accueil  |  ariège   |  france

Les buralistes ariégeois vent debout contre le paquet générique et la prochaine hausse de prix du tabac

© midinews (archives)

Le 5 novembre dernier, ils ont manifesté devant le Sénat qui examinait le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) avant de tenir jeudi à Paris leur congrès annuel.
Nous ne sommes pas contre la politique de santé publique mais contre la politique spectacle
Parmi eux Gérard Maury, président de la Chambre Syndicale des buralistes de l’Ariège. A l’instar des 27 000 buralistes de France, le buraliste de Mazères ne manque pas de sujets d’inquiétude.

Le premier c’est l’augmentation de la taxe sur les cigares et les cigarillos votée par l’Assemblée Nationale. «Si cet amendement qui vise à multiplier par 2,5 le prix de ces produits est appliqué, c’est une activité complémentaire pour les buralistes qui va disparaître» s’inquiète Gérard Maury.

Le second sujet qui fâche, la perspective d’une nouvelle hausse du prix du paquet de cigarettes prévue au 1er janvier 2015 (soit la 4e en deux ans) «Christian Ecket, le secrétaire d’Etat au budget s’est déplacé lors de notre congrès annuel. C’est un accueil plus que houleux qui lui a été réservé.

Il nous a parlé de hausse du tabac hypothétique en début d’année mais selon lui rien n’est acté. Nous restons dans l’expectative. Car ce que nous reprochons au gouvernement c’est de ne pas avoir des gens en face pour échanger sur les problématiques qui nous touchent.

Il est très difficile d’avoir un rendez-vous et de se faire entendre. Nous ne sommes pas contre la politique de santé publique mais contre la politique spectacle
».

Enfin et pour couronner le tout, l’instauration en France à compter de 2016 du paquet de cigarettes générique ou neutre, c'est-à-dire du paquet qui ne comporte pas de logo des marques, des fabricants. Une voie déjà suivie en Australie et que le gouvernement souhaite emprunter pour lutter contre le tabagisme.

«Le 10 juin dernier quand nous avons été reçu à l’Elysée nous avions obtenu l’assurance que le président de la République avait retoqué ce projet de Marisol Touraine», commente le président des buralistes ariégeois. «A priori la ministre de la santé a eu gain de cause fin septembre puisque nous aurons le fameux paquet générique fin 2015/début 2016.

Sur ce point le gouvernement français se distingue, il va plus loin que les préconisations européennes. Il n’y aura plus de marque sur les paquets, il y aura des images de mort. C’est désastreux pour nous et l’image véhiculée par la profession. Surtout qu’en Australie, on peut dire que cette mesure est loin d’avoir donné les résultats escomptés
».
Une véritable économie de proximité menacée
Bistrots de quartier, magasins multiservice de village, brasseries, diffuseurs de presse et de jeux. Le réseau des buralistes comptait 26 897 établissements en 2012. Selon la confédération des buralistes, 722 bureaux de tabac auraient disparu en 2013 et un millier devraient mettre la clé sous la porte cette année.

Les buralistes emploient 100 000 personnes et réalisent environ 3 milliards d’euros de chiffre d’affaire (données 2011). En 2013 les recettes tirées des cigarettes et autre tabacs à rouler ont représenté pour l’Etat 11,2 milliard d’euros (hors TVA). 

«Tout le monde tape sur le tabac, bon sang qu’on nous laisse travailler, nous avons suffisamment de contraintes. Avec la concurrence historique des pays transfrontaliers comme l’Andorre ou l’Espagne, 30% du marché nous échappe déjà. En Ariège la profession résiste mais jusqu’à quand pourra-t-elle encore le faire ?»
Des ventes sous pression
La montée en puissance de la cigarette électronique, la hausse du prix du tabac avec pour corollaire le développement d’un marché parallèle... tous ces facteurs combinés se traduisent depuis deux ans par une baisse des ventes de cigarettes chez les détaillants.

Fin septembre le marché affichait une baisse de 5,7% en volume par rapport à la même période de l’an dernier. En 2013 le marché avait déjà reculé de 1,5% en valeur et de 7,6% en volume.

Les buralistes des zones transfrontalières se plaignent de cette concurrence déloyale. Et une énième hausse soulève de vrais interrogations à la mesure des inquiétudes de la profession: «quel avenir pour les buralistes?

L’écart se creuse entre la France et d’autres pays tout cela ne bénéficie en définitive qu’au marché parallèle souvent tenu par des réseaux mafieux et à la vente sur les marchés transfrontaliers
» commente le  président de la chambre syndicale des buralistes de l’Ariège qui rappelle que sur le prix d’un paquet de cigarettes, près de 81% vont à l’Etat sous forme de taxes, 12,2% correspond au cout de fabrication et de distribution et seulement 6,7% reviennent au buraliste.

Gérard Maury dénonçant une politique de santé publique a deux vitesses: «et pourquoi pas la même sévérité avec l’alcool. Nous sommes favorables à une politique de santé publique mais pas à une augmentation du trafic».
Des aides de l’Etat
Le dispositif de soutient aux débitants de tabac a pris la forme de trois contrats d’avenir consécutifs signés fin 2003, fin 2007 et fin 2011. Le plan actuel qui court jusqu’en 2016 porte sur des aides de 275M€.

La Cour des Comptes a estimé qu’entre 2004 et 2011, le montant de soutient (toute aide confondue) s’élève à 2,6 milliards d’euros. «Un bouclier contre les augmentations successives et les entraves à exercer notre profession» temporise Gérard Maury

Des actions seront menées d’ici la fin de l’année, notamment au niveau régional, à Toulouse et national à Paris.

Dès le 1er décembre les buralistes seront dans la rue aux côtés d’autres organisations patronales.

Laurence Cabrol | 12/11/2014 - 18:51 | Lu: 20422 fois