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Tribunal correctionnel de Foix: 6 mois ferme et maintien en détention pour avoir voulu se faire justice

© midinews (archives)

C’est l’histoire de deux frangins, qui lors d’un périple à Escosse et ensuite à Lescous, ont décidé de se faire justice eux même ; c’est aussi l’histoire de deux familles en conflit, «deux familles bien connues des services judiciaires» selon le vice-procureur. 
Un périple vengeur menant en prison
Ce soir du 4 février 2015, Yohann (33 ans), Brandon (19 ans), accompagnés par un troisième homme dont on ignore l’identité (le conducteur), se rendent au domicile de F.

Les deux prévenus rouent de coups leur victime, avant de gagner le domicile de la famille X, non sans avoir au préalable, averti ladite famille de leur venue par menaces téléphoniques.

À leur arrivée, ils sont accueillis par des coups de fusil. Ambiance. Cela n’empêche pas Yohann de tenter de fracturer la porte. De guerre lasse, il se venge sur la porte d’entrée, une fenêtre, le pare-brise d’une BMW, le coffre d’un autre véhicule ou le carénage d’un cyclomoteur.

Le frère ainé certifie que son cadet n’a commis aucune de ces dégradations. Quant au troisième homme, il n’aurait servi que de chauffeur, lui-même n’ayant plus son permis.

Au fil de l’interrogatoire mené par la présidente du tribunal, on apprend que Yohann, père de 5 enfants, n’a pas supporté d’apprendre deux jours plus tôt, que son ainée, âgée de 16 ans, soit enceinte d’A., fils de la famille X.

Son avocat Me Cazellas expliquant que la jeune fille s’était retrouvée à l’hôpital suite aux coups reçus par son compagnon en décembre dernier. Le compagnon, placé sous contrôle judiciaire ayant depuis interdiction de la voir... ce qui n’empêche pas le jeune couple de continuer à se fréquenter.

«Elle est sous sa coupe, et lui bafoue l’interdiction en toute impunité», s’exclame l’avocat. Yohann quant à lui souligne «le caractère insupportable du mode de vie actuel de sa fille». Pour autant, le prévenu ne peut expliquer pourquoi il s’en est pris à F....

Côté casier judiciaire, les deux frangins sont bien fournis. L’ainé pour des histoires de vols, recels ; le cadet a eu maille avec la justice en tant que mineur et principalement pour des vols de voiture. Selon son avocat Me Fabbri, à l’époque «en errance et souvent placé», il volait ces véhicules pour rentrer chez ses parents.

Se constituant partie civile, F. la victime, s’est présenté à la barre, indiquant: «ils sont venus à deux me lyncher devant ma femme et ma petite». L’avocate des trois autres parties civiles a demandé le renvoi sur les intérêts civils.

Au Parquet, François Hebert a relevé la spécificité de l’affaire : deux frères qui interviennent pour «régler leurs comptes». Une affaire de famille, avec comme on peut le voir dans la salle des victimes bien connues des services de police (durant le procès, des membres de la famille X ont été sortis de la salle, NRDL).

Rappelant qu’on «ne pouvait régler ses problèmes ainsi», le vice-procureur a requis 6 mois fermes à l’encontre des deux frères et maintien en détention.
La relative crédibilité des victimes mise en exergue par les avocats
En défense de Brandon, Me Fabbri a rappelé «que la preuve de la culpabilité incombe au procureur. Le seul élément à charge étant les déclarations des victimes».

L’avocat ne nie pas leur qualité de victimes, mais explique: «elles sont à l’origine des faits. Insultes, menaces ont fleuri sur les réseaux sociaux, par téléphone. Aujourd’hui, nous avons vécu deux incidents de ces mêmes victimes».

Soulignant que son client qui nie les dégradations avait toujours assumé ses actes, Me Fabbri a plaidé pour «quelqu’un d’intrinsèquement pas violent».

Concernant Yohann, Me Cazellas est revenu sur le contexte. Une jeune fille violentée par son compagnon, «alors que des victimes d’un soir, jouent aux vierges effarouchées». Soulignant que son client «a mal réagit, mais il sait que sa fille est en danger», l’avocat a questionné: «que pouvait-il faire quant A bafoue en toute impunité la justice ?»

Le tribunal a saisi les réquisitions du Parquet. Brandon et Yohann ont été condamnés à 6 mois ferme et maintien en détention «au regard du risque de récidive».

La présidente indiquant «la justice privée ne peut-être tolérée». Les 4 parties civiles ont été jugées recevables, les deux frères jugés responsables des préjudices subis.

NR | 12/02/2015 - 18:53 | Lu: 18156 fois