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Technologie: en Ariège, les agriculteurs se mettent aux drones

© midinews 2014

La révolution des drones passera par l’Ariège. Il y a près d’un an, nous l’avions annoncé (voir notre article du 24 décembre 2013).

Selon les spécialistes le marché du drone civil appliqué à l’usage professionnel devrait atteindre deux milliards de dollars en 2015.

Et pour une fois la réglementation française est bien faite, nous sommes le seul pays à autoriser le survol du territoire (certes encadré) par des drones civils, alors que les autres pays mènent encore des expériences en laboratoire. Aujourd’hui la sélection se fera sur la capacité à innover.

Philippe Gény, président de la jeune start’up ariégeoise Drones & Co en est conscient. Les applications semblent infinies.

Les drones pour les médias ou pour l’évènementiel n’en sont qu’une partie émergée de l’iceberg, l’industrie, l’agriculture sont concernées par cette déferlante et le savoir-faire français dans l’aéronautique, mais également dans les technologies de précision jouent à plein: inspections d’installations industrielles, de centrales photovoltaïques, de canalisations, de barrages, la réalisation de thermographie de bâtiments, les développements dans l’agriculture pour améliorer les rendements, mieux doser l’engrais, l’irrigation…
Largage de trichogrammes par drones
Jérôme Sottana, président du syndicat des producteurs de maïs semence (SPSMS) lui-même producteur, s’est associé à la société ariégeoise Drones & Co, spécialisée dans le drone civil à usage professionnel.

Depuis plusieurs mois ils travaillent sur un mode d’épandage aérien réalisé par un curieux petit engin à hélices bardé de technologies intelligentes. Ce largage en zone agricole bien plus efficace que la dépose de capsules de Trichogrammes* au sol ou sur les plantes qui demande un travail supplémentaire, devrait bientôt s’avérer opérationnel.

Nous avons assisté aux derniers tests de Maïs-Top (tel est le nom du projet) sur la plaine des Pujols.

«100 capsules par hectare soit une capsule de 1,5 gr tous les 100 m2, nous sommes sur le créneau du système embarqué avec la possibilité de calculer précisément le mouvement de largage en fonction des différents paramètres (vent, mouvement du drone, surface)... en travaillant en relation avec la recherche appliquée nous pouvons envisager de multiples applications: déficit hydrique, déficit d’azote, surveillance des cultures problématiques» indique l’agriculteur.

 Avec son allure futuriste d’araignée à hélices, ce drone d’à peine plus de 7 kg (emport de 4 kg) va révolutionner l’agriculture traditionnelle.

«À nos missions plus classiques de vidéo et de photographie, nous nous orientons avec ce projet vers l’agriculture de précision.

Le projet Maïs-Top développé en relation avec le SPSMS permet de traiter la pyrale de maïs en utilisant des agents bio. Pour cela nous avons développé un système embarqué intelligent (actif) permettant le largage de capsules de Trichogrammes selon un plan de vol très précis et un plan de largage encore plus précis donné en amont par le fabriquant
» développe Philippe Gény
Un projet collaboratif entre matière grise et révolution verte
Aujourd’hui même si l’esprit start’up règne encore sur le marché, des regroupements s’opèrent car la dynamique d’investissement et de prise de risque donne le tournis (on l’a vu récemment avec Delta Drone)

Mais comme tout marché émergeant, il faut être prudent et progresse pas à pas. Philippe sait de quoi il cause, il a connu la bulle du photovoltaïque. Drones & Co a désormais fait ses preuves dans le tourisme en donnant des vues sublimes du patrimoine à travers des productions commandées par le Conseil général de l’Aude (notamment sur le Canal du Midi, des images reprises par TF1).

La jeune entreprise ariégeoise a choisi la carte du projet collaboratif pour mettre sur pied un ambitieux projet de drone dédié à l’agriculture raisonnée. «Il s’agit d’un système embarqué intelligent où les systèmes actifs nécessitent d’associer des compétences multiples, tant au niveau du développement d’algorithmes que des logiciels».

Compétences pour développer des interfaces de communication entre le sol et le drone, compétence en marketing de l’ensemble du projet pour que des interlocuteurs comme les donneurs d’ordres potentiels ou des financeurs soient susceptibles d’assimiler l’entendue de ce développement.

«Nous avons la capacité et la nécessité de travailler ensemble, en associant nos compétences nous avons un véritable projet qui tient la route», explique le président de Drones & Co qui s’est rapproché de la société toulousaine Agenium, d’3ADEV et du syndicat de maïs semences de l’Ariège pour ce projet collaboratif.

Un logiciel de vol en série permettant de calculer les différents dénivelés pour avoir une hauteur constante, un logiciel de largage, un logiciel de vol capable de calculer les données pour un largage régulier des capsules contenues dans un réservoir sous l’appareil... bref une véritable ingénierie environnementale.

Ce projet de drone civil à usage professionnel, s’orientant résolument vers l’observation, le diagnostic a valu à Drones & Co une bourse French Tech de la BPI et un prêt d’Ariège Initiative.

«C’est un projet amorcé qui mérite d’être soutenu et qui suscite à présent l’intérêt des décideurs» ajoute Philippe dont l’objectif pour 2015 est déjà tracé: parallèlement à Maïs-Top, la société développe actuellement son propre logiciel de vol, un logiciel centrimétrique avec géolocalisation du drone et de la cible au centimètre près.

La dynamique est lancée, et le chemin n’est pas si long pour que les agriculteurs puissent un jour prochain gérer eux même sur leurs tablettes et smartphones des applications ciblées par drone afin de détecter de manière précoce les maladies, doser l’irrigation.

 Pour en savoir plus http://www.drones-andco.com

*Focus sur la pyrale du maïs

La pyrale du maïs est un papillon de mœurs nocturnes, de 25 à 30 mm d’envergure. Les larves de la pyrale attaquent principalement les cultures de maïs, dont elles sont le principal ravageur, et aussi d’autres plantes cultivées comme le tournesol, le houblon, le chanvre, les chrysanthèmes, la pomme de terre, etc.

La lutte contre la pyrale du maïs fait appel à des méthodes de lutte biologique en utilisant notamment les Trichogrammes, des «microguêpes» de toute petite taille (environ 0,5 mm) qui ont la particularité de parasiter les œufs de la pyrale et de les détruire. À partir de ce constat, une méthode de lutte biologique efficace a été développée en collaboration avec l’Inra et appliquée depuis une vingtaine d’années.

Elle consiste à produire des Trichogrammes en très grande quantité et à les utiliser en lâchers inondatifs (massifs) dans des champs de maïs. Les Trichogrammes femelles vont pondre dans les œufs de la pyrale. Ceux-ci sont détruits et n’éclosent pas. Les dégâts sur le maïs peuvent être ainsi évités sans avoir recours à des insecticides chimiques.

Dans le département de l’Ariège, les céréaliers connaissent bien le problème de la pyrale qui peut détruire selon les années entre 30 à 40 % des surfaces de maïs. Certains adeptes d’agriculture raisonnée ont choisi la lutte biologique et n’hésitent pas à utiliser de petites capsules en carton biodégradable contenant des milliers de ces microguêpes.

Laurence Cabrol | 10/10/2014 - 19:29 | Lu: 65002 fois