Assises de l'Ariège: violences mortelles à Lavelanet, trois hommes sur le banc des accusés

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Les assises de l’Ariège ont repris ce matin à Foix. Dans le box des accusés trois hommes : Jean-Noël Sahli, Ayache Melouli et David Milan. Ils doivent répondre de «violences volontaires en réunion ayant entrainé la mort sans intention de la donner» sur la personne de Claude Lacroix retrouvé sans vie à son domicile fin 2011.
A leurs côtés, Giliola poursuivie pour non-assistance en personne en danger. Ce délit connexe concernait également Frédéric, cinquième accusé. Ce dernier aurait péri (les recherches ADN sont toujours en cours) dans l’incendie qui a ravagé la pension de famille de Lavelanet en octobre dernier ; incendie ayant fait trois morts.
Sur réquisition de l’avocat général, sa situation a été disjointe du procès. «Le tribunal correctionnel l’étudiera en son temps» a indiqué Olivier Caracotch.
Alcool, rumeurs, effet de groupe : la genèse de violences volontaires
Le dénominateur commun de deux des accusés semble être la dépendance à l’alcool, une scolarité arrêtée assez tôt et une «influençabilité» selon leurs termes.
C’est d’ailleurs au cours d’une soirée alcoolisée entre copains que s’est déroulé le drame.
Dans les faits : le 18 décembre 2011, et suite à l’appel au secours de Frédéric, un Lavelanétien était retrouvé mort à son domicile, route de Bélesta. Le corps partiellement dévêtu de Claude Lacroix (43 ans) portait des traces de coups et son visage était tuméfié. L’autopsie ne permettait pas de dire avec certitude si le malheureux quadragénaire avait été victime d’une chute ou d’une agression violente. Etonnant, un mégot de cigarettes était retrouvé coincé dans son slip.
L’enquête médico-légale permettait de découvrir que le corps avait été déplacé après le décès et que la victime avait un taux de 0,67 g dans le sang ainsi que des traces de médicaments. Rapidement, les gendarmes entendaient les cinq protagonistes qui livraient une version quelque peu édulcorée : la victime les aurait rejoints vers minuit au domicile de Jean-Noël Sahli (il habitait au-dessus de Claude Lacroix) après une virée en centre-ville ayant mal tourné.
Selon leurs dires, ce dernier se serait battu avec des jeunes. Vers 16h20, le lendemain, Frédéric aurait retrouvé son corps dans le couloir menant à son appartement et alerté les secours.
Une version qui n’a pas tenu la distance
Les investigations menées par la section recherches de Toulouse et par la brigade de recherches de Pamiers ont rapidement conduit à l’interpellation des 5 accusés.
Des traces de sang mal nettoyées étaient retrouvées au domicile de Jean-Noël Sahli, ainsi que des projections de sang jusqu’à 1m70.
Interpellés, les cinq individus avouaient avoir fait de fausses déclarations. Dans leurs aveux ils ont indiqué avoir voulu obtenir des explications de la part de la victime. Selon eux, Claude Lacroix aurait fait courir des rumeurs sur Giliola (compagne de David Milan) et sur Ayache Melouli.
David Milan aurait porté le premier coup, bientôt rejoint par Jean-Noël Sahli, et Ayache Melouli. Frédéric, ivre au moment des faits, n’aurait rien tenté pour les en empêcher ainsi que la jeune femme. Ils l’auraient ensuite déplacé jusque dans le couloir de son appartement où ils l’auraient laissé baignant dans son sang. Tout cela sous le regard de Frédéric et de Giliola qui ne sont pas intervenus pour lui porter secours.
La personnalité des accusées passée au crible
Aujourd’hui, les enquêteurs de personnalité se sont succédé et ont tenté d’apporter des éclaircissements sur la personnalité des accusés.
David Milan, 34 ans, a 10 condamnations à son actif, essentiellement pour des conduites sous l’empire de l’alcool, des rebellions, outrages et un vol aggravé. En détention, il a fait l’objet de plusieurs rappels, et précise faire désormais un travail sur son agressivité et son alcoolisme.
Enfant et adolescent sans problème, il n’investira pas sa scolarité et occupera divers boulots avant de travailler dans l’entreprise de carrelage de son père à Lavelanet et de rencontrer en 2005 Giliola avec qui il a eu une petite fille.
Parlant de lui, sa compagne décrit un homme impulsif, s’occupant bien de sa fille. Sur le couple, les intervenants sociaux qui les suivent pour le RSA, évoquent un couple démuni, un homme limité. Concernant les faits, Nadine Rieux indique que l’accusé minimise sa part de responsabilité, les autres l’auraient poussé à commettre ces violences, «ces autres» qui l’auraient menacé lorsqu’il souhaitait se dénoncer.
Jean-Noël Sahli a lui aussi interrompu relativement tôt sa scolarité ; lui aussi présente une addiction à l’alcool qu’il reconnait (et que démontrent ses 4 condamnations pour conduite sous l’empire de l’alcool). Il se décrit comme gentil, timide à l’adolescence, ne cherchant pas à transgresser la loi.
Père de deux enfants de deux unions différentes s’achevant l’une et l’autre à cause de l’alcool. En 2011 il vivait assez isolé, dans un appartement insalubre glisse l’enquêtrice de personnalité, et d’une manière assez précaire. Sur les actes de ce 18 décembre 2011, il glisse «ne pas avoir beaucoup de souvenirs, et ne pas comprendre ce qui a pu se passer»
Le troisième accusé, semble avoir eu un parcours de vie différent et n’a qu’une condamnation à son actif pour un vol. A 51 ans, Ayache Melouli a travaillé dans le textile une grande partie de sa vie.
Très investi dans le rugby Lavelanétien, il aurait sombré après un divorce survenu en 2003. Une fracture affective, sociale, selon son avocat Me Nakache, conduisant à une désocialisation, une clochardisation. Ayache Melouli a présenté ses excuses à la famille de la victime.
Concernant les faits, il parle «d’un moment de folie complète» En 2011, l’accusé vivait aussi du RSA, un RSA qu’il n’avait pas voulu réclamer pendant des années. Divers témoins ont été cités à la demande de la défense. Tous parlent d’un homme attentionné, attentif, rassurant, à l’écoute confiera sa nièce.
L’ex-compagne de Claude Lacroix a témoigné pour un homme certes «alcoolo-dépendant», mais un homme qui se soignait à l’aide de médicaments. Un père qui s’occupait bien de leur fille. Le jour du drame, elle l’avait quitté vers 17h après lui avoir apporté un congélateur.
Selon ses dires, il n’avait pas bu à ce moment-là et souhaitait déménager «car il ne supportait plus son voisinage» Laurence a expliqué que son ex-compagnon, Jean-Noël Sahli et David Milan «faisaient partie d’une communauté intéressée par l’alcool»
Elle ne pourra confirmer ou infirmer des liens entre la victime et Ayache Melouli. Sur de possibles violences imputables à Claude Lacroix, elle réfutera fermement, contredisant ainsi son fils parlant quant à lui de son beau père comme «d’un homme violent, un homme ne fréquentant plus que des zonards»
Le procès reprendra demain avec les rapports des gendarmes, et se poursuivra avec le ballet des experts.
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