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Lézat: les 47 salariés de la SCE se mobilisent pour garder leur emploi

© midinews 2015

«60 ans de savoir-faire ne peuvent être rayés d’un trait de plume !» souligne Jean-Michel Denys suite à la réunion du personnel organisée ce jeudi.

Une semaine jour pour jour après que la direction de la SA Orizona SCE a déposé un dossier de cessation de paiement devant le tribunal de Commerce de Foix. Celui-ci a prononcé mardi matin la liquidation judiciaire de l’entreprise ariégeoise spécialisée en luminaire avec la poursuite d’activité pendant trois mois, le temps de retrouver un repreneur.


Des salariés mobilisés pour sauver leurs emplois
Le délégué du personnel précise cependant que le dossier de reprise devra être déposé au tribunal avant la fin du mois de mars.

«Par contre le tribunal a confirmé la suspension du plan de licenciement des huit salariés qui sont réintégrés dans leur fonction…

C’est d’ailleurs à travers leur licenciement économique début janvier que nous avons compris que la société allait très mal et qu’elle négociait dans notre dos une reprise. Des négociations qui n’ont pas abouti puisque le repreneur vient de se retirer malgré tous les efforts déployés. Et nous passons directement en cessation d’activité auprès du tribunal… c’est pour le moins brutal !
» poursuit Jean-Michel Denys.

Avec sa collègue Christelle Masot, ils ont réussi à mobiliser tous les salariés (ils sont 45 employés en CDI) pour trouver des solutions permettant de pérenniser les emplois et l’activité sur le site. «Nous avons l’impression d’avoir été abandonnés.

Depuis la liquidation de 2011, le groupe Alizari (dont le directeur général est Sébastien Bonneville) a racheté la SCE pour 100 000 € (outil de production et savoir-faire) lequel a été absorbé en 2013 par Aurora Lighting une autre holding.

Aujourd’hui il y a trois personnes sur site pour représenter le directeur, mais pendant tout ce temps personne n’a jamais fait d’investissement. Nous sommes depuis sous perfusion financière, on nous fait survivre sans jamais rien faire pour développer notre activité
» 

Des salariés dont la plupart ont entre 20 et 30 ans d’ancienneté dans la maison, souvent des couples et pour la plupart originaires de Lézat ou de la région. Les représentants du personnel se sentent un peu désarmés face à la violence de la situation.

«Du jour au lendemain nous avons été mis devant le fait accompli, explique Christelle. Il nous faut à présent des éléments financiers nous permettant de comprendre ce qui nous a conduits à cette déroute. Il nous faudra ensuite les analyser pour en comprendre l’articulation et trouver des solutions, car jusqu’à présent on discute sur des suppositions.

Le message qu’il faut retenir c’est que nous ne sommes pas résignés, nous poursuivons la lutte pour le collectif des 45 salariés et nous ferons tout pour que nos actions débouchent positivement. En même temps nous continuons le travail pour honorer les commandes (800 000 € de commandes) et prouver que l’on peut poursuivre notre activité si le carnet de commandes suit. Nous avons un savoir-faire, des brevets et une réelle volonté
»

Demain vendredi un candidat à la reprise vient visiter le site et les salariés entendent bien le rencontrer.

La crise sur le marché des luminaires
Sébastien Bonneville, directeur général de la SA Orizona SCE  joint au téléphone avoue qu’en juin 2014 avec une augmentation de +33 % du chiffre d’affaires, il était persuadé d’approcher l’équilibre. Selon lui le dernier trimestre a été catastrophique : -42 % du carnet de commandes et un chiffre d’affaires pour le mois de janvier 2015 de -30 %.

«Les résultats de l’entreprise ne sont pas bons (alors qu’ils étaient très prometteurs en juin) et les informations que nous avons sur le marché n’annoncent pas de reprise. Nous subissons directement l’effondrement de la consommation des ménages qui focalisent leur budget sur des dépenses de première nécessité plus que dans des objets de décoration»

Et il rappelle que le groupe Mobilier Européen, propriétaire de l’enseigne Fly, Atlas ou Crouzatier a déposé le bilan en juin dernier. La SCE est spécialisée dans le moyen haut de gamme, elle travaille avec des chaines d’ameublement spécialisées en luminaires (les enseignes Habitat, Ligne Roset, etc.. ) les projets hôteliers et à l’international avec un marché non négligeable aux Etats Unis, au Canada ou en Europe.

«Les salaires sont payés en janvier sans apport de la maison mère et sans soutien des banques, mais en tant que dirigeant d’entreprise il était de mon devoir de la mettre dès les premiers symptômes en cessation de paiement pour éviter l’effet domino et ne pas augmenter la dette (la dette fournisseur représente à ce jour 185 000 € soit un mois et demi de commande…) Il y avait beaucoup plus quand j’ai repris la SCE en 2011»

Sébastien Bonneville tient à préciser également qu’avant d’en arriver là plusieurs réunions ont été organisées avec le personnel : «Le 5 janvier 2015 nous avons présenté aux délégués du personnel le dossier qui allait être déposé et le projet de plan social. Ils ont eu accès à toutes les informations chiffrées. Ils ont été informés de la discussion avec un repreneur potentiel. Malheureusement lundi soir il a retiré définitivement son offre»

«Il est difficile de remettre de l’argent dans une société qui va perdre plus d’un million et demi d’euro en 2014. Nous avons déjà mis beaucoup d’argent dans la SCE, notamment en 2012 avec l’investissement d’une nouvelle ligne de peinture (300 000 €) sans pour autant être parvenus à redresser la situation.

Nous avons beaucoup investi en marketing et dans une présence indispensable dans les salons tels que Maison et Objets. Mais les articles élogieux dans la presse spécialisée n’ont pas suffi à redresser la barre
»

Aussi il y a quelques mois la holding s’est mise en relation avec un cabinet professionnel afin de trouver des repreneurs. Sur les 25 personnes qui se sont déclarées, une seule a poursuivi et était encore la semaine dernière sur les rangs.

«Elle a jeté l’éponge lundi soir. Je suis certain qu’il peut y avoir un avenir pour la SCE. Et j’espère qu’un repreneur pourra trouver une solution»

Laurence Cabrol | 05/02/2015 - 19:41 | Lu: 28026 fois