agresser» Installé côté conducteur, Pierre Riché sort de sa voiture, se dirige vers le coffre, et d’après la jeune femme «prend un objet brillant» avant de gagner le siège passager, ce qui fait dire à Gilda ce matin «on a eu peur de se faire plomber»

Eclatent alors un second coup de fusil, puis un troisième, alors que Pierre Riché sorti de sa voiture, s’effondre, touché à la gorge vraisemblablement par le deuxième tir. Avec force mimes, Gloria tente de reconstituer la scène, de replacer les protagonistes au moment de l’impact fatal.

Elle soutient que l’accusé se trouvait à plus de trois mètres de la victime, ce qu’infirme le rapport du médecin légiste. «La vérité» du témoin ne convainc pas Me David avocat des enfants de Pierre Riché.

Sous les questions de Me Derieux avocat de l’accusé, la jeune femme explique «avoir l’impression de passer un examen blanc» En pleurs et s’adressant à l’accusé, elle glisse : «à cause de moi, il t’arrive tout ça ; merci de m’avoir secouru»

Concernant le meurtre, le témoin «pense qu’il a tiré par peur, pas pour tuer : La peur était vraiment là» poursuit-elle.

Avec ses questions, Me Derieux introduit la notion d’homicide involontaire : il faisait nuit, un seul lampadaire pour tout éclairage… ou celle de légitime défense (la victime aurait-elle pu être armée ?)

Frédéric relate à son tour les faits, tels qu’il s’en souvient. Il indique avoir demandé à Pierre Riché de quitter l’immeuble, car il aurait entendu un déclic comme si on armait une arme. Sur sa non-réaction quant au comportement de son ami, il n’explique pas «sa placidité» Concernant les tirs, 3 au moins auraient été tirés, alors que selon lui, la victime voulait partir.

Najib Nigazaz affirme avoir tiré sous le coup de la panique. Une arme «pour seul moyen de défense»
Après ces témoignages, Najib Nigazaz maintient ne pas connaitre la victime, n’avoir eu aucun contentieux avec lui. Il aurait agi sous le coup de la panique, «n’ayant pas de raison de lui faire mal.»  A ce stade du procès il affirme que Pierre Riché ne l’aurait pas accusé du vol de ses cigarettes, n’avoir eu aucune altercation avec lui et met en cause son frère. L’accusé souligne ensuite qu’il se servait pour la première fois de cette arme. Il ne l’aurait sorti qu’à l’arrivée de Gilda.

Najib Nigazaz savait que l’arme était chargée, il voulait : «faire fuir les gens qui étaient venus troubler l’ordre dans l’immeuble» Cette arme aurait été son seul moyen de défense contre un homme «plein de colère, plein de haine, un homme qui n’était pas venu pour discuter»

Voyant que Frédéric et Pierre Riché ne partaient pas après ce qu’il nomme : un premier tir de sommation, et ayant peur du chien, il aurait tiré le second coup de feu parce qu’il ne montait pas dans sa voiture.

«Quand j’ai tiré le troisième, j’ai compris qu’il était touché» Quand la présidente l’interroge sur la très courte distance le séparant de sa victime, il «ne comprend pas» À aucun moment il ne voulait l’approcher, «ayant trop peur de la barre de fer»

Sous la pression des avocats des parties civiles, Me David et Me Sabounji, il s’emmêle les pinceaux quant à la première altercation et ses protagonistes, et finit par déclarer à Olivier Caracotch, avocat général, ne «pas avoir eu de chance» et que oui, il n’aurait pas du sortir armé.
 
Un tir à bout portant selon l’expert en balistique
Médecin légiste, le professeur Telmon a indiqué que la victime était décédée d’un syndrome hémorragique. Des lésions vasculaires, artérielles et pulmonaires ayant entrainé un pneumothorax. Le corps présentait trois plaies d’entrée, dont une plaie contuse située sur la partie antérieure du cou.

Une plaie par arme à feu à très faible distance. Des conclusions rejoignant le rapport du Dr Furget, anatomopathologiste, expliquant que les résidus retrouvés sur la plaie étaient compatibles avec un tir à courte distance.

Gérard Adam expert en balistique a examiné l’arme, les munitions, la distance et la trajectoire du tir. Concernant l’arme, il s’agit d’une carabine lourdement modifiée ayant fait l’objet d’un rajout d’une visée laser, une arme relativement courte, 51 cm, facile à cacher sous un manteau, avec cette particularité d’avoir deux modes d’utilisation : répétition manuelle et répétition semi-automatique.

Selon l’expert, 10 coups étaient dans le chargeur avec des balles en plomb. L’accusé aurait tiré de façon manuelle (il réarmait à chaque fois). Le troisième tir au niveau du véhicule aurait atteint la victime de manière mortelle. Sur la distance séparant l’accusé de Pierre Riché, Gérard Adam au vu de tous les éléments l’estime entre 15 et 20 cm.

Najib Nigazaz ne «pensait pas être aussi près» Il poursuit : «certes j’étais en mouvement, mais jamais il n’y a eu de corps à corps»

Des pressions exercées sur divers témoins par le frère et l’ami de l’accusé
Corinne Chassagne, présidente de la cour d’assises a lu en leur absence, les témoignages de deux témoins du meurtre, témoins faisant état de pressions et menaces subies. Le couple aurait été approché par Nadir (le frère) et Ludovic (l’ami d’enfance et ex-compagnon de Gilda) afin qu’ils modifient leur version sur la première altercation.

Qu’ils disent que c’était Ludovic qui s’était disputé avec la victime. Le lendemain du meurtre, Nadir, toujours sous la menace aurait exigé que la jeune femme lui envoie un mandat postal de 90 euros, «alors qu’il se trouvait à Lille dans un camp de ROM»

La journée de demain sera consacrée, après le rapport du psychologue, au réquisitoire de l’avocat général et aux plaidoiries des différents avocats. Najib Nigazaz devrait connaitre le verdict dans l’après-midi.

NR | 25/11/2014 - 18:59 | Lu: 14995 fois