Assises de l'Ariège: reconnu coupable de meurtre, Najib Nigazaz est condamné à 15 de réclusion criminelle

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Najib Nigazaz qui comparaissait depuis lundi devant la Cour d’assises de l’Ariège a été reconnu coupable d’avoir volontairement donné la mort à Pierre Riche ce 18 novembre 2011 à Léran. Au terme de trois journées de débats, le jury l’a condamné à 15 ans de prison. Le procureur, Olivier Caracotch, avait requis 18 ans de réclusion criminelle.
La troisième journée du procès de Najib Nigazaz devant la cour d’assises de l’Ariège a été consacrée aux plaidoiries et au réquisitoire de l’avocat général. Mais avant, l’expert psychologue a dressé le portrait clinique de l’accusé (ce dernier a refusé de rencontrer l’expert psychiatre).
Un homme ne présentant pas de pathologie mentale, impulsif, reconnaissant les faits. À propos de ceux-ci, l’expert aura ces mots : «il était dans la protection d’une amie (de Gilda, NDLR), ce scénario ayant une résonnance inconsciente» (relation du couple que formaient ses parents, ndlr).
Le clinicien soulignant que si l’accusé était bouleversé par l’acte meurtrier, il n’avait pas d’empathie envers la victime décédée.
Avant que ne débute le ballet des avocats, Najib Nigazaz a eu loisir de s’expliquer. Parfois en pleurs, l’accusé a glissé : «une femme c’est vulnérable, je ne voulais pas qu’il lui fasse du mal, j’étais le seul à pouvoir l’aider» Expliquant qu’il n’avait jamais fait de mal à quiconque, qu’il n’avait jamais voulu arriver jusqu’ici, Najib Nigazaz avouera : «j’ai gâché ma vie. Je le vois tous les jours ce Monsieur»
Avant d’adresser ses excuses à la famille de Pierre Riche et de dire : «c’est sûr j’aurais dû fermer la porte et appeler la police. Ma place n’est pas ici, je n’ai jamais été violent»
Vous n’êtes pas malchanceux, vous êtes le bourreau de Pierre Riche
Sauf ce soir du 18 novembre 2011 où il a abattu sciemment Pierre Riche lui répondra peu après Me Sabounji portant la parole de la famille de la victime. «Trois larmes arrachées au terme de trois jours de procès, trois jours de mensonges, trois ans d’instruction»
L’avocat ariégeois a dressé le portrait de la victime. Un travailleur, un passionné d’archéologie, un homme rongé par des addictions témoins d’un mal-être depuis la mort de son cousin écrasé par une voiture.
Me Sabounji n’aura pas de mots assez durs pour dénoncer la partialité de certains témoins, les menaces à l’encontre d’autres témoins, et la responsabilité de l’accusé. Un homme vivant dans l’oisiveté, la facilité, cédant à la délinquance.
«24 condamnations à 28 ans. Vous vouliez vous mettre au vert à Léran avec ce paradoxe, un fusil chargé dans votre débarras»
Pour les enfants de Pierre Riche, Me David du barreau de Toulouse a parlé de l’immense perte, de la tristesse qui accompagnerait tout au long de leur vie, la fille et les enfants par alliance de Pierre Riche. S’adressant à l’accusé, l’avocat s’exclamera : «vous aviez la volonté de l’éliminer comme on élimine un nuisible. Vous l’avez tué les yeux dans les yeux et à aucun moment vous ne pourrez nous faire croire que c’est la peur qui vous a guidé» et l’avocat de conclure sa plaidoirie : «votre nuit sera longue Mr, mais imaginez la nuit des enfants de Pierre Riche»
Pour faire jaillir la justice
«Pour les intérêts de la société qui accuse», l’avocat général s’est, avec brio, attaché à rappeler les preuves, les évènements ayant conduit au meurtre de Pierre Riche, «aux certitudes qui entourent ce meurtre» Le danger était écarté, Pierre Riche avait quitté l’immeuble, Frédéric et le chien étaient à l’extérieur. Autre certitude pour Olivier Caracotch, les habitants de l’immeuble étaient à l’abri, Pierre Riche dans sa voiture avait déposé les armes.
Najib Nigazaz est sur le pas de la porte, poursuit l’avocat général. Il est le seul à avoir une arme dans la main. Autre certitude : «les tirs sont absolument inutiles, trois tirs létaux, trois tirs mortels» Olivier Caracotch en est convaincu, les 3 tirs ont été portés à hauteur d’homme et ce troisième tir, tiré à une distance de 15 à 20 cm signe une exécution.
Montrant aux jurés une feuille de papier A4 il s’exclame : «voilà la distance entre le bout du canon et l’arme» L’avocat général poursuivant par le tir létal, un tir létal parce qu’il est porté de haut en bas sur quelqu’un qui n’est pas en mesure de se défendre. Une victime sans doute écrasée par la peur.
Recentrant son réquisitoire sur l’attitude de l’accusé à ce moment-là : «sa détermination en réarmant à chaque fois alors que ce n’était pas nécessaire, en s’approchant toujours plus près de sa victime»
Olivier Caracotch glissera : «il reste des zones d’ombre terribles pour la famille, pour moi. Elles ne vont pas vous empêcher de tirer des conclusions. Vous rentrerez en voie de condamnation» a conclu Olivier Caracotch s’adressant aux jurés, avant de requérir 18 ans de réclusion criminelle «pour sanctionner, réparer, aider à reconstruire de part et d’autre»
Une volonté initiale de défendre
Pour Me Dufetel-Cordier assurant la première partie de la défense de Najib Nigazaz. «En quelques minutes, quelques secondes, des vies basculent. Eux ont perdu un être cher, c’est incommensurable, lui en une soirée a vu sa vie basculer et il va emporter dans son sillage le malheur» L’avocate a entrainé une dernière fois le jury, trois femmes et trois hommes dans le «méandre de ce dossier»
Me Dufetel-Cordier s’est tout d’abord attardée sur la personnalité de l’accusé. «Les fées ne se sont pas penchées sur son berceau» commence l’avocate parlant d’un homme avec un passé difficile, peu disert, ne livrant rien. «Son seul moyen d’exister à l’adolescence c’est cette pléthore de petits vols, d’affaires de stupéfiants»
Ce soir du 18 septembre 2012 poursuit-elle, «une amie l’appelle à l’aide, il n’hésite pas un instant, il y va» Soulignant l’état de la victime ce soir-là, elle glisse : «le drame se noue là» Se tournant vers son client, elle tente d’expliquer.
Son amie lui dit : «il veut me tuer, ils sont chez moi. Les enfants sont dans l’appartement», il réagit et prend son arme. Pour l’avocate, cette situation fait écho à l’enfance de l’accusé. Ensuite, «ce qui le fait basculer, c’est que Pierre Riche ne part pas»
Me Agnès Dufetel-Cordier est en «divergence totale avec l’avocat général» Le premier tir est un tir de sommation, mon client a peur et il crie : «dégage, dégage» L’avocate raconte une peur panique, une «réalité nourrie par ce qu’il a vécu dans son enfance» S’adressant au jury, elle termine en leur demandant de ne pas oublier le contexte, «les mécanismes inconscients qui ont pu jouer»
«Najib Nigazaz n’est pas qu’un casier judiciaire, c’est la mémoire douloureuse de la justice» lance Me Derieux. Dans sa plaidoirie, l’avocat de l’accusé parlera de la peine requise, mais aussi des faits.
«Ce dossier c’est aussi un homme qui fracasse une porte, il y a des cris, des pleurs, une femme qui vient demander de l’aide» L’avocat évoquera une arme pas entretenue dont l’accusé ne savait pas se servir avant de lancer : «quand vous subissez une agression, vous avez une montée d’adrénaline, c’est le cerveau reptilien qui prend le dessus»
Rappelant la peur de Gloria, celle de Najib Nigazaz, Me Derieux soulignera : «comment faire abstraction de cela. Il y a ce chien d’attaque, cette chaine, cet homme fou furieux, c’est ça aussi ce dossier»
«18 ans de réclusion c’est une destruction» Se tournant vers le jury, il glissera : «ce chiffre que vous allez écrire sur un bout de papier c’est l’avenir de Najib» Rappelant une «réalité qu’il ne faut pas oublier : 18 ans, c’est la centrale, un jeune homme qui va côtoyer des personnes au lourd passé», l’avocat a tenté de plaider pour une peine permettant d’envisager la réinsertion.
Pour Me Derieux, il est question ici «de mettre de l’humanité là où il n’y en a pas. Une peine de prison peut exclure de la société, elle peut aussi permettre d’y revenir»
Avant que le jury ne sorte délibérer, l’accusé a adressé ses excuses à la famille de la victime et à sa propre famille. «Je regrette sincèrement ce qui s’est passé»
Au terme d’un délibéré de deux heures, Corinne Chassagne présidente de la cour d’assises a annoncé le verdict : 15 ans de réclusion criminelle. Les scellés seront confisqués, mais par délibération spéciale a-t-elle poursuivie, le téléphone et la casquette de la victime seront rendus à sa famille et sa carte d’identité sera restituée à Najib Nigazaz.
Stoïque, Najib Nigazaz n’a pas bronché à la lecture du verdict. Il dispose de 10 jours pour faire appel. Ses avocats nous ont toutefois confié qu’ils ne pensaient pas interjeter appel du verdict.
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