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Assises de l'Ariège: quatre accusés pour autant de versions différentes

Me Dedieu du barreau de l'Ariège, avocat des parties civiles
© midinews 2014

Jean-Noël Sahli, Ayache Melouli et David Milan sont jugés depuis hier pour des «violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner».

À leurs côtés, Giliola, poursuivie pour «non-assistance à personne en danger». Aujourd’hui, la cour d’assises de l’Ariège est revenue sur les faits, avant que divers experts ne se succèdent à la barre et que les accusés ne livrent leurs explications.
Selon Me Dedieu: un concerto de renvoi de responsabilités
Le major Majesté responsable du pôle criminel de la BR de Toulouse a livré les résultats de l’enquête.

Le 18 décembre 2011, et suite à l’appel au secours de Frédéric (accusé, mais décédé depuis et dont l’affaire a été disjointe du procès), Claude Lacroix était retrouvé mort à son domicile, au 61 rue du Dr Bernadac.

Les premières constatations démontraient que la victime était morte là, mais que son corps semblait avoir été déplacé. Apprenant rapidement que Claude Lacroix était passé chez son voisin d’immeuble, Jean-Noël Sahli résidant au 59, le directeur d’enquête décidait une perquisition à son domicile.

Des traces et projections de sang (jusqu’à 1m70) étaient retrouvées chez ce dernier. Lors de leur audition en tant que témoins, les 5 accusés indiquaient l’avoir vu arriver chez Jean-Noël Sahli ivre et couvert de sang.

D’après leurs dires, il se serait cogné à des meubles ou serait tombé, avant de regagner son domicile. À l’issue de la flagrance, 3 hypothèses se dessinaient pour les enquêteurs, mais des divergences concernant les auditions de nos 5 témoins et l’ADN de la victime retrouvé chez Jean-Noël Sahli conduisaient à l’interpellation des 5 protagonistes du drame.

Ils étaient interpellés simultanément le 13 mars 2012 à lavelanet. Durant leur garde à vue, tous reconnaissaient que Claude Lacroix «s’était fait tabasser chez Jean-Noël Sahli».

Un apéro improvisé les aurait tous réunis ce soir-là.

L’alcool aidant, la discussion s’est orientée vers la victime et les rumeurs qu’il aurait propagées dans le centre-bourg, rumeurs concernant l’infidélité supposée de Giliola et la gale dont aurait été atteint Salhi. David Milan descendait un étage et allait inviter Claude Lacroix à cet apéro.

Moins d’une minute après, il s’en prenait à Claude Lacroix, le frappant avec ses poings, bientôt rejoint par Jean-Noël Sahli qui se serait acharné sur lui, avant l’intervention et les coups de pied d’Ayache Melouli et «son drop». Chacun renvoyant la répétition des coups et leur violence sur les autres.

Après cet épisode, tous se remettent à leur apéro avant que David Milan prenne le pouls de leur «punching-ball» et constate selon ses dires son décès. David Milan rajoutant qu’il aurait souhaité appeler les secours, mais Ayache Melouli le lui aurait interdit.

Peu après Claude Lacroix était transporté à son domicile par Milan et Melouli qui remontaient ensuite finir leur soirée arrosée. Au terme de sa déposition, le major Majesté a indiqué à la cour qu’il restait des interrogations quant au côté crapuleux de cette affaire, l’argent liquide (environ 150 €) de la victime n’ayant pas été retrouvé.

Subsiste aussi des interrogations quant au mégot portant l’ADN des trois accusés et retrouvé dans le slip de Claude Lacroix. Avocat des parties civiles, Me Dedieu a dénoncé les versions mensongères, le silence maintenu durant trois mois, la disparition de l’argent, et s’est indigné: «ils se renvoient la responsabilité».

Concernant la responsabilité de Giliola, le directeur d’enquête a indiqué qu’elle semblait, au vu des témoignages, avoir quitté l’appartement aux premiers coups portés.
Une dérive alcool-stups conduisant à la violence d’une meute déchainée
Et c’est là que les choses se corsent, d’autant que les accusés avaient pas mal «éclusé» ce soir-là.

Si la déposition du major Majesté donne les grandes lignes des auditions des accusés, le militaire le rappelle: «il est difficile de mettre un ordre de crédibilité dans ces témoignages».

Le gendarme est sûr d’une chose: «la volonté de frapper, de faire mal est évidente», et rajoute: «on n’est pas loin du guet-apens, de quelque chose d’organisé».

L’alcoolisation des accusés est également mise en avant par le major Majesté rappelant que lors de son interpellation en tout début de matinée, Jean-Noël Sahli avait presque 3 g d’alcool dans le sang.

Il avait d’ailleurs été sujet à un delirium tremens lors de sa garde à vue, et les gendarmes, sur conseil médical, avaient dû lui donner de l’alcool.

Me Martin avocat de David Milan, reviendra point par point sur la déposition du militaire arguant: «j’entends qu’on peut réécrire l’histoire, mais il s’agit d’être précis».
Où se cache la vérité ?
Question précisions on aura beaucoup de mal durant l’interrogatoire des accusés à entrevoir un schéma cohérent et partagé par les protagonistes.

Tous se renvoient la balle. Tout d’abord sur la venue de Claude Lacroix.

David Milan soutient qu’il est allé le chercher après que Jean-Noël Sahli l’ait averti qu’il faisait courir des rumeurs. Ce que nie fermement le mis en cause, qui précise au contraire avoir vu Lacroix se présenter chez lui sans y être attendu. Milan était derrière la porte et l’aurait immédiatement frappé.

Ce que confirment Giliola et Ayache Melouli qui précise «aucune discussion sur Claude n’a eu lieu avant son arrivée». Lui n’aurait pas vu sortir David Milan.

Sur les coups portés, leur violence, là aussi les versions divergent. David Milan «voulait s’expliquer, l’interroger». Selon ses dires, il se serait énervé et aurait asséné gifles, coups de poing.

Il indique à la cour que Claude Lacroix l’aurait alors «insulté, lui aurait mal répondu». Nouveau déchainement de violence conduisant l’accusé à faire assoir sa victime et à lui proposer un verre, avant de lui remettre des gifles. La victime tombe.

Jean-Noël Sahli s’invite alors dans la scène. «Je lui ai donné des coups de pied sur le flanc alors qu’il était au sol».

Pour sa part, Ayache Melouli indique avoir porté «un ou deux coups de pied au niveau des jambes».

Concernant le drop qu’il aurait asséné selon les autres accusés, il s’exclame: «c’est entièrement faux».

Jean-Noël Sahli est bien en peine de préciser si Melouli a porté ce drop, de la même façon qu’il ne peut dire si oui ou non David Milan a sauté à pieds-joints sur le corps. «J’étais bien touché» glissera-t-il.
Pouvait-on sauver Claude Lacroix après ce tabassage ?
L’agonie de Claude Lacroix a pu durer de quelques minutes à quelques heures (maximum 6).

Les différents experts qui se sont succédé à la barre ont indiqué qu’il était mort suite à un œdème pulmonaire aigu et une atteinte neurologique.

Plusieurs dizaines de coups auraient été portés. L’un de ces coups serait compatible avec un shoot (fracture entre jonctions nez et crâne).

Les fractures des côtes ne peuvent ni infirmer ni affirmer que quelqu’un lui ait sauté dessus à pieds joints. Pour le Dr Deduy, s’il avait été pris en charge rapidement par les secours, Claude Lacroix aurait pu être sauvé.  

Ce qui nous ramène à ses agresseurs et au fait qu’aucun n’ait appelé les secours. David Milan maintient qu’il en avait l’intention, mais que par peur d’Ayache Melouli, il n’aurait pas osé. Après l’agression, tous deux ont transporté Claude Lacroix dans le couloir menant à son appartement.

Ils l’ont laissé là alors que la veille il avait neigé et que la température ne dépassait pas les 4° indiquera aux jurés la présidente Corinne Chassagne.

Autre fait, et non négligeable, Claude Lacroix sera retrouvé à moitié dévêtu, un mégot coincé dans son slip. Son argent (150 €) envolé. Là aussi Melouli et Milan se renvoient la responsabilité.

Ayache Melouli affirmant que David Milan voulait «le défroquer» et qu’en partant David Milan aurait pu s’arrêter chez la victime. David Milan indiquant pour sa part que le lendemain, Ayache Melouli et un des ses amis, se seraient rendus au Pas de la Case. «Pour accompagner un ami qui voulait ramener plus de cartouches» soutiendra ce dernier.

Sur la participation de Giliola à l’agression, Jean-Noël Sahli et David Milan (son compagnon) affirment qu’elle est rapidement partie amenant leur fillette, et ce, après que son concubin ait porté les premiers coups.

Ayache Melouli indique formellement que la jeune femme est repartie avec son compagnon et leur fillette après avoir nettoyé le sang…

L’interrogatoire des accusés terminé, Me Dedieu s’est adressé à deux accusés. Il a questionné Ayache Melouli sur cette ce drop, glissant «personne ne l’a inventé ; deux personnes en parlent, et ce sans concertation».

Il ne fera pas faiblir l’accusé qui maintient avoir frappé dans les jambes de la victime. Se tournant vers Jean-Noël Sahli il lui lancera: «c’était votre ami, ça vous inspire quoi ?»

Ce dernier lui répondra: «un dégout total» avant de poursuivre «il a ouvert la porte et pin.. pan… poun. C’est parti fort, j’ai entendu sa tête frapper contre le montant de la porte. Moi aussi je l’ai frappé».

Quand Me Dedieu enfonce le clou: «vous confirmez: il gémit, il agonise et tout le monde finit son verre», l’accusé détournera la tête. Étaient-ce des larmes dans ses yeux?

Le procès reprendra demain matin avec les rapports des experts psychologues et psychiatres.

NR | 02/12/2014 - 19:11 | Lu: 18929 fois