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Ax les Thermes: la fine fleur des guides de Haute-Montagne en congrès National

© midinews 2014

De mémoire de montagnard on n’avait pas vu cela depuis 2005, date à laquelle le Syndicat national des guides de montagne (SNGM) avait tenu son AG à Bagnères de Bigorre dans les Pyrénées.

Pour la seconde fois… en presque 70 ans d’existence, ce sont les Pyrénées qui organisent pendant deux jours ce grand rassemblement de professionnels de la montagne.

Un évènement rare organisé grâce à l’implication du bureau des guides des Pyrénées ariégeoises (BGPA) qui en a fait une manifestation à la fois chaleureuse, studieuse et festive: réunions de travail, assemblée générale, salon des exposants, repas ariégeois, soirée contée par Olivier de Robert, projection de films vont scander le programme de ce grand rassemblement qui sera également prétexte à fêter les dix ans du bureau des guides des Pyrénées Ariègeoises.
Une profession qui a du mal à se féminiser
Parmi les moments forts, la cérémonie de remise des médailles aux nouveaux guides, une promotion exceptionnelle cette année tant par le nombre (ils sont 56) mais aussi par le professionnalisme de ces passionnés qui ont chois un métier passion aux multiples facettes.

L’esprit romantique du XVIIIe siècle qui régnait autour de la montagne rêvée et souvent fantasmée est bien loin…aujourd’hui on parle de responsabilité pénale en cas d’accident, de valorisation de l’expérience, d’activités outdoor qui se pratiquent toute l’année sous toutes les latitudes.

Alexis Mallon responsable de formation à l'Ecole National de Ski et d'Alpinisme (ENSA) ne va pas nous contredire: «la formation des guides de montagne suppose d’avoir eu une carrière d’alpiniste amateur la plus large possible sur laquelle le candidat pourra s’appuyer tout au long de sa formation». La formation qui y est dispensée est composée de modules techniques, non techniques et pédagogiques.

Elle s’étale sur 4 à 5 années  (au bout d’1 an et demi on devient aspirant guide) et donne lieu à un grand nombre d’évaluations en cours d’apprentissage et lors d’un examen final. Le diplôme de guide de haute montagne s’obtient bien souvent après une dizaine d’années de pratique intensive alternant pratique amateur et périodes de formation.

Une carrière professionnelle riche et diversifiée qui n’arrive pas encore à attirer suffisamment de filles : sur 1800 guides de haute montagne on n’en compte que 18, soit 1%.   

«Cette année sur une promo de 56 nous en avons deux et six suivent actuellement la formation»… une marge de progression à souligner: «elles ont largement le niveau et le mental, mais souvent elles n’osent pas, alors que des garçons sont souvent nettement moins bons, mais ont le culot nécessaire» commente le formateur.
Un métier en pleine évolution
Déjà à l’époque de Roger Frison-Roche, les alpinistes exploraient déserts et sommets exotiques.

Aujourd’hui Michel Zalio membre du bureau directeur du SNGM, reconnait que l’alpinisme est en perte de vitesse et qu’il est peu à peu remplacé par d’autres activités pour une montagne que l’on pratique à toute saison: alpinisme estival, cascade de glace, ski de randonnée, alpinisme hivernal, canyoning, raquettes, via-ferrata, ski hors piste, escalade…

«Je suis guide depuis une quarantaine d’années, j’ai vécu cette évolution, la profession s’est diversifiée mais elle se porte bien. Il n’y a pas beaucoup plus de différence  au niveau technique qu’il y a 40 ans, en tout cas ce n’est pas ce qui arrête les candidats. Ce sont toujours des passionnés».

Fred Talieu et Pierre Périssé du Bureau des Guides des Pyrénées Ariégeoises (BGPA) travaillent depuis plusieurs mois pour accueillir ces 300 congressistes à Ax: «c’est la deuxième fois que cette AG a lieu dans les Pyrénées on n’avait pas de droit à l’erreur. Mais la mairie d’Ax nous a bien aidé» précise Pierre.

Sur les 1600 guides de France 80 à peine sont situés dans les Pyrénées et la plupart sont dans la bi-activité.

«De nos jours on a tendance à revenir à l’essence même du métier de guide, même si c’est plus compliqué au niveau économique et en terme de vie personnelle», poursuit Fred qui depuis dix ans est aussi président du BGPA, une structure atypique implantée à Ax mais qui regroupe tous les professionnels ariégeois de la montagne, quelque soit leurs vallées, les massifs sur lesquels ils interviennent.

«Contrairement à la plupart des autres structures nous ne sommes pas dans un fonctionnement pyramidal, ici il y a transversalité des compétences. À l’origine nous avons monté un bureau à trois, des personnalités issues d’univers aussi variés que l’enseignement, le graphisme ou l’entreprise.

D’emblée nous avons misé sur les compétences des personnes et non sur les diplômes (somme toute nécessaire pour accompagner le public) et cela se retrouve au niveau même de la structuration de la structure avec le tour de rôle, cela peut être un guide de spéléo, un guide, un accompagnateur
».

Un bureau des guides qui se veut décloisonné mais guidé par les valeurs authentiques de l’alpinisme.

«Nous avons décidé de passer la main. À présent et après 10 ans d’existence, place aux jeunes. On restera proche, en renfort ou en conseil, mais il ne faut pas figer cette belle dynamique.

Au contraire des garçons comme Olivier Wiegeth qui va recevoir tout à l’heure sa médaille, va ouvrir de nouvelles voies
»

Laurence Cabrol | 28/11/2014 - 19:06 | Lu: 31832 fois