Un château en Ariège, le prix du rêve ou un rêve qui n'a pas de prix
Folie des vieilles pierres ou envie de rêve, la France peut s’enorgueillir de plus de 40 000 monuments historiques. Des châteaux, manoirs, abbayes et autres bâtiments marqués par l’histoire, dont la conservation présente un intérêt artistique ou patrimonial. Près de la moitié appartiennent à des propriétaires privés.
Contrairement aux idées reçues, c’est un marché ouvert, restreint, mais loin d’être confidentiel.
Loin des investisseurs chinois qui ont longtemps fait monter la côte des châteaux et vignobles du Bordelais ou des milliardaires russes ayant pour unique marotte l’art de vivre à la française, il existe de petits propriétaires plus discrets qui s’investissent corps et âme pour faire vivre leurs vieilles pierres.
Car derrière ces façades classées ou ces donjons hiératiques qui font rêver le commun des mortels, attention à la vie de galère!
Le château de Coûmes (XIXe) sur la commune d’Audressein dans la Couserans appartient à Christian Begouën. Ce châtelain atypique a pas mal bourlingué dans sa vie, entre l’Afrique et les colonies où il resté une trentaine d’années et les vallées de Bethmale.
Mais cet infatigable collectionneur a réservé dans sa demeure digne de la Belle aux Bois dormants deux salles muséales réservées, l’une à l’art africain (des bijoux néolithiques aux magnifiques bêtes sauvages naturalisées) l’autre aux objets d’art et tradition populaire que sa famille, une famille de collectionneurs-ethnologues, a récupéré avec soin depuis le XIXe siècle dans le Couserans avant d’en faire don au musée départemental.
Aujourd’hui seul et sans héritier, Christian de Bégouën est contraint de mettre en vente la demeure familiale (la petite annonce figure sur le Bon Coin). Mais pour rendre un dernier hommage aux habitants de sa vallée, il organise cet été pendant deux mois, une exposition de sa collection à l’office de tourisme de Sentein.
Inscrire le passé dans l’avenir, selon les mots d’André Malraux
Katie et Peter Lawton sont originaires d’Afrique du Sud. Lui était déjà dans l’hôtellerie, elle dans la décoration. Ils découvrent à travers des proches le sud-ouest de la France et tombent littéralement amoureux du village de Camon dans l’Ariège.
Coïncidence, l’abbaye Château est en vente. Les bâtiments sont en très bon état, entre les banques et la famille le jeune couple réussit à mobiliser la somme nécessaire à l’acquisition de cet ensemble dont la première pierre date de 950 et qui appartenait à la puissante abbaye de Lagrasse dans l’Aude.
Le Bâtiment est classé aux Monuments historiques, mais Katie et Peter ont pour projet d’y réaliser des chambres d’hôtes de luxe et un restaurant ouvert le soir avec un menu dégustation: «nous sommes installés ici depuis 11 ans, explique cette belle brune aux yeux verts.
C’est une activité saisonnière, nous ouvrons de mai à octobre, mais cela demande un réel investissement de notre part, car ce sont 3800 m2 à entretenir (nous faisons appel à trois personnes en période estivale) et c’est loin d’être la vie de château: on nettoie, on sert, on fait briller, on taille, on pelle verse… mais personnellement j’adore ça. Il faut beaucoup d’énergie, si on est passionné pas de problème !»
L’entretien de cette vieille bâtisse est très chronophage et les propriétaires avouent humblement: «on aimerait avoir ici d’autres projets, mais il faut attendre que les enfants grandissent un peu».
Enchassée dans le dispositif défensif du village, cet ancien prieuré bénédictin est mitoyen de l’église abbatiale de Camon qui fait l’objet d’un projet porté par le pays d’Art et d’Histoire du Pays Cathare avec le soutien de la Fondation du Patrimoine.
Il s’agit d’un projet de restauration de grande envergure qui part de l’église, mais qui comprendra à terme les parties privées de l’abbaye et qui s’entendra ensuite au village, considéré par tous les spécialistes comme une véritable «pépite»: «l’idée est de lancer une dynamique, indique Catherine Saint-Martin, conservatrice des Antiquités et Objets d’Art, car cet édifice bien qu’il soit privé est classé aux Monuments Historiques et fait partie d’un ensemble cohérent.
De plus il y a l’intérieur des parties notables comme cette fresque représentant les fables d’Esope, qui pourraient grâce à l’appui de la Fondation du Patrimoine être mises en valeur».
Nicole et Françoise Ginabat ont hérité au décès de leur grand-mère, début des années 2000 de la maison familiale, le château de Fiches sur la commune de Verniolle.
Le premier corps de logis date du XVe siècle, mais la bâtisse a été remaniée aux XVII et XVIIIe siècle et aujourd’hui la propriété représente 50 hectares en fermage avec cet édifice que les deux sœurs et leur association de sauvegarde essaient de faire vivre : «nous allons fêter lors des prochaines journées du patrimoine, les dix ans de l’ouverture du château au public, à cette occasion nous allons faire une rétrospective pour voir tout le chemin parcouru.
Car pour nous hériter de cette maison, c’était en partager son histoire et ses richesses avec le plus grand nombre» précise Nicole. Et ses richesses sont inestimables: une bibliothèque avec un herbier régional de plus de 1500 planches, daté de 1801 (qui appartenait à son ancêtre Joseph Adrien Fauré, botaniste, élève de Lamarck), une cuisine restée dans son jus, mais surtout à l’étage un plafond, cloisonné couvert de peintures représentant un bestiaire fantastique (daté du XVIIe) dans lequel se mêlent animaux exotiques et familiers.
Mais comment faire quand on n’a pas des millions d’euros sur son compte en banque et qu’on hérite de vieilles pierres?
«Il n’y a pas de recettes magiques, ici on ne change pas le plomb en or… étant en partie inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, nous arrivons à décrocher des aides de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), de la Région et du Département sur des dossiers spécifiques et nous partons à la chasse aux prix: prix Vieilles Maisons Françaises, prix Initiative Banque Populaire, prix Henri Texier, prix Demeures Historiques ou encore Prix Pèlerin Magazine.
Ce sont de petites sommes, mais qui mises bout à bout nous ont permis de commencer la réfection de la toiture (il faut compter 150 000 € les 400 m2) l’électricité ou la restauration du bestiaire dont on espère poursuivre la restauration en 2016».
Pour Nicole Ginabat, il n’y a pas de vie de château, il faut se mettre les mains dans le cambouis. Mais cette demeure a une âme, et à travers elle il y a eu de belles rencontres avec d’autres passionnés qui ont permis d’avancer sur ce projet patrimonial: un conservateur de la bibliothèque d’Oxford a par exemple réalisé l’inventaire et l’étude de l’herbier.
«C’est une passion que l’on vit au quotidien et que l’on se doit d’entretenir par respect pour nos ancêtres. Seul on ne peut rien faire», commente Nicole, fière de parler du travail réalisé par l’association en charge des visites et de toutes les animations proposées pendant la belle saison: «quand on est propriétaire on a des frais et pas de revenus. Au sein de l’association nous conjuguons nos compétences…»
Aujourd’hui malgré les difficultés, les projets sont bien réels: «tout est tellement disproportionné ici, avec 250 m2 par étage que dès que nous entreprenons de faire les vitres où le ménage cela peut durer plusieurs jours!
Nous souhaitons réaliser l’aménagement de l’aile droite (le second chai avec une salle de séminaire) et la partie sud dédiée à de l’hébergement collectif pour démocratiser le site».
À côté de l’aspect sentimental de cette demeure dans laquelle elle a fait ses premiers pas, Nicole ne perd jamais son objectif de vue: «on ne fait pas tout ça pour garder la maison pour nous, mais pour la partager avec le public».Un bel exemple de générosité à travers un parcours du combattant.
Pour en savoir plus,
http://www.chateaudecamon.com
http://chateaufiches.blogspot.fr
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