Et si la révolution des drones civils à usage professionnel passait par l'Ariège?
Il y a deux mois à peine l’entreprise Drones&Co ouvrait ses portes à Mirepoix. A l’origine de cette start’up Lilian Maugard, garant de la technologie, de la législation et passionné d’engins volants depuis de longues années et Philippe Geny, un spécialiste du marketing et de la communication.
Les deux hommes aux parcours atypiques se sont rencontrés au moment de l’El Dorado du photovoltaïque: Terra Solis, Energy Prod, tout paraissait sourire à cette filière qui surfait sur la vague du développement durable.
Mais après le moratoire imposé par l’Etat, ils traversent la même période d’infortune avant d’unir leurs forces et de rebondir.
Les drones civils à usage professionnel, un marché d’avenirLilian est un ancien pilote d’avions professionnels, des problèmes de santé l’ont obligé à se reconvertir dans un bureau d’étude mais il garde un goût prononcé pour l’aviation et ses attaches à l’aérodrome de Pamiers les Pujols. Un beau jour il entend parler de drones civils, il se renseigne, commence travailler sur le développement, à «bricoler» un prototype.
De son côté, Philippe analyse le marché. Il est estimé à 15milliards d’euros en 2020 et pour une fois la France bénéficie d’un coup de pouce exceptionnel.
Nous sommes le seul pays à autoriser le survol du territoire par des drones, alors que les autres pays mènent encore des expériences en laboratoire«Pour une fois la réglementation (du 14 avril 2012) est bien faite. Dans l’histoire des technologies on n’a jamais assisté à pareille situation où la France a de l’avance au niveau technologique sur tous les autres pays du monde !» s’enthousiasme Philippe qui a déjà étudié toutes les applications de ces engins civils.
Alors que les américains s’interrogent encore sur cette technologie, les français ont pris une longueur d’avance. À l’intérieur de nos frontières, les drones civils s’invitent dans bien des domaines: la sécurité, le tourisme, l’agriculture, la thermographie, les contrôles d’ouvrage d’art, la lutte contre les incendies, ils sont même utilisés pour immortaliser les images du tour de France par les chaines de télévision.
«Ceci est une révolution» comme dirait Steve JobsAvec ces objets volants commandés on n’en est pas encore à se faire livrer ses pizzas ou des colis chez ses clients comme l’annonçait Amazon il y a quelques jours. Mais une révolution est en marche et les créateurs de Drones &Co entendent bien prendre le train en route.
«Le drone est à l’aéronautique ce que le smartphone est au téléphone fixe», martèle Philippe, le roi de la formule.
Il est vrai que la miniaturisation des éléments embarqués, la sophistication des logiciels participent à cette révolution technologique. Lilian a réussi pour la bagatelle de 10 000€, l’assemblage d’un produit original: «c’est du sur-mesure avec des réglages très pointus, un engin de deux kilos de charge utile qui fonctionne sur batteries recyclées, doté d’une grande souplesse de manipulation, réactif et précis»
Aujourd’hui 330 entreprises sont accréditées par la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) pour réaliser ces missions, 80% d’entre elles sont spécialisées dans l’évènementiel (photo ou vidéo) et 20% font autre chose, c'est-à-dire des missions à usage professionnel.
Dans l’agriculture on utilise les drones afin d’optimiser les intrans. Ils sont capables d’analyser les parcelles à la sortie et à l’entrée de l’hiver, c’est un travail de la haute définition, faisant appel à de l’ortho-photographie, c'est-à-dire une technique permettant de remettre les photos à plat.
Des capteurs thermographiques dotés de filtres spécifiques décèlent les défauts d’eau, le trop d’engrais ou les maladies qui se développent sur les parcelles. Des applications technologiques pointues sont développées pour détecter les souffrances de la plante.
«On peut aller avec un drone de 3 à 30cm de précision, c'est-à-dire que l’on peut voir un charançon sur une feuille. Les données numériques ou photo peuvent ensuite être insérées dans le GPS du tracteur et commander directement le débit des intrans. Ces solutions informatiques permettent d’améliore les rendements à l’hectare, une petite révolution dans le monde agricole» précise Lilian Maugard.
Les producteurs d’énergie comme EDF sont également intéressés par ce système pour l’inspection des réseaux et des points sensibles des ouvrages. ERDF pour l’inspection de ligne haute tension ou encore la SNCF pour la surveillance de son réseau ferré qui fait l’objet de vols de métaux.
«Nous sommes en mesure d’identifier une fuite à 30cm sur un barrage, de contrôler des site industriels, de réaliser la thermographie d’un bâtiment sans avoir besoin de louer une nacelle , ni de monter sur un toit. Un drone travaille en surface et peut également être employé pour évaluer les stocks de tous les composants d’une carrière en fonction de leurs calibres.
Quant au tourisme, nous sommes en mesure de donner une vision sublimée du patrimoine. Pour preuve nous venons de décrocher un marché avec le Conseil général de l’Aude pour réaliser des productions sur le Canal du Midi»
Eviter les amalgamesLes créateurs de Drones en Co sont certifiés par le DGAC, ils se battent pour que l’on ne fasse pas d’amalgames entre les drones professionnels et les autres: «il faut distinguer les drones professionnels et de loisir (aéromodélisme), distinguer le drone civil et militaire, les drones de sécurité qui interpellent les citoyens de ceux qui surveillent les sites industriels.
Concernant notre activité nous sommes obligés de demander des autorisations en préfecture pour traverser une agglomération, nous enregistrons nos vols, il y a une réglementation très stricte, nous ne pouvons pas faire n’importe quoi et c’est tout à fait normal»
Aujourd’hui derrière Drones &Co se dessine un véritable projet d’entreprise: «c’est un marché émergeant mais quand ça va démarrer il faut être prêt tout de suite, poursuit Philippe Geny. Nous sommes des artisans exigeants. Demain il y aura peut être un ou deux pilotes de plus car il faut être très réactifs et être capable de proposer des solutions très personnalisées (du clé en main) mais nous ne voulons pas être cotés en bourse. Nous avons fait des investissements personnels mais nous avons des ambitions mesurées.
Notre objectif c’est de développer des applications qui nous appartiennent car jusqu’à présent nous avons un accord de partenariat pour la recherche et le développement avec Delta Drone le leader du marché français. Nous sommes accompagnés par la CCI et l’Agence de Développement Économique Ariège Expansion, d’ici quelques mois nous espérons consolider nos fonds propres»
On l’aura compris tous les voyants sont au vert pour ce nouveau marché. Reste à nos décideurs à prendre la mesure de cette opportunité, à stimuler les investissements et technologies indispensables pour profiter de l’essor des drones civils.
Pour en savoir plus: www.dronesandco.com
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